Un texte d'Arnaud Bernadet (Université McGill) mis en ligne sur le site POLART :
« Qu’est-ce qu’une œuvre folle ? »
Une des figures qui encombre l’histoire de la littérature et de l’art est celle du créateur fou, depuis Hölderlin jusqu’à Artaud, en passant par Van Gogh ou les dessins d’aliénés. La folie est ainsi apparue comme une expression symptomatique du génie. Des neurosciences et de la psychanalyse à la sociologie et à l’esthétique, ce rapport met au jour autant de représentations du sujet, de la culture, de la société. C’est sous la notion d’« œuvre folle » et non celle de l’artiste fou que Gérard Dessons propose de repenser à neuf la question dans La Manière folle. Essai sur la manie littéraire et artistique (2010), point de départ de notre réflexion. Entre ces deux concepts historiquement appariés, manière et manie, la folie désigne moins un phénomène clinique qu’une catégorie du jugement. À travers l’art et les discours qu’il produit, elle est révélatrice d’une anthropologie de la valeur – véritable centre de ce livre.
09 juin 2012
Qu'est-ce qu'une oeuvre folle?
Publié par
Chloé Laplantine
à
08:04
0
commentaires
Libellés : art, culture, dégénérescence, folie, inconnaissance, maneries, manie, manière, maniérisme, philosophie, valeur(s).
19 octobre 2008
Compagnon et Le souci de la grandeur
Je me permets de vous signaler la parution récente du livre de Donald Morrison "Que reste-t-il de la culture française?" (Denoël, septembre 2008), qui contient la réponse de Compagnon à Morrison sous le titre "Le souci de la grandeur". En voici la quatrième de couverture :
"Longtemps, la France et sa culture n'ont fait qu'un, la grandeur de l'une servait le rayonnement de l'autre. Au centre de l'attention, les artistes français jouissaient d'un prestige sans égal. De cette gloire passée ne restent aujourd'hui que nombrilisme, nostalgie et frilosité.
C'est le constat désabusé auquel est arrivé Donald Morrison, Américain de Paris, au terme d'une minutieuse enquête sur la place de la culture française dans le monde. La créativité de ses artistes a beau être indéniable, l'influence – spectrale – et le poids – dérisoire – de la France dans les échanges culturels sont là pour montrer que notre culture ne parle plus au monde. Une déchéance qui, finalement, convient bien à la mentalité nationale, prompte à la déploration et à l'apitoiement.
En réponse à Donald Morrison, Antoine Compagnon souligne ainsi une certaine ambivalence de la culture française, encore capable du meilleur mais comme paralysée par le souci de sa propre grandeur. Sans doute la France gagnerait-elle à relativiser la place qu'elle s'imagine être la sienne sur la scène culturelle mondiale. Mais encore faudrait-il qu'elle cesse de vouloir régler leur compte aux États-Unis et à leur insolence culturelle.
Si le débat sur la vitalité de la culture française n'est pas près d'être clos, au moins cet échange salutaire entre Donald Morrison et Antoine Compagnon peut-il nous aider à mieux comprendre le regard que le monde porte sur la France et, donc, à mieux nous connaître."
Voir aussi, pour la contextualisation du débat, le compte-rendu de Pierre Assouline sur son blog :
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/10/02/notre-culture-netait-pas-morte-elle-declinait-seulement/
Publié par
PMA
à
14:13
2
commentaires
Libellés : Compagnon, culture, Débat et démocratie, Nouveaux réactionnaires, polémique, séminaire Actualité critique
30 juin 2008
Evénéments internationaux / langues et cultures - présidence française de l'UE
Au moins deux parmi les manifestations prévues en liaison avec la présidence française de l'Union européenne entamée à la date du 1er juillet :
1. la tenue d'Etats généraux du multilinguisme, à dimension européenne, qui aura lieu à la Sorbonne le 26 septembre 2008 (date qui correspond aussi avec la "Journée européenne des langues"), organisée à la fois par les ministères de la Culture et de la communication, des Affaires étrangères, et de l'Education nationale. Le Commissaire européen chargé du multilinguisme, Léonard Orban, y présentera son plan d'action pour la période 2008-2010.
2. par ailleurs, se tiendra à partir de la même date le 21ème "European Meeting of Cultural Journals", dont je vous transmets la présentation :
As previously announced, the 21st European Meeting of Cultural Journals will take place in Paris, 26–29 September.
This year's meeting is organized by the European network of cultural journals, Eurozine, and its French partners Sens Public, Multitudes and Esprit, in cooperation with Ent'revues. The conference is part of the "Saison culturelle" of the French EU presidency 2008 and will take
place in the Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
More than 100 editors and intellectuals from Europe's leading cultural journals will participate
in this event, and the programme includes seminars and debates as well as an exhibition displaying journals from more than 30 countries.
Under the heading crosswords X mots croisés, the conference will explore multilingualism in Europe and its relation to critical publishing against the backdrop of media transformation and the consolidation of network structures. Confirmed keynote speakers and panellists include Jorge Semprún, Eduard Glissant, Geert Lovink, Abram de Swaan, Ruth Wodak, Clarisse
Herrenschmidt, and Barbara Cassin.
Carl Henrik Fredriksson
Editor in Chief, Eurozine--
Publié par
CJ
à
12:04
0
commentaires
Libellés : culture, édition, Europe, langues, multilinguisme
18 juin 2008
Est-ce la fin du Département des langues et cultures minorisées à Paris 8 ?
Il me semble que l'information est non négligeable, encore une régression à signaler. L'UFR des langues de Paris 8 semble envisager pour la rentrée 2008-2009 la fermeture du secrétariat du Département des langues et cultures minorisées et la "création" du CLTD (Centre de Langues Toutes Disciplines ) où seraient dispensés les cours de langues pour non-spécialistes, comme des cours d'anglais pour des étudiants ne préparant pas une licence d'anglais mais une licence de cinéma ou de littérature. Spécialiste, non-spécialiste ? Un morcellement qui trouve sans doute beaucoup de bénéfices secondaires dans un état consenti du monde.
Le Département des Langues et cultures minorisées de Paris 8 où l'on enseigne le basque, le breton, le berbère, le nahuatl, l'occiten, le quechua, le tamoul, avec le projet de tenir ensemble la langue, la littérature, la culture, a déjà été plusieurs fois dans le passé menacé de disparaître. Il semble que cela recommence.
Publié par
Chloé Laplantine
à
14:26
0
commentaires
14 mai 2008
Reflux de l'histoire littéraire - et al.
A noter pour nos travaux sur les retours de l'histoire littéraire, ces éléments du sommaire du n°5 (mai-juin) de la RILI :
[à noter également : le blog de la RILI s'est bien fourni dans les derniers mois - intéressant à suivre.]
. Yves Citton : Il faut défendre la société littéraire - à propos de Jacques Bouveresse, La Connaissance de l'écrivain, Tzvetan Todorov, La Littérature en péril, Pierre Piret (dir.), La Littérature à l'ère de la reproductibilité technique et Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold et Jean-Paul Sermain, L'Événement climatique et ses représentations
. Marc Escola :Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire - à propos de Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature
J'ajoute, pour une pertinence d'ordre plus général :
. Xavier Vigna : Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68 - à propos de Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68, Serge Audier, La Pensée anti-68, Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective et Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68
. Antonio Negri : Retour sur les « années de plomb » - Entretien réalisé par Steffen Vogel
. Peter Hallward : L'hypothèse communiste - à propos de Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?
. Thierry Labica : La culture n'est pas une marchandise : c'est un gouvernement - à propos de Alain Brossat, Le Grand Dégoût culturel
. François Cusset : Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne - à propos de Jean-Loup Amselle, L'Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes
. Gilles Sainati : L'hystérie sécuritaire. Projets politiques ou effets de structure - à propos de Armand Mattelart, La Globalisation de la surveillance, Laurent Bonelli, La France qui a peur et Laurent Mucchielli (dir.), La Frénésie sécuritaire
. Frédécric Neyrat : Géo-critique du capitalisme - à propos de David Harvey, Géographie de la domination
. Jérôme Vidal : Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l'avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne - à propos de Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme
Publié par
CJ
à
11:54
0
commentaires
Libellés : 68, culture, Débat et démocratie, histoire littéraire, mondialisation, populisme, postcolonial
12 février 2008
Discours d'époque : le "dialogue interculturel"
Je transmets l'annonce :
Colloque : lancement de l'Année européenne du dialogue interculturel
13 et 14 mars 2008 au siège de l'Unesco à Paris
Ce colloque a pour objectif de favoriser l'échange sur les termes du débat : il s'agit de mettre en perspective la manière dont les notions de « dialogue interculturel » et de « diversité culturelle » sont appréhendées en France, avec une tradition et un héritage qui apparaissent souvent en Europe, comme singuliers. Cette rencontre se propose de mettre en lumière les questions qui font débat, les contradictions, les pratiques afin de renouveler les interrogations et de dégager de nouvelles perspectives. Chercheurs, artistes et professionnels de la culture se réuniront pour partager leur réflexion et leur expérience du dialogue interculturel et de la diversité culturelle. Les tables rondes s'organiseront autour de cinq thèmes :
- Concepts, approches théoriques et pratiques de l'interculturel : quel décalage entre le penser, le dire et le faire ?
- Diversités culturelles et politiques territoriales : quelle articulation entre la reconnaissance des différences et l'émergence d'une culture commune ?
- Diversité culturelle et cohésion sociale : quel avenir pour les modèles universaliste et multiculturaliste ?
- Diversités culturelles et construction européenne : une réponse à la mondialisation ?
- Les revues au regard de l'Autre ou l'interculturel à l'ouvre.
Plus d'informations sur le site www.histoire-immigration.fr . Inscription UNESCO 7 place Fontenoy 75007 Paris (Métro Cambronne, Ségur ou École Militaire) Salle 11 Le 13 mars de 9h à 18h Le 14 mars de 9h à 17h L'accès au colloque est gratuit sur inscription. Il y a 400 places disponibles, les inscriptions seront donc prises en compte par ordre d'arrivée à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Pour s'inscrire, merci de retourner le bulletin d'inscription (télécharger le bulletin) avant le 3 mars 2008 par courrier électronique à l'adresse colloque-aedi@histoire-immigration.fr
La commission européenne a déclaré l'année 2008, Année Européenne du Dialogue Interculturel. Plus de 780 manifestations sont prévues dans les 27 pays européens. En France, l'année européenne s'ouvrira par un colloque les 13 et 14 mars 2008 au siège de l'Unesco à Paris.
Publié par
CJ
à
17:20
0
commentaires
21 octobre 2007
Parutions : la littérature dans le capitalisme tardif
Outre les traductions d'oeuvres théoriques anglaises et américaines majeures qui commencent à arriver en rangs serrés, mais aussi avec un retard d'appropriation frappant (Fredric Jameson, Homi Bhabha, Stanley Fish...), trois titres récents à noter :
- Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, de Christian Salmon (auteur d'un article du Monde diplomatique dont j'avais parlé au premier séminaire Actualité critique). Paris, La Découverte, octobre 2007, 235p. Une enquête en effet "ébouriffante" (je cite), sur les noces néocapitalistes troubles du management des subjectivités avec la littérature, et ses Humanités. A rappocher des analyses de Jameson dans le tout récemment traduit, donc, Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif (trad. Florence Nevoltry, Paris, ENSBA, sept. 2007). A rapprocher aussi, si on en a le coeur, à l'usage disciplinaire de la référence à la littérature dans la "Lettre aux éducateurs", adressée par N. Sarkozy aux enseignants à la rentrée 2007 (téléchargeable).
- Le Capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation, de Yann Moulier-Boutang (Editions Amsterdam, mai 2007). Pour suivre ce fil que Jameson nous mettait déjà dans les mains en 1984 (c'est la "logique culturelle" qu'il analyse dans le capitalisme post-industriel), et qui gagne ces temps-ci une visibilité, et une prégnance pour l'intelligence du présent et ses repères idéologiques, très élargies : par exemple avec le Rapport Lévy-Jouyet (Rapport de la Commission sur l'économie de l'immatériel, intitulé "L'économie de l'immatériel. La croissance de demain" - 2006) pour le côté droitier, mais aussi le traitement de la question de "l'immatériel" et son rapport au travail depuis des zones marxistes de la pensée, avec Multitude. Guerre et démocratie à l'âge de l'empire, Michael Hardt et Toni Negri, La découverte, 2004.
- Lire, interpréter, actualiser. Pour quoi les études littéraires?, d'Yves Citton, à paraître le 26 octobre aux Editions Amsterdam. On imagine qu'il fera un pendant assez révélateur à la leçon inaugurale d'Antoine Compagnon au Collège de France : La Littérature, pour quoi faire? (Collège de France / Fayard, mai 2007. Dénomination de la chaire : "de Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie"). De quoi instruire la question par laquelle l'université et les disciplines sont tenues par les techniques bien rôdées de la mobilisation, la réforme, et l'urgence, à cette rentrée scientifique : la valeur sociale des études littéraires, et des sciences humaines plus largement (on ira même bientôt jusqu'à : les sciences, tout court, il semble).
Publié par
CJ
à
16:31
0
commentaires
Libellés : culture, littérature
28 septembre 2007
Les droites au pouvoir : politique et culture
Je voudrais signaler la parution du n° d'octobre-novembre de Manière de voir, le bimestriel thématique du Monde diplomatique, numéo intitulé : Les droites au pouvoir.
L'intérêt particulier est dans la conception éditoriale : un pan d'analyse politique pour commencer (nation, démocratie, capitalisme, égalité, (néo-)conservatisme, etc.), puis un pan sur les techniques de la "réforme" (j'apprécie ce coup d'éclairage, ce choix d'un point de vue, qui me paraît particulièrement pertinent dans l'actualité française, et depuis l'expérience quotidienne à l'université à cette rentrée), mais surtout enfin une section intitulée "La culture à la rescousse" - médias, télé, recherche et expertise, patrimoine. Je n'ai pas encore lu les textes, mais l'approche m'intéresse : oui, les droites, et leurs politiques de la culture. La culture - une conception de la culture -, comme outil de droitisation. (voir aussi, pour illustration, l'ensemble du n° du Débat de mai-août 2007, sur la culture générale, l'école, et la "nouvelle jeunesse" - dont un texte de Compagnon, sur la "perméabilité des disciplines").
L'ensemble du numéro est accompagné par des photographies de Martin Parr - là aussi c'est la signature du Diplo, une politique éditoriale de l'oeuvre d'art, qui pose des questions. Et fait poser des questions à l'oeuvre de Martin Parr, et aux lectures auxquelles on la plie. C'est à regarder de près.
Publié par
CJ
à
08:17
0
commentaires