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10 avril 2008

Benveniste aujourd'hui: où sont les titres du langage à fonder la subjectivité?

Vendredi 30 mai 2008

Journée d’étude à l’abbaye d’Ardenne

dans le cadre du séminaire IMEC/IUFM de Basse-Normandie

« Littérature et enseignement : archives, vie et théorie du langage ».

Benveniste aujourd’hui

Où sont les titres du langage à fonder la subjectivité ?

 

En 2001, le Collège de France dépose à l’IMEC trois cours d’Émile Benveniste (1902-1976) : « Problèmes de syntaxe générale » (1949-1950), « Syntaxe des cas » suivi de « La flexion dans les langues indo-européennes » (1954-1955) et « Les pronoms » (1955-1956), le tout constituant une boîte d’archives. C’est peu ! Ajoutons que ces notes ne sont pas de la main de Benveniste mais de Georges Redard, son élève. Et l’on sait que les fonds les plus importants sont déposés depuis quelques années à la Bibliothèque Nationale de France[1]. Toutefois, nous aurions de bonnes raisons de saisir ce peu pour en apercevoir la force et l’enjeu qu’une formule de Benveniste frappe par le défi qu’elle fait encore aujourd’hui à toutes les sciences humaines et sociales et à toutes les lectures qui ont pu être faites de son œuvre : « Où sont les titres du langage à fonder la subjectivité ? » (« De la subjectivité dans le langage », 1958, repris dans Problèmes de linguistique générale, 1, Gallimard, 1966).

Cette journée d’étude permettra de poser l’actualité vive de Benveniste pour la recherche et l’enseignement d’au moins trois points de vue :

- tout d’abord, « l’invention du discours », pour reprendre à Gérard Dessons, ne semble pas avoir été vraiment considérée autrement qu’à travers de rapides instrumentalisations (en particulier dans l’enseignement secondaire) qui ignoraient la visée d’une théorie d’ensemble du langage ; 

- ensuite, la découverte des archives « Benveniste » est en cours et il semble que bien des problèmes soulevés par Benveniste risquent d’être relancés pour qu’on puise considérer la portée de sa lucidité, en particulier s’agissant d’une poétique des discours ;

- enfin, Benveniste oblige à « mettre en question l’évidence » et à travailler sans cesse contre « toute notion simpliste du langage », ce qui demande à la recherche une éthique qui s’entend dans l’écriture même de Benveniste : « l’instance de discours est ainsi constitutive de toutes les coordonnées qui définissent le sujet et dont nous n’avons désigné sommairement que les plus apparentes » (ibid.).

Cette journée devrait donc être l’occasion d’encourager les travaux en cours et à venir pour que les « problèmes » de Benveniste continuent de nourrir les recherches linguistiques, didactiques, anthropologiques et autres, attentives à la vie et la théorie du langage.

Serge Martin

UCBN (IUFM de Basse-Normandie), LASLAR (THL), POLART


Programme de la journée :

10h30 : Accueil avec visite de l’IMEC.

11h15 : Ouverture par Albert Dichy (IMEC, directeur littéraire)

et Jean-Marc Guéguéniat (IUFM, administrateur)

Travaux présidés par Jean-François Thémines (IUFM, directeur adjoint - recherche)

11h30 : Gérard Dessons (Université Paris VIII)

« La place du poème dans la théorie du discours »

12h15 : Daniel Delas (Université de Cergy-Pontoise)

« Subjectivité et discours post-colonial »

13h00 : Repas à l’IMEC (prière de s’inscrire)

Travaux présidés par Nathalie Léger (IMEC, directrice scientifique)

14h30 : Chloé Laplantine (ITEM et Université Paris VIII)

« La poétique d'Émile Benveniste»

15h15 : Émilie Brunet (ITEM et Université Paris III)

« Les archives de Benveniste : ouvertures »

16h00 : Pause

16h30 : Jérôme Roger (Université Bordeaux III et IUFM d’Aquitaine)

« Émile Benveniste : l’écriture de l’essai »

17h15 : Serge Martin (UCBN et IUFM de Basse-Normandie)

« Émile Benveniste : la relation dans et par le langage »

17h45 : Discussion générale et conclusion par Albert Dichy et Serge Martin

 

 

Renseignements : serge.martin@caen.iufm.fr

Inscriptions à l’IMEC : 02 31 29 37 37

Fax. : 02 31 29 37 36

email : ardenne@imec-archives.com

 

 



[1]. Pour un état précis des archives de Benveniste, établi par E. Brunet, voir :

 www.item.ens.fr/fichiers/Theorie_linguistique/fondsEB_historique_enligne.pdf 

06 février 2008

Conférences de Judith Butler à Paris

Judith Butler sera à Paris en février et mars, professeure invitée à l'EHESS et ENS. Un cycle de 6 conférences est prévu.

Par ailleurs, (je transmets :) "A l'invitation d'un groupe d'étudiants de Paris VIII qui s'est créé lors de la mobilisation contre la contre-réforme Pécresse, Judith Butler viendra àParis VIII, Saint-Denis, M° Saint-Denis Université (terminus, ligne 13), le mercredi 20 février à 11 h, Amphithéâtre X.

Conférences à l'EHESS/ENS :

*le mardi, 12 février - 18 mars, de 14h à 16h, Grande salle, Ecole normale supérieure**48 bd Jourdan, Paris 14^e (près du Métro Porte d’Orléans, RER Cité Universitaire)*_ __Contact :_ _Eric.Fassin@ens.fr_ <mailto:Eric.Fassin@ens.fr>
/Politics Beyond Identity: //Sexuality, Secularism, and the subject of social Movements/*La politique au-delà de l’identité : **Sexualité, sécularisation et le sujet des mouvements sociaux**/NB :/*/ conférences et discussions se tiendront en français et en anglais, avec une aide pour la traduction de l’anglais au français par Joëlle Marelli./
*Mardi 12 février : **« Le sujet au-delà du multiculturalisme : questions de normativité »*/ (« The Subject Beyond Multiculturalism: Questions of Normativity »)/
*Mardi 19 février :**« Abou Ghraib, la torture et la politique sexuelle »*/(« Abu Ghraib, Torture, and Sexual Politics »)/*
Mardi 26 février :**« Minorités religieuses / Minorités sexuelles »*/(« Religious Minorities/Sexual Minorities »)/ _Invité :_ Marc de Leeuw (Université d’Utrecht) – /NB : in English/
*Mardi 4 mars :**« Une altérité constitutive : la politique juive au-delà de l’identité »*/(« Constitutive Alterity: Jewish Politics Beyond Identity »)/_Invitée :_ Jacqueline Rose (Université de Londres) – /NB : en français/ *Mardi 11 mars :**« Vulnérabilité, survivabilité : la politique affective de la guerre »*/ (« Vulnerability, Survivability: The Affective Politics of War »)// /
*Mardi 18 mars :**« La politique post-identitaire et la question de la sécularisation »*/(« Post-Identitarian Politics and the Question of Secularism »)/_Table ronde :_ avec Eric Fassin (ENS) et Nacira Guénif-Souilamas (Paris-XIII)Judith Butler, philosophe, est professeure dans le département de Rhétorique et de Littérature comparée à Berkeley, Université de Californie. Depuis la parution en 1990 de /Gender Trouble/ (en français, en 2005 aux éditions La Découverte, traduction de Cynthia Kraus : /Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité/), son œuvre est lue et utilisée dans le monde entier. En français, nombre d’ouvrages sont aujourd’hui disponibles, en particulier /Défaire le genre/ (Amsterdam, 2007), /Le récit de soi/ (PUF, 2007), /Humain, inhumain /(Amsterdam, 2005), /Le pouvoir des mots/ (Amsterdam, 2004), /Antigone. La parenté entre vie et mort /(Epel, 2003), /Marché au sexe/ (Epel, 2002). Elle travaille actuellement à des essais sur la philosophie juive, à partir des critiques pré-sionistes de la violence d’état. Elle continue d’écrire sur la théorie littéraire et culturelle, la philosophie, la psychanalyse, le féminisme et la politique sexuelle.Voir une bibliographie: _http://sun3.lib.uci.edu/indiv/scctr/Wellek/butler/_ <http://rhetoric.berkeley.edu/faculty_bios/http:/sun3.lib.uci.edu/indiv/scctr/Wellek/butler/>

12 octobre 2007

Après l'archéologie, la généalogie.

Publié deux mois avant le livre d'Alain de Libera, chez Vrin encore, un ouvrage collectif.
Pas de doute, le sujet est à la mode.
Mais le sujet, quel sujet ?


Olivier Boulnois (éd.)
Généalogie du sujet, De saint Anselme à Malebranche
Vrin, « Bibliothèque d’Histoire de la Philosophie ». 320 p., 13,5 × 21,5 cm. ISBN : 978-2-7116-1915-3
L’invention du concept de subjectivité revient à Kant. Mais celui-ci l’attribue à Descartes, coupable d’avoir pris le sujet de la pensée pour une substance. De Hegel à Heidegger, toute l’historiographie a été victime de ce tour de passe-passe. Il se trouve même des historiens pour chercher au Moyen Âge les prémices du « sujet moderne ».Cet ouvrage déconstruit une telle histoire. Partant du concept antique et médiéval de sujet – le support des accidents –, il s’efforce de suivre un complexe de questions : quel est le sujet de la pensée, l’homme, le moi ou l’âme? Est-il substance? A-t-il une certitude immédiate de soi?De saint Anselme à Malebranche, ce travail d’équipe met ainsi au jour des marqueurs, des énoncés fondamentaux qui s’entrelacent en plusieurs lignées. Il dessine ainsi un arbre des possibles, dont la certitude de soi cartésienne et le sujet kantien ne sont que des cas particuliers : au lieu d’une histoire unique, orientée vers un but, une généalogie véritablement multiple.

Ont collaboré à ce volume : J.-Ch. Bardout, F. Berland, O. Boulnois, J.-B. Brenet, J. Casteigt, S. Maxim, C. Michon, S. Piron, J. Schmutz, K. Trego et Chr. Trottmann.

09 octobre 2007

Parution : Alain de Libera, Archéologie du sujet, 1, Naissance du Sujet

Alain de Libéra, très grand savant de l'Antiquité et du monde médiéval (Penser au Moyen Age, La querelle des universaux, La philosophie médiévale ... ), traducteur notamment de Maître Eckhart, Saint Thomas d'Aquin, Porphyre, Averroès, vient de publier un ouvrage qui devrait nous intéresser puisqu'il a pour visée d'écrire une "archéologie du sujet", en commençant dans ce premier volume par la "naissance du sujet". Néanmoins, même si Alain de Libéra est ce très grand savant (qui poursuit la tradition d'écriture d'Etienne Gilson, puis de Jean Jolivet), cette archéologie du sujet sera sans doute uniquement une archéologie du sujet de la métaphysique("Qui pense? Quel est le sujet de la pensée? Qui sommes-nous? Qu’est-ce que l’homme?" ), non pas que cette histoire ne soit pas effectivement à faire, mais le problème étant la méconnaissance du sujet, au sens de Saussure, au sens de Benveniste, l'absence de théorie du langage. Alain de Libera annonce en effet que ce premier volume sera "placé sous le double patronage de Heidegger et de Foucault". et quoique revendiquant "une archéologie du savoir" (mais dans cette absence de théorie du langage peut-il s'agir d'une histoire des idées ?), Alain de Libéra affiche encore "l'horizon", d'une "histoire de l'Etre". On est alors assez déçu de voir tant de vraies connaissances et de finesse analytique se perdre dans l'essentialisme. Peut-être pour n'avoir pas lu Benveniste.


Alain de Libera
Naissance du sujet (Archéologie du sujet I)
Vrin, « Bibliothèque d’Histoire de la Philosophie ». 448 p., 13,5 × 21,5 cm. ISBN : 978-2-7116-1927-6
Le « sujet » n’est pas une création moderne. Ce n’est pas davantage un concept psychologique. Moins encore l’invention de Descartes. C’est le produit d’une série de déplacements, de transformations et de refontes d’un réseau de notions (sujet, agent, acteur, auteur, acte, action, passion, suppôt, hypostase, individu, conscience, personne, « je », moi, Self, égoïté), de principes (attribution, imputation, appropriation) et de schèmes théoriques mis en place dans l’Antiquité tardive (Plotin, Porphyre, Augustin), élaboré au Moyen Âge (Bonaventure, Thomas d’Aquin), puis mis en crise à l’Âge classique par l’invention de la « conscience » (Locke). Une histoire de la subjectivité ne peut donc être qu’une archéologie du sujet, travaillant la « longue durée » philosophique, une histoire de la philosophie du sujet entendue comme histoire du sujet de la philosophie, une « archéologie du savoir » pensée dans l’horizon de « l’histoire de l’Être ». Placé sous le double patronage de Heidegger et de Foucault, ce premier volume expose une méthode, introduit les concepts (périchorèse, immanence psychique, intentionnalité), présente les schèmes (sujet, suppôt, hypostase, personne; attribution, action, inhérence, dénomination) et forge les outils historiques (attributivisme, subjectité) nécessaires pour construire un premier parcours philosophique et théologique dans les quatre domaines où s’articule la figure inaugurale de l’histoire de la subjectivité : Qui pense? Quel est le sujet de la pensée? Qui sommes-nous? Qu’est-ce que l’homme?
Alain de Libera, né en 1948, est directeur d’études à l’École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses, où il enseigne l’histoire des théologies chrétiennes dans l’Occident médiéval, et professeur d’histoire de la philosophie médiévale à l’université de Genève