Quelles sont ces théories qui accompagnent l’émergence des nouvelles luttes sociales ? En quoi se distinguent-elles de celles qui caractérisaient l’ancien mouvement ouvrier : le marxisme, l’anarchisme, le keynésianisme, le tiers-mondisme et le libéralisme de gauche, par exemple ? Quels sont leurs courants, leurs tendances, leurs innovations ? Hémisphère gauche rend compte avec pédagogie de la grande diversité de ces nouvelles théories critiques : marxisme et post-marxisme, théorie post-coloniale, cultural studies, théorie de la reconnaissance, théorie queer, post-structuralisme, théorie de l’anti-pouvoir, néo-spinozisme, etc. Il montre également l’unité qui sous-tend ces différents courants de pensée, qui résulte de ce qu’ils sont tous le produit des défaites subies par les mouvements de contestation des années 1960 et 1970. Cet ouvrage fournit une introduction synthétique et pédagogique aux nouvelles théories critiques contemporaines, dans une perspective internationale. Il se veut un « mode d’emploi » facilitant l’accès à ces théories aussi une invitation à la découverte et à la lecture.
13 octobre 2010
Hémisphère gauche - les nouvelles pensées critiques
Quelles sont ces théories qui accompagnent l’émergence des nouvelles luttes sociales ? En quoi se distinguent-elles de celles qui caractérisaient l’ancien mouvement ouvrier : le marxisme, l’anarchisme, le keynésianisme, le tiers-mondisme et le libéralisme de gauche, par exemple ? Quels sont leurs courants, leurs tendances, leurs innovations ? Hémisphère gauche rend compte avec pédagogie de la grande diversité de ces nouvelles théories critiques : marxisme et post-marxisme, théorie post-coloniale, cultural studies, théorie de la reconnaissance, théorie queer, post-structuralisme, théorie de l’anti-pouvoir, néo-spinozisme, etc. Il montre également l’unité qui sous-tend ces différents courants de pensée, qui résulte de ce qu’ils sont tous le produit des défaites subies par les mouvements de contestation des années 1960 et 1970. Cet ouvrage fournit une introduction synthétique et pédagogique aux nouvelles théories critiques contemporaines, dans une perspective internationale. Il se veut un « mode d’emploi » facilitant l’accès à ces théories aussi une invitation à la découverte et à la lecture.
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Libellés : Keucheyan, libéralisme, Nouveaux réactionnaires, pensée critique, politique, post-structuralisme
27 septembre 2010
Souriez, j'aurai bientôt réparé Mai 68. Entretien de Valérie Pécresse aux "Echos"
La même date-antienne des passéistes et autres réactionnaires de service.
http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/020813692345.htm
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Libellés : mai 68, Nouveaux réactionnaires, partage des disciplines, politique de la recherche, université
08 novembre 2009
LE DEBAT, 156, octobre/septembre 2009 : L'Université en quête de renouveau
"L'Université en quête de renouveau". Antoine Compagnon, Catherine Paradeise, Michael Crow, Jacques Mistral, Marcel Gauchet, Pierre Joliot, Laurent Ségalat.
Editorial :http://www.le-debat.gallimard.fr
Toujours est-il que l'université est un peu partout en Europe l'objet de réformes plus ou moins bien inspirées et conscientes des enjeux, réformes tendant à l'adapter à de nouvelles missions plus ou moins bien définies, la France se distinguant dans ce paysage par la complexité de son héritage et l'extrême sensibilité du sujet, comme la crise des derniers mois vient une nouvelle fois de le vérifier. La plus grande confusion règne dans le discours public, ce qui n'est pas surprenant devant des changements de grande ampleur. Ce dossier voudrait contribuer à la dissiper.
La référence obligée des réformateurs est l'université américaine. Mais la connaissons-nous vraiment ? On verra, en lisant l'article d'Antoine Compagnon, combien elle est loin des clichés communément cultivés à son propos. Au demeurant, le modèle qui a présidé à la nécessité de ses plus illustres fleurons s'essouffle à son tour. De nouvelles voies se cherchent, comme en témoigne l'exemple de l'Arizona State University présenté par Catherine Paradeise et son président Michael Crow.
Le mouvement de protestation contre la loi LRU, en France, n'a pas été simplement un accès de fièvre de plus. Jacques Mistral met en lumière l'occasion ratée qu'a été cette réforme hâtive. Il plaide pour une réforme mieux conçue, qui serait capable de répondre simultanément aux deux objectifs qu'il est nécessaire de poursuivre ensemble : construire des leaders mondiaux et réussir la démocratisation. Marcel Gauchet examine les racines du profond mal-être qui s'est manifesté à cette occasion. Il pourrait notamment tenir, suggère-t-il, à ce que devient le savoir dans la fameuse « société de la connaissance ». Antoine Compagnon revient lui aussi sur les motifs de la crise. Il propose une lecture des points qui ont fait litige.
La notion d'« évaluation » est au centre du conflit. Au-delà de sa fausse simplicité, que recouvre-t-elle exactement pour ce qui concerne la recherche ? Elle est loin, en fait, d'aller sans problèmes, y compris dans le domaine des sciences exactes. Pierre Joliot et Laurent Ségalat font ressortir les périls qu'elle comporte.
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Libellés : capitalisme cognitif, LRU, Nouveaux réactionnaires, politique de la recherche, politique du savoir, université
26 septembre 2009
Les nouveaux réacs - prolongements sept. 2009
Daniel Lindenberg, auteur du Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil, 2002) qui avait donné le point de départ du séminaire Polart sur Débat et démocratie, vient de faire paraître Le Procès des Lumières. Essai sur la mondialisation des idées (Seuil, sortie le 10 septembre 2009 - 291p.)
Je cite la "Présentation de l'éditeur" :
Sept ans après son " enquête sur les nouveaux réactionnaires " qui avait déchaîné les controverses (Le Rappel à l'ordre, 2002), l'histoire semble avoir donné raison à Daniel Lindenberg. Le grand retournement idéologique qu'il avait identifié au seuil des années 2000 en France s'inscrit désormais dans une mondialisation des idées caractérisée par la montée des "révolutions conservatrices " un peu partout dans le monde. Retournant les Lumières contre elles-mêmes, à l'instar de leurs illustres devanciers des années 1930, les champions de ce nouveau backlash oeuvrent au recul de la rationalité et flattent des conceptions autoritaires et parfois racistes de la vie collective. Sous les apparences du mouvement, voire de la " rupture ", c'est toujours une haine sourde de la modernité et de la démocratie qui les unit et constitue le fond de leur programme.
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Libellés : Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires
24 novembre 2008
Marcel Gauchet, démocratie, débat
Elément à verser au dossier Débat et démocratie de Polart :
La RILI de novembre-décembre (n° 8) publie une analyse du "système historico-politique de Marcel Gauchet. Du schématisme à l'invertitude", par André Tosel. L'article en version papier est aux pp. 45-49, et prend place dans la série "Penser le contemporain" que la revue a inauguré au numéro précédent.
La version intégrale du texte est disponible en ligne, sur le site de la RILI.
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Libellés : Débat et démocratie, Gauchet, Nouveaux réactionnaires
19 octobre 2008
Compagnon et Le souci de la grandeur
Je me permets de vous signaler la parution récente du livre de Donald Morrison "Que reste-t-il de la culture française?" (Denoël, septembre 2008), qui contient la réponse de Compagnon à Morrison sous le titre "Le souci de la grandeur". En voici la quatrième de couverture :
"Longtemps, la France et sa culture n'ont fait qu'un, la grandeur de l'une servait le rayonnement de l'autre. Au centre de l'attention, les artistes français jouissaient d'un prestige sans égal. De cette gloire passée ne restent aujourd'hui que nombrilisme, nostalgie et frilosité.
C'est le constat désabusé auquel est arrivé Donald Morrison, Américain de Paris, au terme d'une minutieuse enquête sur la place de la culture française dans le monde. La créativité de ses artistes a beau être indéniable, l'influence – spectrale – et le poids – dérisoire – de la France dans les échanges culturels sont là pour montrer que notre culture ne parle plus au monde. Une déchéance qui, finalement, convient bien à la mentalité nationale, prompte à la déploration et à l'apitoiement.
En réponse à Donald Morrison, Antoine Compagnon souligne ainsi une certaine ambivalence de la culture française, encore capable du meilleur mais comme paralysée par le souci de sa propre grandeur. Sans doute la France gagnerait-elle à relativiser la place qu'elle s'imagine être la sienne sur la scène culturelle mondiale. Mais encore faudrait-il qu'elle cesse de vouloir régler leur compte aux États-Unis et à leur insolence culturelle.
Si le débat sur la vitalité de la culture française n'est pas près d'être clos, au moins cet échange salutaire entre Donald Morrison et Antoine Compagnon peut-il nous aider à mieux comprendre le regard que le monde porte sur la France et, donc, à mieux nous connaître."
Voir aussi, pour la contextualisation du débat, le compte-rendu de Pierre Assouline sur son blog :
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/10/02/notre-culture-netait-pas-morte-elle-declinait-seulement/
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Libellés : Compagnon, culture, Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires, polémique, séminaire Actualité critique
11 octobre 2008
Un point de vue anthropologique sur l'économie
Au moment où la crise financière et économique devient un réactif de premier plan pour lire la posture et les impostures de certains néo-conservateurs (nombreux et très rapides "retournements de vestes" : voir l'article de Francis Fukuyama dans le monde de ce jour), il peut être intéressant de prendre le pouls du blog de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/) ainsi que de son site, non pas tant pour étalonner la valeur prophétique de ses analyses -petite tendance, assez insupportable, au narcissisme- que pour prendre connaissance de nombreux commentaires de qualité et, plus globalement, pour mesurer la criticité et les limites de l'anthropologie sociale appliquée à l'économie. Je me permets de vous indiquer au passage que l'auteur de "Vers la crise du capitalisme américain" (La Découverte, janvier 2007) a relu Aristote dans un sens qui croise parfois la poétique. Voir son article en ligne : "La linguistique d'Aristote" (http://www.pauljorion.com/index-article-28.html), qui vaut surtout pour la pertinence de la lecture critique de l'histoire de la réception d'Aristote, son historicité aujourd'hui. En écho à "Aristote en Haïti" de Gérard.
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Libellés : anthropologie, Débat et démocratie, historicité, Nouveaux réactionnaires, sociologie
29 août 2008
La Pensée anti-68
Arnaud nous signale la parution du livre de Serge Audier, mdc en philo poltique à Paris 4 : La pensée anti-68 : essai sur les origines d'une restauration intellectuelle, La Découverte, 2008, 379 p.
Extrait de la quatrième :
"La haine de Mai 68 est devenue un thème à la mode. Le slogan de la droite, lors de la présidentielle de 2007, sur l'indispensable liquidation de 68, ne doit donc pas être réduit à un propos de campagne : il résulte d'un travail idéologique qui a commencé dès les lendemains des événements et qui s'est poursuivi, de commémoration en commémoration. Faut-il voir, dans cette fièvre anti-68, une simple 'rhétorique réactionnaire' ? Quelles en sont les origines ? 68 méritait-il un déchaînement de critiques, souvent injustes et infondées ?"
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Libellés : 68, Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires
03 juin 2008
Je suis la révolution : parution
Je cite ici les termes de la référence que fait Y. Citton (RILI, 5, mai-juin 2008, 10, note) à un ouvrage paru récemment, et qui fera écho à la dynamique révolution / réaction, l'un des pans de question que Polart travaille dans le chantier "Débat et démocratie" : :
"Sur les rapports, à la fois obsédants, variables et trompeurs, entretenus entre la création littéraire et l'imaginaire de la Révolution, voir le livre récent de Laurent Jenny, Je suis la révolution, Belin, Paris, 2008."
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Libellés : Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires, parution, révolution
01 mai 2008
Gauchet se lâche : les "aristo" de 68
Une jolie pièce à joindre au chantier "Débat et Démocratie". Marcel Gauchet se révèle plus nu que le roi des réactionnaires dans son révisionnisme de mai 68. Quand le portrait du "libéral-libertaire" en "aristocrate de la démocratie" se prolonge significativement par une charge contre "notre fatal modèle étato-aristo-clérical", on voit bien le glissement du retournement. Voir le CR du Monde ci-dessous.
"Sous ses dehors prophétiques et altruistes, la "génération 68" aurait semé le doute et l'inertie. Elle aurait failli. Des héros, les baby-boomeurs ? Des imposteurs plutôt, dont la société française n'a pas fini de payer les inconséquences, soutient, dans le dernier numéro du Débat, le philosophe Marcel Gauchet.
Sa thèse, sévère mais argumentée, clôt une série d'articles moins significatifs, que cette revue, dont il dirige la rédaction, consacre à "Mai 1968, quarante ans après". Sous le titre "Bilan d'une génération", il dénonce avec véhémence les libéraux-libertaires auxquels cette génération s'identifie : "Le libéral-libertaire est un défenseur résolu de la souveraineté du peuple, mais un contempteur féroce du populisme ; il est l'avocat enflammé de tous les droits en souffrance, mais il n'a pas de mots assez méprisants pour fustiger les "beaufs". Bref, il est un aristocrate de la démocratie, comme seul ce pays pouvait en produire un."
Pour étayer ces accusations, Marcel Gauchet ajoute qu'à ses yeux la génération de 1968 n'a enfanté aucun intellectuel digne de ce nom, mais des "suppôts diversement talentueux et des suiveurs plus ou moins originaux" de Lacan, Derrida, Foucault et Bourdieu. Cette génération de "disciples", comme il l'appelle, a beau porter aux nues la "pensée critique" de ses maîtres, elle ne l'a pas régénérée. Incapable de la dépasser, elle en ânonne les préceptes, un point c'est tout.
Peu importe à ces "disciples" qu'une idée soit juste ou non, ironise Marcel Gauchet, pourvu qu'elle soit "dérangeante". Posture de justicier. Dogme de la dénonciation. Ces travers, à en croire Marcel Gauchet, ont fait beaucoup de dégâts, en particulier dans les médias où les héritiers plus ou moins directs de Mai 68 ont longtemps sévi. Ainsi à Libération, celui de Serge July, et au " Monde de Plenel et Colombani".
Comme c'était prévisible, "la ficelle a fini par se voir, écrit Marcel Gauchet en guise d'épitaphe, et le ton prédicant par se révéler insupportable". Il n'empêche que la "génération 68" a marqué pour le pire la société française. On lui doit, sous l'apparence de la modernité, la perpétuation de nos archaïsmes. Et la consolidation de "notre fatal modèle étato-aristo-clérical", qui fait de la France un pays "en état de sécession endémique vis-à-vis de tout ce qui prétend le diriger ou le représenter".
La responsabilité de cette génération est d'autant plus lourde, explique Marcel Gauchet, qu'à vouloir perpétuer son hégémonie, elle a empêché les générations suivantes d'être elles-mêmes. De s'émanciper. Une "indifférence à la transmission" tout aussi condamnable à ses yeux que la suffisance intellectuelle des baby-boomeurs.
Telle est la thèse développée, quarante ans après 1968, dans l'une des revues françaises les plus influentes. On peut y voir la preuve qu'une page se tourne - le temps de la "génération 68" serait révolu, elle n'en impose plus, l'heure de rendre des comptes a sonné... Ou se dire que Marcel Gauchet force le trait. Qu'il surestime le poids des soixante-huitards en les rendant responsables de tous les maux de la société française : les carences du système éducatif, l'inanité de la vie intellectuelle... Surestimer leur influence est au demeurant à double tranchant. C'est minimiser le rayonnement d'une revue comme Le Débat, où "l'esprit de 68" n'a jamais soufflé."
Le Débat. Mars-avril 2008, 192 p., 16,50 €
Bertrand Le Gendre
Article paru dans l'édition du 29.04.08
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Libellés : 68, actualité, Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires, philosophie
16 février 2008
Actualité "Débat et démocratie"
A lire dans Libération du 16-02 un petit dossier sur "Ces intellos qui rejettent la démocratie",
comprenant des entretiens avec Slavoj Zizek, Marcel Gauchet et Olivier Mongin, une petite synthèse
et un édito de Joffrin. C'est ici :
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/310423.FR.php
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Libellés : Débat et démocratie, intellectuel, mondialisation, Nouveaux réactionnaires, séminaire Actualité critique
26 janvier 2008
A lire
Françoise Asso revient sur le traitement médiatique de la LRU. C'est dans le blog Contre Journal de Libération:
http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/01/relents-dormeta.html
Pour Olivier en particulier cet entretien de Finkielkraut au même quotidien, où l'on apprend que la démocratie
est "sortie de son lit" et a "envahi" des espaces où elle n'a rien à faire, l'école et la culture, que les universités sont des "abattoirs", que la civilisation est "une lumière qui clignote et menace de s'éteindre" et que pour sauver la langue française "il faut planter les talons dans le sol". Les métaphores successives de l'invasion, de la mise à mort industrielle du bétail étudiant, de la nuit de la culture et du Boden heideggerien sont aussi belles que cette admirable formule : "on est toujours le réactionnaire de quelqu'un". C'est ici :
http://www.liberation.fr/transversales/weekend/306200.FR.php
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Libellés : Débat et démocratie, Finkielkraut, LRU, Nouveaux réactionnaires
07 septembre 2007
Nouveaux réacs (suite)
Toujours dans l'actualité des "Nouveaux réac", je signale la parution du dernier livre de Michéa L'EMPIRE DU MOINDRE MAL. ESSAI SUR LA CIVILISATION LIBÉRALE. Le recours (et le retour) à la critique platonicienne de la démocratie est éloquente.Voir l'article du Monde de ce jour.
Jean-Claude Michéa : les dilemmes du libéralisme
LE MONDE DES LIVRES | 06.09.07 | 12h32 • Mis à jour le 06.09.07 | 12h32
Même s'il peut paraître aller dans le sens de l'opinion dominante en France, assez largement antilibérale, le livre de Jean-Claude Michéa représente un point de vue tout à fait original, qui a toutes les chances d'agacer, à gauche comme à droite.
Michéa se veut "socialiste" mais il doit fort peu à Marx et il n'a aucune nostalgie de la vieille politique progressiste ; en fait, il ne se veut même pas "de gauche", car il tient le clivage entre gauche et droite pour une dualité interne à la pensée libérale. Il se réclame de la tradition anarchiste, mais il est très éloigné des courants libertaires contemporains, qui sont pour lui le supplément d'âme de la modernité libérale ; il se veut comme Orwell "anarchiste tory", ce qui est une manière de revendiquer une identité "conservatrice" dans un pays où le conservatisme est l'ennemi privilégié de la droite comme de la gauche. Pis encore, il confesse sans état d'âme son "populisme", au risque de décourager les meilleures volontés libérales et-ou progressistes.
La thèse de Michéa peut être résumée de la manière suivante : le libéralisme n'est pas un courant particulier de la politique moderne, qui pourrait lui-même être subdivisé en courants divers, dont le libéralisme économique ne serait qu'une composante particulière : il y a au contraire une unité fondamentale du libéralisme, qui est au coeur de la modernité, et qui trouve finalement son "centre de gravité" dans l'expansion universelle de l'économie de marché et dans la croissance indéfinie de la production matérielle ; dans ce cadre, les revendications libertaires, qu'elles soient dirigées contre la morale traditionnelle ou contre les restes de l'Etat-nation, sont la pointe avancée de la modernisation et de la mondialisation : le libéralisme culturel est le supplément d'âme ou le complément naturel du libéralisme économique.
Le charme du livre vient d'abord de la grande élégance de la démonstration, qui s'appuie sur une vraie familiarité avec les grands penseurs libéraux. Après d'autres, Michéa montre que la logique libérale naît en fait avec la politique moderne elle-même, et singulièrement avec les guerres de religion, qui discréditent durablement l'idée que la politique aurait pour fonction d'instaurer le règne du Bien : l'Etat moderne devra s'émanciper de la religion pour se faire le protecteur des droits des individus, et le marché apparaîtra progressivement comme le cadre le mieux adapté à la pacification des relations entre les hommes.
De là, d'abord, la solidarité profonde liant le droit moderne - qui organise la coexistence des libertés sans prétendre créer les conditions de la vie bonne - à une anthropologie soi-disant réaliste mais en fait assez irréelle. Une telle anthropologie prétend dévoiler les ressorts cachés et inavouables de toute action plutôt que de se fier aux dispositions généreuses, ou altruistes, de l'humanité.
"HOMME NOUVEAU"
De là, ensuite, la force, dans la pensée moderne, de ce qu'on pourrait appeler un scepticisme dogmatique, qui au nom de la liberté et de l'égalité, refuse toute hiérarchie entre les fins que poursuivent les hommes. Or, cet égalitarisme sceptique, que Hobbes plaçait au fondement de l'Etat absolutiste, trouvera par la suite deux traductions, sociale et politique, sans doute plus adaptées à ses fins.
La première de ces traductions est l'économie de marché : on verra volontiers celle-ci comme le lieu d'un équilibre "mécanique" entre les volontés individuelles. Cet équilibre suppose aussi la dynamique indéfinie de la croissance pour tenter de satisfaire la soif d'acquisition que met en mouvement la généralisation de l'échange marchand.
La deuxième traduction de cette conception sceptique de la liberté et de l'égalité est sans doute la démocratie elle-même, contre laquelle Michéa ne craint pas de reprendre certaines des critiques de Platon. Selon l'auteur, le Grec aurait déjà reconnu, dans l'Athènes démocratique, impérialiste et commerçante, "certaines conséquences humaines du désir illimité d'accumuler des richesses et de la poursuite de l'intérêt égoïste" : on peut discuter cette critique, mais on doit reconnaître la justesse de l'idée qui fait du scepticisme le fondement de la démocratie - c'était la thèse, par exemple, du grand juriste positiviste Kelsen.
La période que nous vivons serait en quelque sorte l'aboutissement ultime de la logique libérale avec, d'un côté, l'extension de la sphère marchande et, de l'autre, la multiplication des conflits nés du relativisme moral moderne. Ces luttes se traduisent finalement par de nouvelles contraintes, visant à la création d'un "homme nouveau" toujours plus vigilant contre les conformismes passés et toujours plus conforme aux normes de la société nouvelle.
Le tableau que donne Michéa de cet Empire du moindre mal qui finit par ressembler au meilleur des mondes est souvent juste et parfois saisissant, parce qu'il est servi par un style alerte, qui tempère l'indignation par une ironie pleine de charme. On peut cependant lui adresser deux objections. Il est possible, en premier lieu, qu'il y ait une part d'illusion rétrospective dans l'idée d'une nécessité de l'évolution du libéralisme politique vers le pur et simple règne du marché ; on aurait pu tout aussi bien, il y a quelques dizaines d'années, prophétiser l'autodestruction de l'économie de marché en montrant que celle-ci avait fait naître une demande illimitée de protection des droits qui se traduisait par le progrès régulier de l'Etat-providence.
On peut aussi estimer que les thèses fondamentales du libéralisme (les droits, la limitation du pouvoir, la distinction de la société et de l'Etat) peuvent être articulées de différentes manières, dont certaines pourraient faire droit aux préoccupations d'un conservateur socialiste comme Michéa. Le philosophe polonais Lezsek Kolakowski a tenté jadis de montrer comment on pouvait être "socialiste-conservateur-libéral" : c'est peut-être là un oxymore, mais sans doute pas plus qu'"anarchiste tory".
L'EMPIRE DU MOINDRE MAL. ESSAI SUR LA CIVILISATION LIBÉRALE de Jean-Claude Michéa. Climats, 224 p., 19 €.
En librairie le 10 septembre.
Philippe Raynaud
Article paru dans l'édition du 07.09.07
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Libellés : Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires
28 août 2007
Proposition Polart / Débat et démocratie
Après vérification, j'ai sous les yeux le volume de P.-A. Taguieff dont parlait l'article du Monde du 25 - volume paru en mars 2007, intitulé donc Les Contre-réactionnaires. Le progressisme entre illusion et imposture (Denoël).
Le livre est organisé en 3 parties, la table des matières déjà bien parlante : 1. Fabrication d'une légende : les "nouveaux réactionnaires", 2. Au nom du progrès : du progressisme à l'antifascisme, et 3. Du terrorisme intellectuel au conformisme généralisé.
Dans le contexte de politique française, et de politique française du savoir, notre chantier Débat et démocratie est plus que jamais pertinent. Ouvert en octobre 2002, il est catapulté dans une urgence/pertinence renouvelée, et le support textuel du livre de Taguieff pourrait être une base de travail bien polarisée, et toute prête à polart-isation.
Je vous propose donc un chantier de lecture, avec une table ronde pour discussion dans le cadre du séminaire Actualité critique - sans doute pas possible pour la séance possible de la fin septembre, mais plus tard dans l'hiver. Décembre ?
Qu'en dites-vous ?
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Libellés : Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires, Proposition Chantier
27 août 2007
Les Nouveaux réacs de nouveau à l'actu
Cet article, tout récemment, dans Le Monde - reçu, j'en profite pour signaler son existence, par la liste de diffusion de l'Association Multitudes, qui fait un travail sur Internet (Multitudes Web) et publie la revue papier Multitudes (le numéro de cet été, n° 29, publie un dossier "Narrations postcoloniales", et un dossier "Traduire Deleuze", par exemple - qui convaincra peut-être, encore une fois, des ressources critiques de l'étranger pour dénouer le piège intestin du parigo-français).
Rétrocontroverse : 2002, les intellectuels réactionnaires sont de retour
LE MONDE 25.08.07 13h21.
Mis à jour le 27.08.07 14h01
A l'automne 2002, quelques mois après le séisme du 21 avril et l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle, la gauche"plurielle" est en ruine. Au même moment, une petite bombe éditoriale va faire imploser une partie de la gauche "intellectuelle".
A l'origine de la déflagration, un mince volume intitulé Le Rappel à l'ordre: enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil). L'historien Daniel Lindenberg y dénonce le triomphe d'une "libido réactionnaire" chez certains intellectuels longtemps étiquetés "de gauche". Sous prétexte de provoquer une "levée générale des tabous", ceux-là en seraient venus à exprimer une répugnance de plus en plus ouverte à l'égard des droits de l'homme, de l'antiracisme, de Mai 68 ou encore de la culture de masse, au point de vomir la démocratie en tant que telle.
Egrenant les noms des écrivains Michel Houellebecq et Maurice Dantec, comme ceux des philosophes Alain Finkielkraut, Pierre Manent, Marcel Gauchet ou Pierre-André Taguieff, Lindenberg ne prétend pas décrire un parti organisé. Il parle plutôt d'une "nébuleuse" disparate, rassemblant des hommes venus d'horizons divers, mais qui seraient passés "de Trotski à Carl Schmitt, des "années rock" au culte académique de la langue française et du latin d'école, du gauchisme chevelu à la croisade contre les fadeurs vénéneuses dela modernité"... Bien sûr, ce Rappel à l'ordre est à la fois hasardeux dans sa méthode et hâtif dans ses conclusions.
Et ceux qu'il met en colère ont beau jeu d'en moquer les faiblesses : "De la bouillie pour les chats, du mauvais travail intellectuel, où la nomination dénonciatrice compte davantage que l'analyse des idées", tranche l'historien Pierre Nora, fondateur de la revue Le Débat, dans un entretien accordé au Monde. "Il se porte tellement mal, l'espace public intellectuel, que ce livre nul en est le témoignage frappant", ajoute alors l'écrivain Philippe Muray (1945-2006) dans Le Figaro.
Reste que l'offensive Lindenberg fait mouche : durant de longues semaines, l'affaire des "nouveaux réactionnaires" occupe le devant de la scène, faisant l'objet d'émissions à la radio comme à la télévision, envahissant surtout les rubriques débats des journaux, à commencer par celles du Figaro et de Marianne. Le Monde, de son côté, va jusqu'à lui consacrer sa"manchette" - fait rarissime pour l'actualité des idées.
En effet, c'est l'occasion d'explorer les mutations du paysage intellectuel français, et en premier lieu l'implosion de cette galaxie qu'on nommait la"famille antitotalitaire". Partageant une même réflexion sur le phénomène totalitaire, cette famille s'est formée dans le soutien aux dissidents des régimes staliniens et dans la redécouverte de la pensée politique libérale du XIXe siècle (en particulier Alexis de Tocqueville et Benjamin Constant). On la trouve rassemblée autour de quelques revues, notamment Le Débat, Commentaire ou Esprit, et de quelques espaces académiques, dont le Centre Raymond-Aron, un laboratoire de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
La querelle apparaît donc comme une affaire de famille : lorsque paraît le livre de Daniel Lindenberg, ce dernier est conseiller à la direction de la revue Esprit, où bon nombre des auteurs ciblés par lui ont leurs habitudes. De même, l'historien Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et président de La République des idées, association qui édite Le Rappel à l'ordre, se trouve être également le directeur du Centre Raymond-Aron. Il y côtoie, entre autres, Pierre Manent et Marcel Gauchet, que l'ouvrage de Lindenberg dépeint comme de dangereux contempteurs de la société démocratique : "Ce qui fait l'originalité de la controverse en cours, c'est qu'elle oppose pour partie, des deux côtés de la barricade, des hommes qui se réclament des mêmes valeurs. (...) La vérité est que le libéralisme qui les a unis tend aujourd'hui à les diviser et que la question des droits de l'homme est en train de devenir signe de contradiction dans la société française", constate l'historien Jacques Julliard dans Le Monde.
Le danger totalitaire est derrière nous, la ligne de front passe désormais au sein même du champ démocratique : un peu plus de dix ans après la chute du mur de Berlin, telle est donc la posture d'une gauche qui se veut réformiste et moderne, et qui n'envisage pas sa refondation sans une nette redéfinition de ses frontières. "Ce livre rend visible un phénomène qui n'avait pas encore été décrit : l'apparition d'une nouvelle forme d'illibéralisme. La dénonciation de la société ouverte s'opère en effet maintenant au travers d'une sensibilité que l'on peut appeler "critique réactionnaire"", persiste Pierre Rosanvallon, toujours dans nos colonnes.
Saine entreprise de clarification pour les uns, cette polémique a surtout mis en lumière, pour d'autres, l'état de confusion et de panique où se trouve la gauche progressiste depuis 2002. Comment expliquer, sinon, que tant d'observateurs aient pu diagnostiquer un "ralliement" massif des intellectuels à Nicolas Sarkozy, quand les allégeances effectives se comptent sur les doigts d'une main ?
Tout se passe comme si la gauche avait besoin de se faire peur, comme si elle compensait son impuissance doctrinaire et sa crise identitaire par une chasse hystérique aux "renégats" et aux "traîtres" : "Une gauche sans projet a besoin d'ennemis haïssables, si fantasmatiques soient-ils. L'acte de les dénoncer lui permet de se donner une contenance, à défaut d'une consistance. Telle est la principale fonction de l'étiquette illégitimante ("néoréacs"), dans un contexte où les identités politiques sont floues : fixer une ligne imaginaire entre la gauche et la droite. De quoi intimider les intellectuels en leur lançant le message : "Attention, ne pas franchir la ligne jaune !"", commente Pierre-André Taguieff dans un récent essai intitulé Les Contre-réactionnaires : le progressisme entre illusion et imposture (Denoël,620 p., 28 euros).
Jean Birnbaum
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