Dans la colonne "Point de vue" du Monde date du 1er aôut, Slavoj Zizek envoie un texte un peu énigmatique (and the exact point is?), qui vaut pour Polart en tant que proposition sur une actualité du rapport entre politique, nationalisme extrême, et poésie : il s'agit d'une prise, philosophique-poétique (un philosophe parle de poésie), sur l'analyse de la signification politique que le débat public international est en train de former autour de l'arrestation de Karadzic.
Le papier s'intitule "Karadzic et le 'complexe poético-militaire' ", et entame la question avec :Radovan Karadzic, le dirigeant des Serbes en Bosnie responsable d'un épouvantable nettoyage ethnique durant la guerre post-yougoslave, a enfin été arrêté. Le temps est maintenant venu de prendre du recul et de considérer l'autre aspect de sa personnalité : ce psychiatre de formation était non seulement un chef politique et militaire impitoyable, mais aussi un poète.
Nous devrions nous garder de rejeter sa poésie en la qualifiant de ridicule, car une lecture attentive nous aide à comprendre le fonctionnement du nettoyage ethnique.
Les réverbérations sont audibles, d'une part avec le "complexe militaro-industriel" de l'époque Nixon, et sur une autre ligne d'écoute complètement, entre le "vous pouvez!" comme formule politique de la licence morale et sociale, ou "orgie destructrice permanente", donnée ici comme caractéristique de l'intégrisme ethnique, avec l'ambiant "Yes we can" d'Obama. Drôles de mixages.
La perspective de lecture qui m'intéresse est celle qui regarde un philosophe (mais dans le domaine anglophone, pour ne parler que de la part de l'oeuvre de Zizek, slovène, à laquelle j'aie accès donc, "philosophe" situe des discours de manière particulière - entendre ce décentrement ; il y a, précisément à ce point, des enjeux de rapports entre disciplines ou discursivités, et idéologie) prendre l'actualité politique par le poème. Pour faire simplement un pas de plus, je cite plus loin : "Une mauvaise surprise nous attend ici : ce sont les poètes qui ont formulé il y a plusieurs décennies le rêve des "nettoyeurs ethniques". Dans la Phénoménologie de l'esprit, Hegel évoque le "silencieux travail de tissage de l'esprit" : le travail souterrain de modification des coordonnées idéologiques, invisible pour l'essentiel au regard public, qui explose soudainement et prend tout le monde au dépourvu. C'est ce qui se tramait en ex-Yougoslavie dans les années 1970 et 1980." Puis en passer par "la réputation de Platon", "entachée par son affirmation selon laquelle les poètes devraient être expulsés de la cité."
Je ne fais que pointer un noeud local, sans commencer l'analyse - renvoyant les lecteurs à l'article du Monde. Dirai seulement deux directions dans lesquelles je reste rêveuse à partir de ce texte : d'abord faire valoir "la poésie" ("les poètes") comme une, monolithique, versant en un bloc d'un côté ou d'un autre des grandes polarités idéologiques et morales - un énorme coup d'hypostase (on pourrait, de même, considérer le langage, entier, comme péché). C'est donc un canular. Ensuite, ce que fait un philosophe, comme "intellectuel". Badiou a été actif aussi ces derniers temps, et a fait parler de lui. Ces coups de débat médiatique sont - dans leurs tiraillements de malentendus, distorsions, manoeuvres polémiques ordinaires, jeux de positionnements sociaux, dans leurs effets de long feu aussi -, le phénomène même du rapport actuel de savoir-pouvoir, dans son friselis quotidien, qui est le contraire du dérisoire. Son étude relève d'une ethnométhodologie (plus que d'une histoire intellectuelle par exemple), je dirais. Le quotidien d'une politique actuelle du savoir et de la parole publique.
02 août 2008
Peuple et poème : Zizek sur Karadzic
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Libellés : actualité, Badiou, intellectuel, peuple, poème, Zizek
16 février 2008
Actualité "Débat et démocratie"
A lire dans Libération du 16-02 un petit dossier sur "Ces intellos qui rejettent la démocratie",
comprenant des entretiens avec Slavoj Zizek, Marcel Gauchet et Olivier Mongin, une petite synthèse
et un édito de Joffrin. C'est ici :
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/310423.FR.php
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Libellés : Débat et démocratie, intellectuel, mondialisation, Nouveaux réactionnaires, séminaire Actualité critique
08 janvier 2008
LRU suite : Les forums de Paris 8
Je reçois à l'instant cette information, sur une nouvelle initiative de Paris 8 :
Les deux coordinations nationales de la lutte contre la loi LRU (étudiants et personnels) auront lieu à Paris 8, le 12 et 13 janvier. Personnels: amphi D. Etudiants: amphi X.
LES FORUMS DE PARIS VIII:
UNIVERSITÉ EN LUTTE CONTRE LA LRU
LA PENSÉE EN MOUVEMENT !
L'université Paris 8 Vincennes-Saint Denis vous invite à une série d'ateliers-débats avec des chercheurs, artistes, réalisateurs, écrivains français et internationaux qui viennent soutenir le mouvement. Ces forums marquent notre opposition aux réformes actuelles et repenseront la place de l'université dans la société.
Venez participer aux débats, avec:
Susan George, le lundi 14 janvier, 14h, Amphi X.
Luc Boltanski, le mercredi 16 janvier, 10h, Amphi X.
Seront aussi présents dans les prochaines semaines, entre autres : Tariq Ali, Mickaël Löwy, Judith Butler, Christophe Charles, Brian Holmes, Ignacio Ramonet, Loïc Wacquant.
information : http://universiteparis8engreveactive.org/
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Libellés : actualité, intellectuel, LRU, université
21 novembre 2007
Parution : 20 ans de vie politique & intellectuelle
La revue Lignes (fiche d'identité : "Art . littérature . philosophie . politique") sort ce mois de novembre un n° 23-24 spécial anniversaire, intitulé Vingt années de la vie politique et intellectuelle, qui s'ouvre par une histoire de la revue par son créateur et directeur Michel Surya.
Textes de D. Bensaïd, M. Abensour, E. Balibar, B. Noël, etc. (22 textes au total, 470p.), + le sommaire des 60 (car il y a eu deux séries, et une suite de trois éditeurs) premiers numéros de Lignes : 1987-2007.
La revue dans l'histoire intellectuelle, et l'histoire éditoriale de la revue à l'intérieur de ce contexte, donc.
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Libellés : intellectuel, politique éditoriale
19 octobre 2007
Situation des intellectuels en 1977
Pour ceux qui comme moi cherchaient depuis longtemps le texte de Deleuze, "A propos des nouveaux philosophes et d'un problème plus général", et en particulier parce qu'il était rentré dans nos champs de discussion autour des Nouveaux réactionnaires, voici un lien, vers sa réédition électronique dans la site de la revue Multitudes. Le texte est daté de 1977, et avait été publié dans un Supplément de la revue Minuit, mai 1977, (n° 24). "Et distribué gratuitement", rappellent les rééditeurs.
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Libellés : Deleuze, intellectuel
05 octobre 2007
Débat - et conflits éditoriaux
J'ai pensé que vous seriez curieux d'un débat actuellement en cours dans un autre lieu de travail collectif, autour de la revue Multitudes, elle-même appartenant à la galaxie qui se forme et se développe activement à cet automne autour des éditions Amsterdam.
La revue Multitude a un support papier classique - et d'ailleurs des hors-série sur l'art, sur laquelle je compte vous donner des informations dès que j'ai un moment, un site web (rénové ou encore en cours de rénovation : le travail a donc dû se frayer récemment de nouveaux modes éditoriaux, c'est intéressant à observer), mais aussi une liste de diffusion, "Multitudes-infos", qui vient d'être déstabilisée par l'établissement de nouveaux modes de publication. Plusieurs inscrits ont demandé à être retirés de la liste, etc. Débat, au sein d'un collectif de travail intellectuel, où l'art est une question critique pour la pensée du politique, et débat jusqu'aux ruptures, débat engageant jusqu'au plus concret des pensées du collectif collectifs : ce sont il me semble des ingrédients d'une situation révélatrice, petit éclairage local pour une histoire du présent intellectuel, tel qu'il est déterminé en particulier, dans un contexte de cyberculture et "société de la connaissance", par une nouvelle interrogation sur le rapport de public et de publication, sur la politique d'auteur et la propriété intellectuelle, sur l'activisme éditorial, etc.
Je joins, plié dans l'annexe "Comments" associée à ce message (cliquer sur l'heure de publication du message), un fragment de cette discussion sur les modes discursifs et éditoriaux.
Premières informations sur la liste Multitures-infos, également :
Pour envoyer un message : multitudes-infos@samizdat.net
Pour s'inscrire : <mailto:sympa@samizdat.net?subject=subscribe%20multitudes-infos>
Pour se désinscrire : <mailto:sympa@samizdat.net?subject=unsubscribe%20multitudes-infos>
Pour accéder aux archives, se mettre temporairement en "no mail", etc.:http://listes.samizdat.net/sympa/info/multitudes-infos
Administration de la liste : videcoq.emmanuel@neuf.fr,surel@free.fr
Site Web de la revue multitudes : http://multitudes.samizdat.net/
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Libellés : critique, débat, intellectuel, polémique, politique éditoriale
06 août 2007
Publication : volume Chomsky aux Cahiers de l'Herne
Jean Bricmont (celui du canular Sokal et Bricmont de 1997) et Julie Franck dirigent le volume intitulé Chomsky paru récemment aux Cahiers de l'Herne (2007, 356 p.). Le Monde diplomatique d'août prend cette occasion pour publier un entretien avec Chomsky, autour de la question du "lavage de cerveaux en liberté" - idée pivot de l'activisme de Chomsky, depuis au moins Manufacturing Consent (écrit avec Edward Herman, NY, Pantheon, 2002).
La situation est intéressante pour la question de l'intellectuel, qui agite les débats - sur les rapports entre pensée critique et politique, théorie et praxis - au même rythme que celle de l'érosion du marxisme, depuis 1989 disons. Eléments en présence : la figure du scientifique universitaire d'importance majeure, la question de la linguistique spécifiquement, la figure de l'intellectuel militant - et, à mon oreille, très nettement, la formule de Sartre : l'intellectuel comme celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Le savant, le langage, la société - et la critique, comme processus social.
Il faut ajouter à cela la présence éditoriale de Bricmont, qui oriente aussi cette configuration, en la chargeant d'une valence anti-théorie et (disons pour aller vite) scientiste par mémoire du canular sur les Impostures intellectuelles. Ici on peut mettre en regard un commentaire du Diplo sur la voix des directeurs du volume : "Dès l'introduction, les deux maîtres d'oeuvre du 'Cahier', Jean Bricmont et Julie Franck, établissent un ton - sérieux, ordonné, cartésien - parfaitement en accord avec cette logique à la fois implacable et jubilatoire qui caractérise la réflexion et les écrits de l'auteur étudié".
M'intéresse donc : le mode critique particulier qui est proposé ici, et l'analyse des raisons de ma réticence immédiate, gut reaction, moue. J'essaie :
. IR (soit, je devine, Ignacio Ramonet, éditorialiste du Diplo) commente et situe : "Ignoré le plus souvent par les médias dominants français, NC a été élu, en 2005, par les lecteurs du magazine britannique Prospect comme 'le plus grand intellectuel vivant' ". Comparé à Sartre et à Voltaire. Il faut entendre tout de même le fait qu'il est considéré aux Etats-Unis, par la gauche critique, comme une voix marginale, avec une écoute plus large à l'étranger que at home. Cette question reste donc largement ouverte. Ce qui me paraît certainement intéressant est ce rapport difficile et à la France - comme point d'origine de la notion d'intellectuel même, et indissociable d'un stéréotype américain quant à l'arrogance intellectuelle/"exception culturelle" - et aux mouvements critiques nationaux. Le Diplo, avec sa transnationalité particulière, est un espace de sa défense depuis plusieurs années. Il y a certainement une dimension géopolitique au problème de l'intellectuel. Une problématique très particulière de l'étranger - on pourra remonter directement à l'Affaire Dreyfus avec cette question. La critique et la nation.
. un coeur de la question Chomsky, si on veut analyser ce cas, c'est aussi : se mêle-t-il "de ce qui ne le regarde pas"? Soit : quel est le statut du rapport entre la puissance de son oeuvre de linguiste (IR rappelle en ces termes : "une véritable révolution dans les études du langage et de la grammaire, au point que cela a bouleversé les neurosciences cognitives" - nous voilà propres), et sa légitimité à prendre la parole sous le titre d' "intellectuel" (qui le déclare tel?) , sur "les mécanismes idéologiques qui, comme une camisole de force invisible, maintiennent la population volontairement soumise à la domination d'une minorité de puissants", inaugurant "ainsi une nouvelle lignée d'études des médias qui va faire école, et qui va aussi lui valoir des attaques d'une exceptionnelle férocité." Je ne sais pas lire les sous-entendus pointés ici - my ignorance. Mais je reprends : comment la théorie du langage de Chomsky, et en particulier la ligne de fuite vers la grammaire universelle (la question de l'étranger dresse l'oreille de nouveau, comme problème du langage, ici), détermine ce programme et cette activité critiques ? Je n'ai jamais encore rencontré cette question soulevée, dans les débats autour lui que j'ai pu suivre. C'est là pourtant qu'est le noeud, surely ? Sinon le point de vue est indifférent. Ce n'est pas comme ça qu'il est écouté, en tout cas.
Réponse automatique : il faut simplement aller voir, d'accord. Mais pour l'instant voilà les questions avec lesquelles je pourrais ouvrir cette lecture. Grammaire universelle, idéologie de la communication, mondialisation, donc : coordonnées d'un problème Chomsky. Théorie du langage et action critique.
. une autre direction ou la même - question des façons de penser le rapport social, où intervient ce qu'on fait du discours : IR cite en encadré un fragment de la discussion entre Chomsky et Foucault, publiée dans le volume de L'Herne, et initialement tenue en 1971 : "Justice contre pouvoir". Où deux visions du politique se frottent, en éclairant par leur contraste l'une (au moins) des pierres de touche de la critique, où se fait le départ entre l'absolu et l'historicité.
Titres de Chomsky intellectuel, rappelés par le Diplo, dans leur traduction en français : 1998 Responsabilité des intellectuels (Agone - commentaire : "Chomsky fustige la sélectivité des 'engagements' des intellectuels occidentaux"), 2003 La Fabrique de l'opinion publique : la politique économique des médias américains (Le Serpent à plume, 2003), 2006 Comprendre le pouvoir (Bruxelles - "la plupart des préjugés médiatiques ont pour cause la présélection d'un personnel bien-pensant qui intériorise des idées préconçues et s'adapte aux contraintes exercées par les propriétaires, le marché et le pouvoir politique", 2007 L'An 501, la conquête continue (L'Herne - "Les stratégies de domination mises en oeuvre depuis la conquête du Nouveau Monde").
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