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31 mai 2010

SPIRALE - BARTHES ECRIVAIN

A DECOUVRIR : un dossier spécial dirigé par Maïté Snauwaert (Université d'Alberta / Polart) : BARTHES ECRIVAIN - SPIRALE (arts, lettres, sciences humaines), n° 232, mai/juin 2010, Montréal.

Contributions de Guillaume Bellon, Arnaud Bernadet, Philippe Forest, Daniel Laforest, Sylvie Lavoie, Sophie Létourneau, Marielle Macé, David Martens, Sarah Rocheville, Maïté Snauwaert, Jérôme Vogel.

10 novembre 2009

DE LA CRITIQUE - SOCIOLOGIE ET CRITIQUE

A noter, la parution de Luc Boltanski , De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation,
Paris, Gallimard, "NRF/Essais", 2009, 312 pages.

08 octobre 2009

Colloque international "traduction et critique", université Korea, Séoul

Je transmets cette information à la demande de Jaeryong Cho.


Colloque international ‘Traduction et critique’
pour commémorer le 500ème anniversaire de la naissance d'Etienne Dolet (1509-1546)
(24-27 septembre, Université Korea, Séoul, Corée du Sud)

Informations générales du colloque

■ DATE : jeudi 24 - dimanche 27 septembre 2009
■ LIEU : Université Korea (Bâtiment de la Faculté des Lettres, salles 202 / Bâtiment de
la Bibliothèque digitale du Centennaire, salle du congrès international /
Bâtiment de la Faculté des études internationales, salle 321)
■ LANGUE OFFICIELLE : français
■ ORGANISATION : Equipe de formation des critiques des traductions
Société coréenne d'études de la critique de la traduction
■ PATRONAGE : Société d’histoire littéraire de la France
■ HÔTES : Institut d'études de traduction et de rhétorique de l'Université Korea
Equipe de recherche de l'évaluation des traductions coréennes des chefs- d'oeuvre de la littérature française
■ PARRAINAGE : Université Korea
Ambassade de France en Corée
Fondation Daesan
■ COMITÉ D’ORGANISATION :
Professeur YI Yeonghoun (Président)
courriel : erasme@korea.ac.kr ; tél. : (82-2)-3290-2106
Professeur SOHN Jookyoung (Responsable administratif)
courriel : jksohn@korea.ac.kr ; tél. : (82-2)-3290-2101
Professeur CHO Jaeryong (Responsable scientifique)
courriel : rythme@korea.ac.kr ; tél. : (82-2)-3290-2102

Nous entendons commémorer la naissance d'Etienne Dolet, grand humaniste français, dont la théorie de la traduction et l'idéal de traducteur restent très actuels. Ses préceptes font d'ailleurs toujours partie des études sur la traduction en général. Nous pensons que l'étude de Dolet et de la traduction à la Renaissance peut nous permettre d'envisager une évaluation de la valeur critique et de l'influence que peuvent avoir les traductions dans le champ culturel d’aujourd’hui. Nous espérons également que ce colloque encouragera à la fois les synthèses générales et les études approfondies sur la traduction.
Une autre vocation de ce colloque international sera de promouvoir les relations solides et variées entre la France et la Corée. À travers cet échange interculturel autour de la traduction, nous proposons une approche ‘intempestive’ qui est une critique des savoirs et des activités contemporaines. Nous chercherons à rendre compte du travail accompli dans une grande diversité interdisciplinaire, mais aussi, en nous appuyant sur les propositions théoriques et pratiques des spécialistes de la traduction littéraire, à ouvrir de nouvelles voies de recherches en sciences humaines.
Nous espérons ainsi développer un vaste champ d'échanges et de dialogues où de nombreux intervenants de France, de Corée et d'ailleurs pourront discuter de l'état actuel de la question de la traduction. En élargissant les frontières du savoir, de la langue et de la pensée à partir des études en traductologie, ce colloque nous offrira l'occasion de vérifier la valeur de l'altérité dans et par une rencontre scientifique internationale.


Programme du colloque


[Jeudi 24 septembre : 14h30 – 18h00 (Bâtiment de la Faculté des Lettres, salle 202)]
Session de doctorants

1re partie
Président : YI Yeonghoun (Université Korea)
14h30-14h40 : Mot de bienvenue de GANG Chungryong, responsable du département de
langue et littérature françaises de l’Université Korea
14h40-15h10 : “La réception de Rimbaud en Corée au début du 20e siècle”, SUN Sun /
WI Hyojeong (Université Korea)
15h10-15h40 : “Les traductions en japonais des œuvres de Rabelais”, KAJIRO Aya (Université
Paris IV / Université Keio)

2ème partie
Président : LEE Young-Mock (Université nationale de Séoul)
15h50-16h20 : “«Traduire le souffle, traduire la vie» : Traduire vers une langue étrangère ?”,
CHO Soomi (Université Paris X)
16h20-16h50 : “Traduire le «théâtre des oreilles» : L’oralité de Valère Novarina comme
problème posé à la traduction”, Isabelle BABIN (Université Paris VIII)
17h00-17h30 : “Traduire les proverbes : Le cas d’Alice's Adventures in Wonderland de Lewis
Carroll en français et en coréen”, KIM Heejin (Université Sungkyunkwan)
17h30-18h00 : “La retraduction des œuvres littéraires et le système d’édition : le cas du roman
Le Rouge et le Noir ”, LIM Soonjeung (Ecole d’interprétation et de
traduction de l’Université féminine Ewha)


*


[Vendredi 25 septembre : 10h – 17h40 (Bâtiment de la Bibliothèque digitale du Centennaire,
salle du congrès international)]

Ouverture du colloque


Président : SOHN Jookyoung (Université Korea)
10h30-10h40 : Allocution d’ouverture de HWANG Hieonsan, président de la Société coréenne
d'études de la critique de la traduction
10h40-10h50 : Allocution d’accueil de JON Sunggi, directeur général de l'Institut d'études
de traduction et de rhétorique
10h50-11h00 : Allocution de félicitation de Mireille HUCHON, vice-présidente de la Société
d’Histoire Littéraire de la France

Session plénière ‘Traduction et critique’


1re partie
Président : HAN Daekyun (Université de Cheongju)
11h10-11h50 : “La manière de traduire en toutes langues”, Marie-Luce DEMONET(Université
de Tours)
Débatteur : ITO Gengo (Université Doshisha)
11h50-12h30 : “Le portrait servile des traducteurs du XVIe siècle : humiliation ou
revendication ?”, SOHN Jookyoung (Université Korea)
Débatteur : KIM Junhyun (Institut d’études de traduction et de rhétorique)

2ème partie
Présidente : IM Hyegyong (Université féminine Sookmyung)
14h00-14h40 : “« Fabrique et discours » de la traduction des années 1540 en France : Etudes
comparative et microscopique de quelques traductions d'œuvres italiennes”,
UETANI Toshinori (Université de Tours)
Débatteur : KUBO Miyuki (Université Meiji)


Session plénière ‘Traduction et réception’


1re partie
Présidente : Mireille HUCHON (Université Paris IV)
14h50-15h30 : “Traduire Rabelais en coréen”, YOUH Seuk-Ho (Université Yonsei)
Débatteur : LEE Hyeeun (Université nationale de Séoul)
15h30-16h10 : “Pantagruel de Rabelais en français moderne: questions de traduction
intralinguale”, YI Yeonghoun (Université Korea)
Débatteur : HIRANO Takafumi (Université Rikkyo)

2ème partie
Président : Gérard DESSONS (Université Paris VIII)
16h20-17h00 : “ La diversité culturelle et la mission de la traduction — Réflexions sur la
traduction dans le contexte interculturel ”, XU Jun (Université de Nanjing)
Débatteur : SHIN Okkeun (Université Korea)
17h00-17h40 : “Poids philosophique dans la traduction du Mur de Sartre”, BYUN Kwangbai
(Université Hankuk des études étrangères)
Débatteur : JI Yungrae (Université Korea)


*
[Samedi 26 septembre : 10h00-18h30 (Bâtiment de la Faculté des études internationales, salle 321)]

Session plénière ‘Traduction et poétique’


1re partie
Présidente : Marie-Luce DEMONET(Université de Tours)
10h00-10h40 : “Traduction et poétique française à la Renaissance: Louise Labé Lyonnaise en
habits sapphiques”, Mireille HUCHON (Université Paris IV)
Débatteur : UETANI Toshinori (Université de Tours)
10h40-11h20 : “L’antiquité et le progrès de la métrique dans les traductions «érudites» des
psaumes au XVIe siècle”, ITO Gengo (Université Doshisha)
Débatteur : IWANE Hisashi (Université d'Osaka)

2ème partie
Présidente : MOON Siyeun (Université féminine Sookmyung)
11h30-12h10 : “Poète du poète. Essai de réflexion sur la pratique des poètes-traducteurs”,
Christine LOMBEZ (Université de Nantes)
Débatteur : JIN Jongwha (Université nationale de Gongju)


Session plénière ‘Traduction et philosophie’


Président : YU Kihwan (Université Hankuk des études étrangères)
14h00-14h40 : “Traduire le poème de la philosophie : Descartes”, Gérard DESSONS
(Université Paris VIII)
Débatteur : YUN Seongwoo (Université Hankuk des études étrangères)
14h40-15h20 : “La traduction et les styles d'écriture des philosophes japonais: la question de
l'expression rigoureuse”, UEHARA Mayuko (Université Meisei)
Débatteur : Guillaume JEANMAIRE (Université Korea)


Session plénière ‘Traduction et théorie’


1re partie
Présidente : LEE Jisoon (Université Sungkyunkwan)
15h30-16h10 : “Traduire le vers traditionnel coréen Sijo : approche théorique”,
CHO Jaeryong (Université Korea)
Débatteur : Simon KIM (Université Korea)
16h10-16h50 : “Relire la Querelle d'Homère autour des enjeux traductologiques”, SHIN Junga
(Université Hankuk des études étrangères)
Débatteur : KANG Hiseok (Université Sungkyunkwan)

2ème partie
Présidente : LEE Hyang (Université Korea)
17h00-17h40 : “Les Essais de Montaigne dans les traductions anglaises : traduire et réécrire les
Essais chez John Florio (1603)”, LEE Seon-Hee (Institut d’études de traduction et de rhétorique)
Débatteur : KIM Junhan (Institut d’études de traduction et de rhétorique)
17h40-18h20 : “Traduire, entre le proche et le lointain”, Sherry SIMON (Université Concordia)
Débatteur : JUNG Hyeyong (Institut d’études de traduction et de rhétorique)
18h20-18h30 : Synthèse et fermeture de YI Yeonghoun, président du Comité d’organisation
du colloque


21 avril 2009

Henri Meschonnic et POLART


Henri Meschonnic était membre de Polart. Mais il était aussi pour nous bien davantage. Il est certain que l’idée même de Polart (poétique et politique de l’art), n’aurait pas vu le jour sans l’ensemble de son travail. On trouvera ci-dessous quelques unes des idées que nous lui devons.

L’autre Benveniste

Henri Meschonnic est, avec Émile Benveniste, l’un des deux noms cités dans l’Éditorial du site Polart, texte donnant la « couleur » d’un travail collectif qui, évidemment, se nourrit de bien d’autres références théoriques.
En fait, le Benveniste qui nous est indispensable pour penser le rapport de l’art et du politique, celui qui a posé que le langage est l’interprétant de toute l’activité humaine, c’est à Henri Meschonnic que nous le devons. Il nous a montré comment lire autrement un auteur qui, après être passé pour l’un des promoteurs du structuralisme, était devenu le fondateur de la linguistique de l’énonciation, préfigurant le retour du sujet et le tournant éthique des années 1990.
En suggérant qu’un Benveniste peut en cacher un autre, Henri Meschonnic a tracé les voies vers un Benveniste à venir qui ouvre sur une pensée du langage non réduite à « L’appareil formel de l’énonciation », article de 1970 qui avait servi de boîte à outils aux commentateurs littéraires.
La découverte récente des manuscrits d’Émile Benveniste sur le langage poétique a confirmé la pertinence de l’intuition d’Henri Meschonnic sur le sens du travail à l’œuvre dans les Problèmes de linguistique générale. Ainsi, dans « Sémiologie de la langue » (1969) se profile l’idée qu’on peut lire autrement que selon la logique du signe (signifiance sémiotique), laquelle reste, pour nombre de commentateurs de textes littéraires et philosophiques, l’unique façon de concevoir et de percevoir le langage. L’autre signifiance (signifiance sémantique), qui est à construire au sein même de la linguistique, requiert des catégories spécifiques relevant d’une autre conception, poétique, du langage.
En outre, cette signifiance, identifiée comme étant celle de l’art, rencontre nécessairement le problème de la valeur en tant que capacité d’une œuvre de transformer les modes de dire, les modes de penser et les modes de vivre.

L’altérité radicale

Ce que montre Henri Meschonnic dans la continuation du travail d’Émile Benveniste, c’est que la subjectivité (comme identité) est un processus d’altérité. D’altérité radicale. Au sens où un sujet se constitue nécessairement dans une relation à un autre sujet. Dans le cas de l’art, de la littérature, c’est clairement en tant qu’autre qu’un sujet spectateur, auditeur, lecteur advient.
L’altérité comme mode de subjectivation est un processus historique qui relève de la nature même du langage, où fonctionnellement il n’y a que des différences, et où éthiquement il n’y a que du différent. Qu’il n’y ait aussi, pour d’autres points de vue, du différant ou du différend n’en est qu’une conséquence.
Cela implique que la conception du discours comme reproduction du même (rythme comme régularité, mot comme concept, phrase comme énoncé) est une résistance au fait que dans le langage l’autre est déjà là. Dans le poème, qui radicalise cette réalité, l’autre de la relation se signale en tant que difficile, incohérent, délirant.
Henri Meschonnic parlait d’un analphabétisme de la critique appliquée à lire le signe dans les phrases, persuadée qu’un mot est une vérité, au lieu d’y montrer l’activité d’une signifiance.
C’est l’idée, dans cette phrase de Madame Bovary : « Alors on vit s’avancer sur l’estrade une petite vieille femme », qu’il est question d’une femme, qu’elle est petite et vieille, et qu’elle s’avance sur une estrade. C’est la même démarche qui conduit à penser, lorsque Mallarmé écrit : « Victorieusement fui le suicide beau », qu’il s’agit d’un suicide, qu’il est beau, et qu’il a fui victorieusement. À moins qu’il ne s’agisse d’un inconnu qui a fui victorieusement un beau suicide. Ou de ce même inconnu devenant beau d’avoir fui ce suicide victorieusement. À moins que la femme ne soit ni petite ni vieille, et qu’elle ne s’avance sur aucune estrade.
C’est le même point de vue qui fait croire aussi qu’un concept peut s’exporter et s’importer sans dommage pour son efficience. Que, même, la panoplie idéale de l’analyste, composée de concepts pris ça et là, érige l’éclectisme en antidote du dogmatisme.

L’historicité

C’est pour beaucoup un concept étrange. En fait, ce n’est pas un concept du tout au départ, mais une notion désignant généralement le caractère de ce qui est historique.
Chez Henri Meschonnic, ce concept se constitue en regard de l’historicisme, conception qui définit le statut historique d’un événement ou d’un objet par le moment de leur production, ce moment étant fondateur de la vérité – ou du sens – de cet objet ou de cet événement. Il est certain qu’un objet entretient un rapport avec le moment de sa production : un drame élisabéthain, un roman naturaliste. Mais il s’agit d’un objet (de langage).
Ici, on parle d’autre chose : on parle d’une œuvre. D’une œuvre d’art. Et donc d’un problème de valeur.
On peut admettre qu’un objet ait une valeur intrinsèque liée à l’époque de sa production. Encore faudrait-il, pour en juger, se donner la fiction d’être son contemporain. Une œuvre d’art, elle, passe nécessairement par-dessus son époque.
C’est le sens de l’historicité selon Henri Meschonnic : la capacité d’une œuvre d’exister au-delà de son temps. De là, l’importance de la phrase d’Artaud placée en épigraphe de l’Éditorial du site de Polart : « L’art, c’est l’aujourd’hui encore aujourd’hui demain ». Simple comme une phrase de Benveniste ou de Meschonnic, mais terriblement efficace, c’est une définition de l’art qui n’est pas esthétique, qui s’en défend même, si l’on tient compte de l’archive implicite que contient le mot art. Une telle définition, critique de l’art par l’historicité et non plus par l’histoire (de l’art), sépare définitivement l’objet – esthétique – et l’œuvre.

Le poème contre la poésie

Présentée de cette façon, l’idée est contradictoire. Mais la contradiction n’est qu’apparente. Son statut de paradoxe est critique d’une situation historique et théorique : le poème comme pratique du langage confondu avec son essentialisation, la poésie. Une confusion très ordinaire. Des commentateurs évoquent couramment des spectacles ou des œuvres « pleins de poésie ». Notamment quand l’atmosphère est onirique ou l’écriture métaphorique. On ne sait pas combien de kilos de poésie il faut pour faire un bon poème, mais on entend dire parfois que certains textes en ont beaucoup, en comparaison d’autres qui, étant plus « prosaïques », en auraient moins.
Le concept de poème, chez Henri Meschonnic, prend en dehors d’une essentialisation et au-delà d’une typologie des genres. Désignant la transformation réciproque d’une forme de vie par une forme de langage, il renvoie à l’histoire de la poétique, et notamment à la poétique d’Aristote, avec les implications sur la nature même du langage (Aristote ne séparait pas l’étude de la tragédie d’une réflexion sur la lexis), et sur la constitution de la subjectivation (pour Aristote, savoir faire les métaphores, « cela seul ne peut être repris d’un autre »).

Le malentendu du rythme

Henri Meschonnic a théorisé la notion de rythme dans les années 1980. Cette notion, en vogue à la fin du XIXe siècle, avait disparu des discours critiques parce que liée à une pensée du temps, marquée de l’idéalisme philosophique, celui de Bergson, alors que l’époque s’était dédiée, « matérialistement » à l’espace. En ce temps-là la structure avait les pleins pouvoirs.
Depuis quelques années, le rythme est l’objet d’un engouement inédit de la part de la critique littéraire et philosophique, qui jusque-là ne s’en souciait pas. Des colloques, des séminaires de recherche se centrent sur une notion qui est en train de se reconfigurer en universel. Rythme en peinture, rythme en physique, rythme en cinéma, rythme en politique, rythme en ceci, rythme en cela : des travaux légitimes dans leur ordre, mais qui ont peu de choses à voir avec les travaux fondateurs d’Henri Meschonnic sur le rythme et le langage. C’est ce qui explique que sa pensée soit régulièrement absente des colloques ou journées d’étude consacrés au rythme. Ce qui, finalement, est assez cohérent : le travail d’Henri Meschonnic n’est pas un essai de définition du rythme, fût-il le rythme spécifique du langage.

Critique du rythme (1982)

Ce texte est un texte fondamental, parce qu’il est fondateur.
Beaucoup, zélateurs parfois et contradicteurs souvent, ont réduit cette réflexion à la critique des conceptions traditionnelles du rythme (ce qu’elle est aussi, inévitablement, là n’est pas la question) pour imposer une autre conception du rythme.
Bien loin d’une tentative de construction d’un objet positif, le travail d’Henri Meschonnic est un essai d’épistémologie. Faire du rythme le nom d’un ensemble conceptuel qui, partant du langage, embrasse l’ensemble du champ anthropologique.
Le rythme chez Henri Meschonnic, même quand il s’actualise par une analyse de la rythmique du langage, est d’abord une mise en crise du signe. Non pas d’une définition du signe, ni même d’une théorie du signe, mais d’une épistémologie du signe. Travail d’autant plus important que le signe en tant que point de vue – qu’on le prenne comme un index positif (le signe signifie la chose), ou comme un index négatif (le signe signifie l’absence de la chose) – ou en tant que mode de pensée, est présent comme une nature du sens en Occident comme en Orient.

Les œuvres inventent les langues

Cette idée, qui est l’une des bases de la théorie liée du langage et de la littérature d’Henri Meschonnic, les spécialistes de la traduction ont trouvé qu’elle était bonne. C’est vrai, en la lisant, on trouve que c’est intelligent. Au point qu’elle est devenue courante dans les travaux sur la traduction. C’est l’idée, simple, que les langues ne préexistent pas aux discours qui les actualisent. À part dans le monde idéaliste, il n’existe pas de schéma abstrait, de forme d’une langue tapie dans le ciel des idées linguistiques. Saussure l’avait dit clairement : pas de langue sans parole. Ce sont les discours qui font les langues, qui les déplacent, qui modifient telle construction syntaxique, telle valeur verbale ou substantive.
À partir de là, on peut poser que les langues ne sont autres que des manières de langage. La littérature, dans ce contexte, se révèle pourvoyeuse de manières, auxquelles la langue, en tant que communauté parlante, s’identifie, devenant en quelque sorte une manière des manières.

Poétique du traduire (1999)

La traduction est une pratique ordinaire du langage, et non un palliatif condamné à réparer infiniment la catastrophe de Babel, la perte de la langue adamique et son remplacement par une multitude de langues. L’idée que la traduction est une activité interne du langage repose sur le fait que, d’un point de vue anthropologique, la notion de langue renvoie nécessairement à une pluralité : aucune langue n’existe seule, et chaque langue est elle-même une pluralité linguistique. La traduction comme pratique, en organisant le passage des discours d’une langue vers une autre, est d’abord l’affirmation linguistique et éthique de cette pluralité.
En tant qu’activité de langage, la traduction, selon Henri Meschonnic, est une création. Si « traduire un poème c’est écrire un poème », alors la fidélité n’est plus une valeur de l’opération traduisante, qui se constitue nécessairement dans l’altérité. C’est toute la question de l’étranger qui s’en trouve repensée, dans ses implications éthiques, linguistiques, politiques.

Henri Meschonnic créateur de poncifs

On aura perçu la référence au propos de Baudelaire : « Créer un poncif, c’est le génie ».
Il ne s’agit pas, évidemment, de faire d’Henri Meschonnic un « génie » ! (ça l’aurait bien amusé !) Ce que voulait dire Baudelaire en accouplant deux termes traditionnellement antithétiques (l’idée de poncif, de redite ; et l’idée de création, d’invention), c’est que le véritable créateur possède cette force de transformer la singularité de sa vision du monde en valeur collective. C’est-à-dire, d’un point de vue anthropologique, tout simplement en valeur.
Henri Meschonnic est de ceux-là, créateur de poncifs. Avec le risque, propre aux poncifs, de l’affaiblissement des idées, de la déconceptualisation des concepts, de la perte de leur efficience première.

Au-delà de sa théorie du rythme, de sa réintégration de l’éthique dans la réflexion sur le langage, et même de cette anthropologie historique du langage qui plaçait d’emblée l’ensemble des sciences humaines dans la perspective du langage, de la conception qu’on en a, et, corrélativement, du poétique (de la littérature), Henri Meschonnic nous a appris que « toute critique se critique ». Au double sens de l’expression. Au sens passif du verbe : aucune critique ne pouvant se poser comme le dévoilement d’une vérité absolue, son activité la place immédiatement dans la situation de susciter la critique de ses positions, de ses enjeux. Au sens réfléchi du verbe aussi : toute critique, en montrant son mécanisme, produit sa propre critique – si on sait lire. Toute critique produit les conditions de sa propre critique. Toute critique est facteur de lucidité et de liberté.

31 mars 2008

La critique pour quoi faire? Deux contributions Polart à la revue Le Français aujourd'hui

Dans le n° 160 (La critique pour quoi faire?) dirigé par Serge Martin et Jérôme Roger, de la revue Le Français aujourd'hui, outre la présentation ("La critique pour mémoire - au présent"), signalons deux articles de membres Polart :
- Arnaud Bernadet: "De la critique au consensus: l'effet Compagnon" ; l'article situe Compagnon dans une esthétique fondée sur une éthique et une politique du consensus; il était temps que les enseignants de littérature le sache quelque peu...
- Serge Martin : "La littérature de jeunesse: inventer sa critique en zone critique"; la critique prend-elle valeur régionale quand elle s'intéresse à tel domaine de la littérature? certainement pas! et l'auteur de préciser qu'il faut faire Contre Sainte-Beuve encore et toujours malgré Maingueneau...

Et il faut ajouter l'article de Laurent Mourey ("Les fables et les contes en classe de sixième: enjeux d'une poétique de l'énonciation") : l'auteur y fait une critique en règle du générique qui empêche les élèves de répondre les voix des oeuvres...

On peut commander aux éditions Armand Colin: ISBN 978-2-200-92425-6.

Résonance générale n° 2 est paru

Le numéro 2 de la revue Résonance Générale vient de paraître.

Sous le titre manifeste, "rien ne se répète avec l'art critique", il propose deux cahiers :

- le premier, "Souffles et vies", s'ouvre par un poème de Bernard Vargaftig ("C'est comme ça que rien ne se répète") pour que le poème ne cesse d'engager la pensée contre la "solution finale de la question juive"; six peintures (Auschwitz, 2007) de Ben-Ami Koller accompagnent les textes de S. Martin (à propos entre autres des Bienveillantes, du film La Question humaine, de la polémique Badiou-Marty...) , P. Païni, L. Mourey; Ménaché "ferme" le dossier avec un "prologue" à une "archéologie de l'enfer" en contrepoint des photographies de Grégoire Zibell;

- le second, "Critiques et relations", associe une conceptualisation de l'art critique proposée par J.-F. Savang aux essais-poèmes de Saleh Diab et d'Isabelle Maunet; L. Mourey propose in fine toujours plus d'intersubjectif pour une anthropologie de la relation.

On peut commander le numéro (15 euros; ISSN: 1959-2108)
ou s'abonner (3 numéros: 40 euros) à L'Atelier du Grand Tétras (25210 Mont-de-Laval)

Les rédacteurs de la revue (S. Martin, L. Mourey, P. Païni)

13 octobre 2007

Politique de l'étranger

Vous avez certainement suivi les éclats du débat autour de la création de l'Institut d'Etudes sur l'Immigration et l'Intégration, bras intellectuel du nouveau Ministère de l'Identité Nationale et de l'Immigration", qui a été inauguré cette semaine. Ce nouveau think tank, conçu manifestement comme un outil de contrôle la production des savoirs publics sur la question de l'étranger, est maintenant pris en ligne de mire par la création d'un Observatoire de l'institutionnalisation de la xénophobie ("observ.i.x"), qui est en train de constituer ses statuts et de mettre en marche son travail d'analyse critique. L'initiative est celle de sociologues, mais l'espace de travail est ouvert aux sciences sociales plus largement, et humaines selon une certaine mesure (c'est là éventuellement un point intéressant à observer également. La liste proposée comprend : "anthropologie, démographie, économie, géographie, histoire, linguistique, psychologie, philosophie, sciences administratives et juridiques, science politique, sciences de l'information et de la communication, sciences du religieux, sciences de l'éducation, sociologie"). Le but concret est de rassembler des chercheurs (en titre ou en actes), et de produire un rapport annuel croisant les approches et les apports. C'est à suivre.

Ce n'est qu'une des manifestations de la vive réaction des chercheurs et des acteurs du débat public depuis juin dernier. Le Réseau scientifique Terra s'est également mobilisé, par exemple. Ces mobilisations ont l'intérêt de donner à jeter une lumière bien crue sur les conditions actuelles du rapport entre sciences humaines et politique : sur l'articulation entre une politique de la recherche, et une politique de l'étranger, toutes deux également destructrices, et particulièrement agressives en combinaison.

Je reproduis ici le texte qui donne l'identité de l'Observatoire :

L'observatoire de l'institutionnalisation de la xénophobie est un collectif de recherches en sciences de l'humain et de la société créé face aux amalgames gouvernementaux de l'identité nationale et de l'immigration. Il vise à favoriser l'autonomie de la production intellectuelle, des savoirs scientifiques et de leur diffusion en ce qui concerne l'érosion des perceptions humanistes de l'altérité et la stigmatisation de l'étranger comme problème, risque ou menace dans le fonctionnement ordinaire d'autorités instituées (ministérielles, administratives, judiciaires, médiatiques, scientifiques, intellectuelles, scolaires, économiques, partisanes, associatives...). Il étudie également le développement des discours et des actes de ces autorités.

05 octobre 2007

Débat - et conflits éditoriaux

J'ai pensé que vous seriez curieux d'un débat actuellement en cours dans un autre lieu de travail collectif, autour de la revue Multitudes, elle-même appartenant à la galaxie qui se forme et se développe activement à cet automne autour des éditions Amsterdam.
La revue Multitude a un support papier classique - et d'ailleurs des hors-série sur l'art, sur laquelle je compte vous donner des informations dès que j'ai un moment, un site web (rénové ou encore en cours de rénovation : le travail a donc dû se frayer récemment de nouveaux modes éditoriaux, c'est intéressant à observer), mais aussi une liste de diffusion, "Multitudes-infos", qui vient d'être déstabilisée par l'établissement de nouveaux modes de publication. Plusieurs inscrits ont demandé à être retirés de la liste, etc. Débat, au sein d'un collectif de travail intellectuel, où l'art est une question critique pour la pensée du politique, et débat jusqu'aux ruptures, débat engageant jusqu'au plus concret des pensées du collectif collectifs : ce sont il me semble des ingrédients d'une situation révélatrice, petit éclairage local pour une histoire du présent intellectuel, tel qu'il est déterminé en particulier, dans un contexte de cyberculture et "société de la connaissance", par une nouvelle interrogation sur le rapport de public et de publication, sur la politique d'auteur et la propriété intellectuelle, sur l'activisme éditorial, etc.

Je joins, plié dans l'annexe "Comments" associée à ce message (cliquer sur l'heure de publication du message), un fragment de cette discussion sur les modes discursifs et éditoriaux.

Premières informations sur la liste Multitures-infos, également :
Pour envoyer un message : multitudes-infos@samizdat.net
Pour s'inscrire : <mailto:sympa@samizdat.net?subject=subscribe%20multitudes-infos>
Pour se désinscrire : <mailto:sympa@samizdat.net?subject=unsubscribe%20multitudes-infos>
Pour accéder aux archives, se mettre temporairement en "no mail", etc.:http://listes.samizdat.net/sympa/info/multitudes-infos
Administration de la liste : videcoq.emmanuel@neuf.fr,surel@free.fr
Site Web de la revue multitudes : http://multitudes.samizdat.net/