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22 octobre 2013

Ce qui a fait signe & ce qui fait sens (Acta Fabula)

Je signale l'important dossier critique, "Ce qui a fait signe & ce qui fait sens", organisé par Acta Fabula autour des parutions récentes concernant Benveniste, Saussure, VolochinovJakubinskij :
http://www.fabula.org/revue/sommaire8133.php

Voici le contenu de ce dossier :

29 octobre 2010

De la grammaire à l'inconscient dans les traces de Damourette et Pichon

VIENT DE PARAÎTRE

aux Editions Lambert-Lucas, 4 rue d’Isly, 87000 LIMOGES
http://www.lambert-lucas.com

Sous la direction de Michel Arrivé, Valelia Muni Toke et Claudine Normand
De la grammaire à l’inconscient dans les traces de Damourette et Pichon

ISBN 978-2-35935-022-7, 312 pages, 35 €

« Le système grammatical d’une langue baigne en grande partie dans l’inconscient. » C’est là un des postulats sur lesquels se construit le monumental Essai de grammaire de la langue française, de Jacques Damourette (1873-1943) et Édouard Pichon (1890-1940).
Les deux auteurs sont pittoresques et insolites. Jacques Damourette, de santé fragile, n’a jamais exercé son métier d’architecte, mais s’est passionné pour la langue française. Il a communiqué sa passion à son neveu Édouard Pichon qui, en dépit de la maladie qui le fera mourir à quarante-neuf ans, mène une brillante carrière de médecin. Devenu psychanalyste, il est, en 1939, président de la Société Psychanalytique de Paris : il y reçoit un jeune et brillant psychiatre nommé Jacques Lacan. L’œuvre de Damourette et Pichon continue, près d’un siècle après le début (1911) de son élaboration, à intriguer, souvent à passionner linguistes et analystes. Ils se sont rencontrés à Cerisy pour approfondir les aspects de ce travail entre tous original, qui affronte par le biais de la grammaire d’une langue le problème toujours renouvelé des relations entre langage et inconscient.

29 novembre 2009

FRONTIERES : DU LINGUISTIQUE AU SEMIOTIQUE

A NOTER : Frontières : du linguistique au sémiotique. Sous la direction de Dominique Delomier en collaboration avec Mary-Annick Morel, Limoges, Lambert-Lucas, 2009


SOUSCRIPTION :

Une souscription est ouverte jusqu'au lundi 30 novembre 2009 pour FRONTIÈRES, DU LINGUISTIQUE AU SÉMIOTIQUE, ouvrage collectif initié par Nelly Andrieux-Reix, dirigé et édité par Dominique Delomier en collaboration avec Mary-Annick Morel. L'ouvrage est dédié à la mémoire de Nelly Andrieux-Reix (1944-2007). Prix de souscription : 25 euros (franco de port pour la France métropolitaine ; pour les autres destinations, merci de demander un devis). Règlement par chèque tiré sur une banque française à l'ordre des Éditions Lambert-Lucas (à adresser à Éditions Lambert-Lucas, 4 rue d'Isly, 87000 LIMOGES, en précisant l'adresse du souscripteur si différente du chèque).


ARGUMENT DU LIVRE :

« Cette réflexion sur les frontières trouve son origine dans un projet de recherche lancé par Nelly Andrieux-Reix, à qui nous dédions ce volume. Son entreprise, originale et ambitieuse, avait pour objectif de questionner tout ce qui peut fonctionner comme balises, repères, démarcations dans différents types d'écritures et d'espaces et de problématiser ces frontières dans des systèmes sémiologiques divers à partir d'approches pluridisciplinaires.Les auteurs s'interrogent sur les frontières identifiables dans les textes oraux ou écrits, avec des entrées aussi variées que les démarcations nécessaires à l'annotation de corpus oraux, les frontières de phrases et de vers en poésie moderne, les spécificités des frontières narratives et typologiques de textes médiévaux ou celles qu'utilisent l'écriture filmique et l'écriture musicale. Ces frontières de textes et de discours sont confrontées à celles d'autres objets, notamment dans les interactions et les activités multimodales de la vie sociale.Plusieurs questions traversent l'ouvrage. Une frontière implique une partition dans un espace ou un ensemble constitué d'éléments hétérogènes : de nature spatiale ? temporelle ? spatio-temporelle ? sonore ? visuelle ? visuo-sonore ? autres ? Quelle est la nature de ces frontières ? des unités qu'elles construisent ? Sont-elles stables ou ont-elles une certaine variabilité dans tel ou tel domaine. »Dominique Delomier et Mary-Annick Morel

NELLY ANDRIEUX-REIX IN MEMORIAM :

Après des études à l'Ecole des Chartes et à la Sorbonne (lettres classiques), elle a obtenu l'agrégation de grammaire en 1971 et a suivi une carrière universitaire qui l'a conduite de Dijon à Amiens puis à Paris 3 - Sorbonne Nouvelle en 1998, comme professeur de « Langue française depuis les origines ». Elle s'est toujours attachée à décrire les français du Moyen Âge, dans leurs dimensions synchronique et diachronique, et a abordé les textes dans une optique résolument linguistique, les explorant dans leurs aspects morphologique, morphosyntaxique, phonétique, lexicologique et sémantique.Le projet scientifique de Nelly Andrieux-Reix qui a abouti à ce volume illustre son dynamisme intellectuel, son ouverture d'esprit et la variété de ses intérêts. Il met aussi en lumière son souci constant de fédérer des chercheurs appartenant à des équipes différentes, pour les amener à réunir leurs efforts dans un projet commun en faisant dialoguer textes médiévaux et écrits contemporains.On trouvera plus de précisions sur Nelly Andrieux-Reix dans Le Moyen Âge – Revue d'histoire et de philologie n° 3-4, 2007.

TABLE DES MATIÈRES :

Dominique Delomier et Mary-Annick Morel, Présentation générale

Première partie : Frontières d'unités linguistiques d'étendue variable / Oral
1. Mary-Annick Morel, Complexité des marqueurs de frontière dans le dialogue oral en français
2. Jacqueline Vaissière, Le français, langue à frontières par excellence
3. Ioana Vasilescu et Martine Adda-Decker, Les hésitations vocaliques à travers les langues : à la recherche de frontières
4. Maria Candea et Séverine Morange, Aux frontières de l'écoute. Durée des échantillons et choix des auditeurs : deux variables déterminantes dans la construction des tests de perception

Première partie : Frontières d'unités linguistiques d'étendue variable / Écrit
5. Oreste Floquet, Frontières métriques et mélodiques dans la lyrique française médiévale
6. Christophe Fortier, Des « frontières » du texte aux « frontières » du mot dans l'écrit des élèves français en début de CE1
7. Michel Charolles, Les cadres de discours et leurs frontières

Deuxième partie : Aux limites de la phrase
8. David Zemmour, Claude Simon aux frontières de la phrase : limites du modèle phrastique et propositions pour d'autres unités syntaxiques
9. Arnaud Bernadet, Théorie de l'infini : Linguistique et poétique de la phrase chez Benveniste

Troisième partie : Brouillages / Brouillages énonciatifs dans les textes et brouillages sémantiques dans l'écriture
10. France Guyot, Frontières textuelles et frontières discursives dans l'Heptaméron
11. Marie-Christine Lala, Les chemins linguistiques d'une dernière frontière dans l'écriture de Pierre Guyotat

Troisième partie : Brouillages / Brouillages narratifs dans les films
12. Diane Morel, Cinéma : l'art du brouillage par des procédés sonores
13. Anne-Sophie Janus-Miller, Robert Aldrich : Une caméra exopathiqueTroisième partie : Brouillages / Frontières catégorielles d'activités
14. Luca Greco, Florent Champsiaux et Anaïs Nectoux, Espaces interactionnels et frontières corporelles : pratiques de constitution d'un groupe
15. Nicolas Rollet, All the things you are : Activité multimodale, frontière et musiques improvisées en répétition

03 novembre 2009

Parution : Sofistike

Je transmets cette information d'AB, avec toutes mes excuses pour le délai :

Yves Le Bozec & Ilias Yocaris ont le plaisir de vous annoncer la parution du premier numéro de Sofistike : http://www.sofistike.fr/.
Présentation :
• Soƒιsτικê est une revue consacrée à la langue sous tous ses aspects, et elle désire accueillir toutes les disciplines traitant directement ou indirectement de la langue française : linguistique, grammaire, stylistique, rhétorique, pragmatique, etc.
▪ le choix du support électronique vise deux objectifs :
- une économie de coût, de sorte que la revue ne nécessite aucun financement et ne fonctionne qu’à partir de la bonne volonté de ses auteurs : elle garde ainsi une totale indépendance vis-à-vis des éditeurs, des universités, des laboratoires ou de tout autre organisme habituellement susceptible de financer ce type d’ouvrage.
- une souplesse de publication : le support électronique permet de sortir du carcan imposé par l’édition papier, et de ses interdits frappant la longueur des articles ; la revue veut pouvoir accueillir aussi bien des ébauches d’essai, que des réflexions brèves ne ressentant pas l’utilité d’un verbiage forcé.
• Soƒιsτικê veut accepter diverses formes d’intervention : bien sûr, des travaux collectifs dirigés sous forme de cahier ; mais aussi des articles autonomes, car la réflexion ne s’inscrit pas toujours dans un groupe.
• Soƒιsτικê est une plateforme de rencontre : la revue n'appartient à aucune chapelle, à aucune coterie, et se veut un lieu de contradictions, voire d’affrontements. On y accueillera les universitaires comme les non-universitaires, les intellectuels et les artistes.

10 juin 2008

rencontres franco-américaines "linguistique et littérature"

RENCONTRES FRAN CO-AMÉRICAINES
« LINGUISTIQUE ET LITTÉRATURE »
18 ET 19 JUIN 2008 (14h00-18h30)
ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE — SALLE DES RÉSISTANTS
Dans le cadre du programme « Linguistics and the Arts of Language », soutenu par la fondation
France-Berkeley, deux après-midi de débats sont proposées les 18 et 19 juin à l’École normale
supérieure (45 rue d’Ulm, Paris 5e, salle des Résistants). Il s’agira, autour d’interventions très
brèves, de mesurer la convergence ou l’écart des approches françaises et américaines dans
l’analyse linguistique des textes littéraires.
L’après-midi du 18 juin sera consacrée à des réflexions théoriques avec trois problématiques
principales : la comparaison entre les approches continentales et anglo-saxonnes dans l’analyse
linguistique de la littérature ; la place de la notion d’« énonciation » dans l’analyse des textes
littéraires (la notion, omniprésente en France, étant fort peu utilisée aux États-Unis) ; les champs
à ouvrir ou rouvrir (nous nous intéresserons, par exemple, au retour des problématiques
philologiques en stylistique, à la place des acquis cognitivistes, à l’état de la stylistique
comparée…).
L’après-midi du 19 juin sera plus précisément centrée sur les textes en vers, autour de trois axes
de réflexion : la situation des théories du vers en Europe et aux États-Unis ; les approches non
métriques des textes versifiés et leur articulation aux analyses métriques ; les objets à étudier ou à
reprendre (et, parmi eux, la question du transfert des modèles métriques ou celle de la métrique
comparée).
Chaque participant interviendra dans sa propre langue, y compris lors des débats, qui ont
vocation à rester libres et informels.
Ces rencontres sont ouvertes à tous. Les doctorants et futurs doctorants intéressés par l’analyse
linguistique des textes littéraires y sont particulièrement bienvenus.
Organisateurs :
A nn BANFIELD (UC, Berkeley) et Gilles PHILIPPE (Grenoble III / IUF / ITEM)
Comité scientifique :
Kristin HANSON (UC, Berkeley) Sylvie PATRON (Paris VII), Julien PIAT (Grenoble III), Thelma
S OWLEY (Paris VIII).
Contact :
gilles.philippe@ens.fr

RENCONTRES FRAN CO-AMÉRICAINES
« LINGUISTIQUE ET LITTÉRATURE »
18 ET 19 JUIN 2008 (14h00-18h30)
ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE — SALLE DES RÉSISTANTS
18 juin — 14h00-18h30
Présidents : Jean-Michel Adam (Lausanne [sous réserve]) et Ann Banfield (UC,
Berkeley)
Ann BANFIELD (UC, Berkeley) : Paramètres et paradigmes. Quelques réflexions sur l’analyse linguistique de
la littérature en France et aux Etats-Unis
Robert KAWASHIMA (U. Florida, Gainesville) : Theory vs. Taxonomy in Linguistic Approaches to
Narrative
Claire BADIOU-MONFERRAN (Paris IV) : L’hypothèse non-communicationnelle du récit de fiction à l’épreuve
des textes d’Ancien régime
Zachary GORDON (UC, Berkeley), The Syntax of Integrated Direct Style
Dominique MAINGUENEAU (Paris XII / IUF) : Situer l’analyse du discours littéraire
Delphine DENIS (Paris IV) : Que faire de la philologie ?
Anne HERSCHBERG-PIERROT (Paris VIII, ITEM) : Stylistique, génétique et polyphonie
Sabine PÉTILLON (ITEM) : Processus scripturaires : questions de profils
Georges MOLINIÉ (Paris IV) : Quid de la beauté de la langue ?
19 juin — 14h00-18h30
Présidents : Kristin Hanson (UC, Berkeley) et Michel Murat (Paris IV / ENS)
Jean-Michel GOUVARD (Bordeaux III) : Questions de métrique générale
Kristin HANSON (UC, Berkeley) : Prosodic Universals in Metrical Borrowing
Jeremy ECKE (UC, Berkeley) : Miscellany and Macaronic Meters : Alliterative Appropriation of French
Poetic Form
Jacqueline GUÉRON (Paris III) : Grammaire et métrique
Sandrine BÉDOURET (Pau) : Du concept de nombre oratoire à celui de rythme
Olivier HALÉVY (Grenoble III) : Le vers comme forme symbolique ? L’exemple de la Renaissance française
Michel MURAT (Paris IV / ENS) : Y a-t-il une métrique du vers libre ?
Jean-Pierre BOBILLOT (Grenoble III) : De la poétique des vers à la médiopoétique. Pour une perspective
historique et matérialiste

19 janvier 2008

Ils avaient déjà commencé à disparaître en se transformant en leurs propres statues, auxquelles une époque rendait un culte.

Je cherche à répondre à Arnaud, à propos de ce Jackobson folkloriste méconnu que je disais. Je ne trouve pas encore le temps pour cette réponse. Pour le moment, je donne à relire "Mort de Jackobson", qu'H. Meschonnic avait écrit en 1982 dans Libération. Je réponds donc bientôt. Chloé

Henri Meschonnic (Libération, 29 juillet 1982)

Mort de Roman Jakobson

Le linguiste qui vient de mourir n'était pas seulement célèbre parmi ses pairs. Avec Lacan et Lévi-Strauss, il fut l’un des trois mousquetaires du structuralisme triomphant (qui bien sûr étaient quatre avec Barthes). Lumineux linguiste et fou de poésie, Roman Jakobson installa son campement sur la frontière : au mont de la poétique. Pour Libération, Henri Meschonnic, familier de ce paysage, commente les traces laissées par Jakobson.

« Ce siècle s’en va. De disparition en disparition, ceux qui l’ont fait ne meurent pas, mais s’effacent. On ne sait ce qui précède, leur mort ou leur effacement. Ils avaient déjà commencé à disparaître en se transformant en leurs propres statues, auxquelles une époque rendait un culte. Barthes, Lacan. Comme les chahuts dadaïstes sont devenus des œuvres complètes, et des valeurs en salles des ventes.Avec Roman Jakobson (né en 1896), c’est un peu de la jeunesse vieillie du XXe siècle, qu’il tenait vivante en lui, qui s’en va. Roman Jakobson a représenté plus que tout autre, non seulement la linguistique, pour les linguistes et pour les non-linguistes, mais une double image des sciences humaines : celle de l’interdisciplinarité, et celle du primat de la linguistique à l’époque structuraliste. Un modèle épistémologique. Et un moment dans l’histoire des stratégies.C’est que Roman Jakobson n’est pas seulement un linguiste. C’est peut-être d’abord, de sa jeunesse à son grand âge, un futuriste qui est resté futuriste. Il n’y revient pas seulement dans ses derniers dialogues comme on revit son passé en vieillissant. II y insiste sur son intimité avec la peinture et les peintres futuristes, avec Malevitch, la poésie et les poètes du futurisme russe, parce qu’il ne s’est jamais départi du simultanéisme ébloui qui mêlait, au début de ce siècle, l’art et la science, les jeux de langage et de formes avec la popularisation de la relativité selon Einstein. Qu’il expliquait à Maïakovski. Ce futur a été son passé et son présent. C’est ce qui fait le caractère synthétique de son œuvre, son enthousiasme séducteur, la vitalité de son contact personnel, dont témoigne Krystina Pomorska, dans les derniers Dialogues, et les effets de charme de sa pensée. Lui qui a toujours vu en Khlebnikov, avec sa mystique des nombres, le plus grand poète du siècle, lui qui a écrit, après la mort de Maïakovski, " Sur une génération qui a dilapidé ses poètes ”, c’est le même qui donne pour homogènes la linguistique, la poétique, l’anthropologie, la théorie de l’information, la théorie de la traduction, les mathématiques, la psychologie, la biologie, la sémiotique. Il a fait une poésie de la linguistique autant qu’une linguistique de la poésie.Ses transhumances décrivent le paysage et l’histoire de la pensée du langage et de la littérature en ce siècle. Du Cercle linguistique de Moscou en 1915 au Cercle linguistique de Prague, puis à Columbia, à New York, pendant la guerre, et à Harvard et au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), son trajet représente plus qu’une série de migrations, il totalise et confisque presque, à son profit, le formalisme russe, le structuralisme linguistique de Prague, et la tension tenue entre linguistique et littérature, linguistique et anthropologie. Ce que marquent successivement ses liens avec Maïakovski, Troubetzkoy, Lévi-Strauss. Sa personnalité a absorbé le structuralisme au point qu’il en a été peut-être le représentant le plus illustre, au-dessus de toute analyse critique. Linguiste, mais philologue aussi, écrivant sur et en plusieurs langues, mais slavisant d’abord, son installation en Amérique n’a fait que marquer son caractère de grand européen. Non seulement parce que sa culture est pan-européenne, et aussi, pour l’essentiel, s’y limite, mais parce que les problèmes théoriques qu’il pose sont ceux d’une linguistique européenne.Jakobson a été l’incarnation du triomphalisme structuraliste, son moment le plus beau. Sa conférence de 1960, « Linguistique et poétique » (dans Essais de linguistique générale, chapitre XI) en est tout entière un chef d’œuvre, se terminant sur ce ramassé d’utopie : “ Chacun de nous ici, cependant, a définitivement compris qu’un linguiste sourd à la fonction poétique comme un spécialiste de la littérature indifférent aux problèmes et ignorant des méthodes linguistiques sont d’ores et déjà, l’un et l’autre, de flagrants anachronismes ” (p. 248). L’exemple célèbre en a été en 1962, avec Claude Lévi-Strauss, l’analyse des « Chats » de Charles Baudelaire (reprise dans Question de poétique).En incluant la poétique (c’est-à-dire l’analyse de ce qu’il y a de spécifique à la littérature) à l’intérieur de la linguistique, Jakobson donnait toute son autorité à la réduction formaliste de la littérature : l’analyse linguistique de la poésie non seulement restait dans le dualisme de la forme et du sens, mais renforçait, par son allure scientifique, une notion formelle de la poésie. Rendant invisible la contradiction par laquelle la linguistique, avec des concepts linguistiques, ne peut pas analyser la poésie, mais ne peut y voir que des formes linguistiques, qui présupposent une idée rhétorique de la poésie. Toute une époque a suivi. La scolarisation de ce structuralisme lui a assuré en extension ce qui lui manquait en compréhension. Le règne des structures a été, et est encore, celui des parallélismes, des enchâssements, des figures d’inclusion. D’où un triple glissement, de la poétique à la rhétorique, de la rhétorique à la stylistique, de la linguistique à la stylistique. Pourtant, plus que tout autre linguiste du XXe siècle, Jakobson a mis ainsi la poétique au centre des questions du langage. Le paradoxe de la poétique de Jakobson est de montrer les enjeux de la littérature sans pouvoir les dire - à moins de sortir de la linguistique. Aussi le modèle des six fonctions du langage, chez Jakobson, qui a le grand mérite d’interdire les réductions antérieures de la poésie à l’émotion (et le binaire poésie-émotion, prose-raison discursive) laisse-t-il la poésie dans un rapport ambigu à la “ fonction poétique ”, qui se manifeste aussi bien dans un slogan publicitaire. La perfection même des analyses structurales a mené le modèle structuraliste aux limites, reconnues depuis longtemps, des absences du sujet et de l’histoire.À la présence de la poésie dans le langage a correspondu celle de la poétique dans la linguistique. C’est sans doute ce qui compte, plus que le choix d’une poésie formalisée, sonnets ou poésie formulaire, qui restreint la poésie à une poésie, comme il restreint la poétique à une poétique. C’est le cadre et les limites de sa perfection dans l’analyse structurale. L’effort de scientificité bute sur les limites mêmes que suppose sa notion de la poésie, aussi la reproduction n’en est-elle pas tant une extension qu’un épigonalisme. Son extension est sa mise à l’épreuve. Sa continuité est dans sa critique.L’invention des concepts, chez Jakobson, s’est faite sur l’enjeu de la poésie : aussi bien le renouvellement de la métaphore et de la métonymie (et leur opposition plus sérieuse qu’efficace), que la notion de poésie de la grammaire. Mais si la poésie a une telle place, chez Jakobson, c’est qu’elle n’est pas séparable d’un enjeu plus important encore, et dont on dirait qu’elle le cache en le manifestant.En poétisant la pensée du langage, autorisant toute une époque à prendre Mallarmé et Artaud pour des théoriciens du langage, Jakobson menait, à travers la littérature, un combat qui déborde le théorique, contre Saussure. Là, comme pour tout linguiste, la représentation de Saussure est révélatrice. Et les héritiers l’ont encore simplifiée. Saussure est sommairement, représenté comme chez Bakhtine, par l’abstraction de la langue. Par là, I’enjeu est arbitraire du signe linguistique, c’est-à-dire le non-rapport originel du langage à la nature et des mots aux choses. Et tout l’itinéraire de Jakobson est marqué par un mouvement de plus en plus fort vers le rapport naturel des mots et des choses. Ce mouvement situait sa référence à la sémiotique de Peirce, jouée contre la linguistique le Saussure (par exemple dans « À la recherche de l’essence du langage » , dans « Problèmes du langage », Diogène n°51, Éditions Gallimard, 1966). Jusqu’à s’appuyer sur Joseph de Maistre (dans Main Trends in the Science of Language, New York, Éditions Harper, 1973),Cette poussée vers la motivation-nature est une stratégie qui se livre à travers la recherche du langage, en montrant que son enjeu la déborde L’enjeu est l’historicité du langage, des sujets, des sociétés, des valeurs. Et Jakobson, par sa lutte et ses arguments contre l’arbitraire du signe, permet profondément une alliance entre la linguistique et la phénoménologie, heideggérienne en particulier. Il maintient, sous couvert de science, un irrationalisme du rythme – sa continuité futuriste – qui n’a que la métrification pour garde-fou. Ce qui situe le privilège des métriques. C’est une pensée analogique, par Jakobson, en particulier, qui s’est étendue jusqu’à représenter une époque : analogie entre la linguistique et la biologie, révélatrice plus que toute autre, à travers la science cybernétique et la notion de code génétique, du rêve théologique qui continue de régir l’union des mots et des choses, le religieux dans le langage et dans le politique. Les problèmes techniques du langage y ont leur extension maximale.Jakobson les a portés à leur extension maximale. C’est plus par là que par la variété de ses recherches, de l’aphasie au folklore, qu’il a été de ceux qui font une époque. Mais la donne change sans cesse. Les programmes s’inaccomplissent. La maîtrise est sans doute l’identification totale d’une histoire et d’une question, et quel que soit son sens, par-delà tout hommage, par delà le musée, c’est la force de Jakobson. »

01 mars 2007

Rhétorique, "composition", discours

Petit dialogue CJ/AB, susceptible d'intéresser Polart plus largement :

CJ écrivait (Letter from America, 25 février 2007) :

"Composition", "explanation", poème

Presque ça me fait rire de penser à une certaine étendue d'ignorance dans laquelle j'ai pu lire l'essai (la conférence) Composition and Explanation de Stein - essai publié par la Horgath Press des Woolf, et où j'investis, recueille, beaucoup de ma compréhension de la poétique moderniste. Le bonheur du travail de récupération historique, une histoire des discours, dans ces dépliages et complexifications ; critical articulacy.C'est dans Connors, son histoire de Composition-Rhetoric, toujours. Comment dans les années 1870-1890-1910 (Stein se forme à Harvard dans les années 90s - dans l'environnement de William James, et à sa psychologie), l'enseignement supérieur de la Composition, Freshman Composition, avec ses pratiques codées et ses textbooks institués et institutants, s'articule en une taxonomie rhétorique, progressivement plus instrumentale et formelle, où en particulier peut s'obverser un passage de l'étude descriptive et théorique des "modes" rhétoriques (la distinction principale entre Argument et Exposition, qui détermine ensuite la séparation et les histoires disciplinaires et culturelles divergentes de la rhetoric et de la composition, l'une prenant racine dans le champ de English, l'autre devant migrer vers Speech), à l'étude pratique de la seule Exposition, avec ses "methods".

  • les Modes : Description, Narration (qui migre vers fiction writing teaching - Connors ne dit pas si c'est la même histoire qui débouche sur les MFA et BFA [à BC par ex.] de creative writing), Exposition, Persuation/Argument. Mis en place par Alexander Bain, 1866, comme modernisation par rapport à l'approche belletristic de Blair (où ingrédient majeur le style, lié à la critique littéraire).
  • les Méthodes : diversement désignées - [et comme approche, inspirées du courant Deweyite, pour l'enseignement supérieur de "English for Life Skills" - dans le programme de la convention du CCCC, on retrouve très présent ce discours de la Composition comme pragmatique considérant avec une attention qui lui est propre et caractéristique "the lives of our students"] : Repetition, Contrast, Explanation, Definition, Illustration, Detail, Proof - aussi : Unity, Coherence, Emphasis.

Alors les "Composition" et "Explanation" de l'essai de Stein prennent une complexion autrement épaisse ; et devient visible un travail culturel à la fois plus concrètement évident et manifestement plus incisivement critique. Avec les ambiguïtés de tout corps à corps avec des actualités discursives - comme celles de Joyce dans les rhétoriques nationales et nationalistes irlandaises dans Ulysses. La valeur d'une réénonciation : d'une invention, d'une heuristique, discursives. Avec ses racines et ses traînes et ses sillages, dans tous sens, culturels.
Par où commencer à entendre ces effets ? C'est toujours sur le "as" que se fait la bascule critique. Mais aussi alors : la valeur culturelle de "Composition", et celle d'appeler sa pratique poétique "Composition" (alors qu'on est passé dans la discipline d'un rapport à la littérature comme belles-lettres à une théorie du discours, qui marginalise littérature et style et critique littéraire, et marginalise aussi la tradition rhétorique pour privilégier l' "Exposition = Explanation" - comme se pose la question de l'art alors ?) ; celle de prendre aussi le concept de "Explanation" (qu'est-ce qu'elle fait, à faire ça ?) ; et celle enfin poétiquement de les faire s'équivaloir. Pour l'instant je ne peux que ouvrir ces questions - perplexité, tiens. Mais c'est par là qu'il faut aller.
A entendre aussi très distinctement : le frayage du terme discourse" dans cette histoire. Comment il viendra s'articuler, alors, se jeter dans, le cours de discourse analysis", sans doute. A entendre aussi en comparatisme : AB diffusait récemment un appel à communications pour le colloque de l'Université de Franche-Comté sur le rapport entre Linguistique et Littérature, où était pointé le couple texte/discours, et le fil de l'analyse du discours, comme une ligne du travail où les deux disciplines ont une histoire de rencontres, difficiles. 40 ans depuis Cluny, si je me rappelle bien.

AB en réponse :

Très instructives et intéressantes, Claire, tes analyses et remarques sur le domaine anglo-américain, qui m'échappent évidemment en grande partie.

Dans le domaine français où je me situe, et où il a tout son poids, le binôme texte / discours est devenu un véritable stéréotype des études linguistiques, ainsi que l'incontournable syntagme "Analyse du discours" qui, aux yeux de certains spécialistes, passent pour une authentique discipline, même s'il est parfois l'objet de multiples et âpres discussions au sein du champ universitaire et scolastique.

Au-delà des études auxquelles l'AD peut contribuer, avec plus ou moins de bonheur et de réussite, cette étiquette sert d'étendard fédérateur sur un plan institutionnel, et d'appel à l'impossible, sinon à la très difficile jonction entre lingusitique et littérature, et au-delà, disons-le, entre linguistes et littéraires.

C'est le sens de l'appel à communication que j'ai diffusé, "Linguistique et littérature, Cluny, 40 ans après", colloque organisé par M. Kastberg & D. Ablali dans le cadre de l'Université de Franche-Comté du 5 au 7 septembre 2007 à Besançon.

Ce geste n'est pas neutre comme tout événement scientifique. Il emboîte le pas d'un autre colloque international qui eut lieu à Cerisy-la-salle en 2002 sous la direction de D. Maingueneau et R. Amossy, et qui fut publié en 2003 sous le titre éloquent : "L'Analyse du discours dans les études littéraires". Pour vous donner une idée, j'en ai fait un compte rendu critique à la demande de la Revue d'Histoire littéraire de la France (ce qui en soit est déjà un symptôme extrêmement intéressant) qui est paru dans le n° 4 d'octobre 2005, PUF, p. 1068-1076.

De manière singulière, tandis que le colloque sur "L'Analyse du discours" se référait aux célèbres "Chemins actuels de la critique" qui s'étaient tenus en 1966, "Linguistique et littérature", dont l'intitulé semble bien plus large, renvoie à celui de Cluny en 1968.

Je voudrais dire quelques mots de son argumentaire : d'une part, de son projet - en soi tout à fait louable - de donner un "nouveau souffle" aux collaborations entre linguistes et littéraires, contre les figements et les "cloisonnements" voire les "résistances à la conjonction de la linguistique et de la littérature". La première question qui se pose néanmoins est la suivante : est-ce sous la forme d'un bilan, et d'une stricte élucidation du passé, est-ce sous la forme, à première vue, d'une célébration (le jeu symbolique du calendrier, très français, marque culturelle, "40 ans après"), qu'on peut y parvenir ? Comme pour le Cerisy, les intentions semblent motivées mais les normes auxquelles on se réfère ne restent-elles pas fondamentalement passéistes ? La question vaut en tous cas d'être posée.

Lorsqu'on lit l'argumentaire : "Pourtant il reste encore aujourd'hui des résistances à la conjonction de la linguistique et de la littérature", le problème est l'usage de l'adverbe "encore" : car les résistances n'ont eu de cesse de se multiplier et de s'aggraver. Et de ce point de vue, la phrase de Jakobson confrontant le spécialiste du langage et le spécialiste de la littérature à la fin de sa célèbre conférence "Linguistique et poétique" résonne de manière pathétique aujourd'hui.

La problématique est très clairement formulée avant d'être détaillée : il s'agit de "présenter et discuter l'intérêt de l'intersection, les enjeux des concepts transitionnels, en les envisageant dans leur dynamique interdisciplinaire".
Je m'arrête sur l'emploi de ces termes, parce qu'ils sont déjà emblématiques d'une lourde dé-problématisation de l'objet :
- l'intersection est une catégorie molle, celle du croisement et de la rencontre, à la différence d'interaction, utilisée plus loin. Mais le rapport entre les deux termes relève de la synonymie et de l'équivalence dans le texte en question, il n'est pas malheureusement théorisé, même de façon brève et fragmentaire.
- les concepts transitionnels : c'est sans doute là une terminologie très à la mode, on la rencontre souvent dans le champ des études cherchant à croiser esthétique et littérature, par exemple. C'est le lieu même de l'amalgame épistémologique : un concept transitionnel par définition n'est pas un concept, sa transversalité même en fait une notion, ce qui est tout à fait différent. Il n'a aucune vertu heuristique, encore moins une fonction critique, il est là pour rallier. Il est donc stratégique et pragmatique, pleinement déspécifiant.
- la dynamique interdisciplinaire : au-delà des exigences et des pressions ministérielles, notamment dans l'entreprise et la constitution de colloques aujourd'hui, qui détermine (oblige même à) ce type de phraséologie, l'adjectif évidemment renvoie au mythe unitaire des disciplines tel qu'on pouvait le trouver déjà dans les années soixante. Quel est son devenir aujourd'hui ? A-t-il même un avenir ?

Je n'examinerai pas les différents axes proposés, extrêmement intéressants en eux-mêmes, j'observe au passage une simple question : "comment les deux disciplines (i.e. linguistique et littérature) intègrent-elles le social dans le discours ?" Là encore, intégrer : cela suppose une extériorité, et par conséquent le vieux dualisme entre intérieur et extérieur, impliquant le schéma antinomique de l'individuel et du social.

Je reviens à ce binôme Texte / discours mais aussi "Analyse du discours", tel qu'il apparaît dans le volume de Mainguneau et Amossy, c'est trop souvent un oecuménisme des méthodes et des épistémologies, un bel état des "juxtapositions" justement, qui regarde peu par exemple vers l'anthropologie linguistique de Benveniste dont la pensée est alors réduite de façon caricaturale à une typologie fonctionnelle et technique (celle des temps verbaux et des pronoms, notamment) : l'AD est en quête d'une pensée de la "contextualité du sens", de la socialité et de l'historicité du discours : beaucoup de liens tentés avec la sociologie de Bourdieu (massivement la notion de "champ", mais dans un usage très restreint des concepts de l'auteur en question (exit fréquemment distinction, habitus, etc.) ; des raccrocs du côté de Foucault, de la sociocritique, de la stylistique, de la poétique, etc. Le maître mot de ce genre de démarche est l'articulation, comme d'autres cherchent l'intersection ou s'efforcent d' intégrer. Et de fait la majorité des disciplines linguistico-littéraires sont indexées sinon carrément annexées à l'AD.

Je signale en complément l'ouvrage de Maingueneau et Charaudeau, Dictionnaire d'analyse du discours (2002).

Texte / discours : dernière chose, un simple rappel qui revenait au centre du n° de "Langue française", dirigé en 1999 par E. S. Karabétian sur "Phrase, texte, discours" : a) que linguistiquement le texte est une unité (ou du moins une unité à laquelle les linguistes depuis les années soixante / soixante-dix ont cherché à donner une positivité et une formalité comparables à celle de la phrase et du morphème par exemple) ; que linguistiquement le discours n'est pas une unité.

A ce sujet, quelques compléments bibliographiques : le n° 163, sept. 2006, de "Langages", dir. D. Legallois, "Unité(s) du texte".
Sinon, à propos de la phrase, et du faux procès qu'on intente notamment à Benveniste à ce sujet, particulièrement le fait qu'il se serait arrêté devant le texte, ce qui est une véritable absurdité, perpétuée par certains courants de la linguistique textuelle, J.-M. Adam en premier chef (je pense aux propos tenus dans "Linguistique textuelle : des genres de discours aux textes", Nathan, 1999 ; rééd. 2004), par exemple, je renvoie bien entendu à G. Dessons, "La phrase comme phrasé", La Licorne, n° 42, 1997, p. 41-53, et Arnaud Bernadet, "Théorie de l'infini : linguistique et poétique de la phrase chez Emile Benveniste", dans le cadre d'un Séminaire de l'Université de Paris III -Sorbonne nouvelle, Les Frontières linguistiques, à par.