Comme il est plaisant et instructif de voir William Marx, délégué scientifique auprès de l'AERES, prendre la "tête" de la contestation en route. Après avoir renoncé au classement des revues, il pourfend la "masterisation" dans un article du Monde du 30 octobre. Prise de position opportune... La réforme a du plomb dans l'aile. Vive Marx!
Point de vue
La mort des humanités, par William Marx
LE MONDE | 29.10.08 | 13h10
La révolte gronde dans les universités. Les uns après les autres, leurs conseils d'administration votent à l'unanimité des motions de protestation. Lyon-III, Paris-III, Paris-IV, Bordeaux-III, Caen : la liste s'allonge jour après jour. Ce que ni la loi sur l'autonomie ni la réforme du CNRS n'ont réussi à faire, la réforme des concours de recrutement du secondaire l'a finalement obtenu : une résistance généralisée aux diktats du ministère.
Le problème est d'abord celui du calendrier. Depuis plus d'un an, les universités croulent sous les réformes successives à absorber : autonomie, élections internes, plan licence, statuts des personnels, etc. Elles ne cessent de tout défaire et de tout refaire, mois après mois, pour complaire au ministère. Jamais elles n'ont subi autant de dirigisme technocratique que depuis qu'on a voté leur autonomie de façade.
Or, voici que le ministère leur demande, sur un coup de tête, de refaire en urgence la plupart de leurs diplômes de master, à une période où les universitaires sont débordés par les tâches de toute sorte et ne trouvent plus le temps de faire de la recherche, qui relève pourtant de leurs missions fondamentales. Ils en ont assez de marcher comme de petits soldats. Trop, c'est trop. Voilà une première raison du niet.
Certes, tout le monde se félicite que les enseignants du premier et du second degré soient désormais recrutés non plus au niveau de la licence, mais à celui du master. Ils seront, dit-on, mieux payés. Mais seront-ils mieux formés ? Ils le seraient s'ils bénéficiaient effectivement des deux années supplémentaires de formation par la recherche prévues pour un master.
Or tel n'est pas le cas. Le ministère se contente d'exiger des universités qu'elles valident comme master une formation bâtarde, correspondant peu ou prou à ce qui existe déjà, à savoir une année de préparation au concours du capes, suivie de l'année de formation en IUFM. Cela portera le nom de master, mais n'en sera plus un.
Ce sont surtout les disciplines universitaires les plus liées à l'enseignement secondaire qui se sentent menacées : lettres, philosophie, histoire, langues vivantes, etc. Actuellement, un étudiant qui souhaite présenter le capes dans ces disciplines fait souvent le choix de préparer un véritable master, sanctionné par un mémoire de recherche, avant de se présenter au concours. Les actuels professeurs certifiés sont donc pour beaucoup déjà titulaires d'un master, qui garantit la qualité de leur formation.
Dans le nouveau projet, ce ne sera plus possible : la plupart des étudiants choisiront les nouveaux masters d'enseignement, qui les prépareront aux concours, plutôt que les masters de recherche. Résultat : loin d'être mieux formés qu'aujourd'hui, ils le seront plutôt moins bien, puisqu'ils n'auront plus derrière eux cette expérience d'initiation sérieuse à la recherche qui fait tout le prix des masters actuels.
Mais là n'est pas le plus grave. Si toutes les universités se mobilisent, c'est que se profile la fin programmée de la recherche française dans les humanités. Face à la concurrence déloyale des masters d'enseignement, en effet, les masters de recherche n'auront plus qu'à disparaître et, avec eux, tous les séminaires qui les accompagnaient. Il ne sera plus possible de recruter les doctorants parmi ceux qui auront présenté les meilleurs mémoires. Tout le monde fera de la formation pédagogique à l'envi pour mieux préparer aux concours, qui se concentrent sur la simple connaissance du système éducatif, et tout ce à quoi aura abouti la"mastérisation" des enseignants du secondaire, c'est de secondariser les universités. Dans le meilleur des cas, elles seront devenues de gros IUFM.
Le ministère de l'éducation nationale l'aura alors définitivement emporté sur celui de l'enseignement supérieur et de la recherche : triste vision de la science et du savoir... Si quelqu'un, au ministère, avait juré la mort de la recherche dans les humanités, il n'aurait pas fait mieux. Faut-il s'en étonner, quand on a entendu dernièrement un conseiller du premier ministre proclamer que la mission principale des sciences humaines consiste à former de bons VRP pour l'économie française ?
William Marx est professeur à l'université d'Orléans, membre de l'Institut universitaire de France.
Article paru dans l'édition du 30.10.08
29 octobre 2008
Marx fait sa révolution
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PMA
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Libellés : Débat et démocratie, enseignement, politique de la recherche, populisme
...et encore Compagnon
Pour suivre le paradigme de l'autorité dans l'oeuvre de Compagnon, cette direction de colloque, le premier organisé par le Collégien de France dans son institution : "De l'autorité, Colloque annuel du Collège de France, sous la direction d'Antoine Compagnon", Odile Jacob, octobre 2008.
En voici la quatrième, assurément rédigée par le Maître, "partout et nulle part" étant l'un de ses tics et toute une part de sa pensée :
"De l'Antiquité au monde contemporain, dans toutes les cultures,
l'autorité, c'est-à-dire la souveraineté, le sacré, le livre, le dogme, a
fondé l'ordre social. Elle est donc partout et nulle part.
Le droit, la philosophie, la religion, la science politique, l'économie,
la sociologie, sans omettre les sciences exactes: tous nos savoirs
sont ici interrogés par les meilleurs spécialistes.
Sont ainsi traitées des questions aussi diverses que l'autorité de la
Constitution, ce qu'est une « haute autorité indépendante »,
ce qu'était l'autorité du roi en Mésopotamie, le rôle de la tradition
et l'origine du canon biblique, le statut de l'autorité dans les
sciences, en médecine ou dans le domaine des climats par exemple,
mais aussi la notion d'autorité morale, le « poids de l'autorité » dans
la croyance, etc.
Historien de la littérature, héritier et critique du structuraIisme,
Antoine Compagnon est professeur au Collège de France.
Il a notamment publié La Seconde Main, Nous, Michel de Montaigne,
La Troisième République des lettres, Le Démon de la théorie,
Les Antimodernes.
Contributions de C. Audard, J. Bouveresse, É. Brezin,
J. Bricmont, G. Canivet, J.-M. Durand, R. Guesnerie, D. Jérôme,
H. Laurens, X. Le Pichon, P Mazeaud, J. Ménard, T. Rômer,
L. Schweitzer, B. Saint-Sernin, C. Severi, M. Zink."
Intéressant qu'il se définisse maintenant comme "Historien de la littérature"...
A méditer aussi "héritier et critique du structuralisme".
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PMA
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Libellés : Compagnon, Débat et démocratie, politique, populisme
14 mai 2008
Reflux de l'histoire littéraire - et al.
A noter pour nos travaux sur les retours de l'histoire littéraire, ces éléments du sommaire du n°5 (mai-juin) de la RILI :
[à noter également : le blog de la RILI s'est bien fourni dans les derniers mois - intéressant à suivre.]
. Yves Citton : Il faut défendre la société littéraire - à propos de Jacques Bouveresse, La Connaissance de l'écrivain, Tzvetan Todorov, La Littérature en péril, Pierre Piret (dir.), La Littérature à l'ère de la reproductibilité technique et Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold et Jean-Paul Sermain, L'Événement climatique et ses représentations
. Marc Escola :Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire - à propos de Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature
J'ajoute, pour une pertinence d'ordre plus général :
. Xavier Vigna : Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68 - à propos de Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68, Serge Audier, La Pensée anti-68, Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective et Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68
. Antonio Negri : Retour sur les « années de plomb » - Entretien réalisé par Steffen Vogel
. Peter Hallward : L'hypothèse communiste - à propos de Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?
. Thierry Labica : La culture n'est pas une marchandise : c'est un gouvernement - à propos de Alain Brossat, Le Grand Dégoût culturel
. François Cusset : Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne - à propos de Jean-Loup Amselle, L'Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes
. Gilles Sainati : L'hystérie sécuritaire. Projets politiques ou effets de structure - à propos de Armand Mattelart, La Globalisation de la surveillance, Laurent Bonelli, La France qui a peur et Laurent Mucchielli (dir.), La Frénésie sécuritaire
. Frédécric Neyrat : Géo-critique du capitalisme - à propos de David Harvey, Géographie de la domination
. Jérôme Vidal : Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l'avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne - à propos de Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme
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CJ
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