04 février 2008

POLITIQUE DU SAVOIR / POLITISATION DU SAVOIR

Merci à Claire de ce petit extrait. Ce nouveau fret documentaire est, en effet, des plus instructifs. Avec sa charge multiforme de présupposés.
Il confirme la paradoxale étatisation et le contrôle resserré de la recherche et de l'invention du savoir (qui devient aussitôt production et compétition). L'énonciation même de l'article "Décision fondamentale 2" explicite les thèses néolibérales qui doivent désormais guider le fonctionnement des universités. L'université française comme instrument et même moteur du capitalisme mondialisé.

a/"l' économie du savoir" : voilà un syntagme qui appartient très directement à la phraséologie eurocratique. Nous recevons régulièrement dans les établissements des documents émanant de rapports de représentants via les projets européens concernant l'université française qui comportent cette expression ; son intérêt tient évidemment à ce qu'il dit sans dire, l'économisme et la logique du marché. Procédé rhétorique, celui de la syllepse : économie comme mode organisationnel et système, économie comme échange des biens matériels dans une société : l'ensemble des faits relatifs à la consommation, à la production et à la circulation de ces biens.

PS. Je ne peux pas m'empêcher de rappeler que l'assimilation implicite entre savoir et biens matériels est préparée de longue date par un certain nombre de penseurs et/ou idéologues contemporains. Entre autres exemples, le messianisme libéral de Michel Serres, par exemple. Dieu de la communication, Hermès est aussi la divinité de l'échange et de l'argent. Voir à ce sujet mon étude "Hermès ou le mythe de l'essence française" (site Polart, rubrique : "Textes").

b/ "la prise de risque" : un condensé de l'éthique libérale, tournée vers l'action, l'aventure, l'entreprise, la "création", qui devrait contraster - évidemment - avec la frilosité, la peur, le conformisme et le traditionnalisme comportemental, mental, social et économique des français. Dont la gauche serait le réservoir dogmatique et idéologique actuellement. Il est curieux de voir combien ces deux expressions combinées donnent à l'ouverture de ce Rapport l'allure du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert.

Scholie 1 : lors d'un chat récent, réalisé dans le journal "Libération", Jacques Attali répondait à un jeune doctorant issu du CNRS qui contestait la pertinence des contrats de 4 ans renouvelables proposés par le Rapport pour redynamiser la recherche en France. Le doctorant y voyait une précarisation supplémentaire du statut des chercheurs, et envisageait pour cette raison de partir aux USA. Et à l'évidence, cette proposition accélérera la "fuite des cerveaux". Réponse : fausse route, ces contrats sont renouvelables et peuvent aller jusqu'à 12 ans (3 x 4 ans) ... Et ils sont nécessaires pour que chaque chercheur apprenne à se remettre en cause.

Scholie 2 : Evidemment, il est hors de propos d'envisager ce qui peut se passer au-delà de ces 12 années. Il est cependant intéressant de voir que le pouvoir envisage ainsi sous la forme d'un Rapport une législation directe et externe de ce qui caractérise l'éthique même du chercheur : "se remettre en cause". Son activité critique même. C'est la menace la plus pesante. D'où la nécessité à nouveau du chantier "Débat et démocratie".

Scholie 3 : On dira qu'incontestablement une telle position participe de la part de la Commission d'une très grave méconnaissance sinon même d'une négation du métier de chercheur. Et de son activité. Soit. Il reste que le diagnostic d'une sclérose institutionnelle se vérifie dans l'université de jour en jour. Elle ne saurait se régler politiquement, il y faut justement une réinvention des champs, des disciplines, une refondation des épistémologies, etc. Mais la sphère politique profite aussi de l'académisme règnant du système universitaire.

Ce phénomène semble particulièrement sensible dans l'espace des sciences humaines, lettres et langues. Au point que, si je regarde ma discipline, la littérature française, on en vient à défendre contre les agressions du législateur les vieilles "humanités", et dans des termes et des catégories absolument impensables il y a une trentaine / quarantaine d'années. Antoine Compagnon en est l'emblème. Apre défenseur du savoir classique, de la littérature toujours destinée à une fonction morale, civique et éducative, et bien entendu... premier (r)allié du pouvoir en place dans nos institutions républicaines. (A ce sujet, voir mon étude à paraître "De la critique au consensus : l'effet Antoine Compagnon" in S. Martin & J. Roger, La Critique, pour quoi faire ?, Le Français d'aujourd'hui, 160, Paris, Armand Colin, 2008). Cette apologie réactive et défensive des "humanités" est non seulement une illusion historique mais surtout un piège idéologique.


Scholie 4 : L'académisme a des effets plus pervers et retors. On s'interroge peu sur les raisons d'être de la sclérose institutionnelle. Derrière le réflexe corporatiste, silence absolu sur les modalités de recrutement qui, dans les dernières années, ont amplement contribué à ce marasme intellectuel, réseaux, localisme et népotisme en tête refoulant aux marges les chercheurs de qualité et les novateurs. La génération qui a aujourd'hui entre 30 et 35 ans est à ce titre largement sacrifiée. J'en témoigne à l'échelle de ma propre université, qui en est une illustration presque caricaturale. S'il est vrai que les nouveaux critères prévus par la LRU laissent la porte grande ouverte au clientélisme, celui-ci trouvera en vérité un terrau déjà favorable. De fait, les principales instances, Conseil d'Administration, directions d'UFR, Présidence, ne sont pas hostiles à la loi Pécresse. Le syndicat majoritaire dans cet établissement appelait récemment à une forme de défiance vis-à-vis des textes ministériels, s'offrait même à défendre les intérêts de la corporation tout en promettant d'"éclairer" le mieux possible les décisions du Président aux seules fins d'éviter toute espèce de dérive arbitraire. Il ne remettait donc nullement en cause les orientations du Ministère. Après l'éloge du despote éclairé, on ne peut pas faire plus Ancien Régime. Il est vrai que ce sont les mêmes responsables qui agissent au sein des défuntes Commissions de Spécialistes, à la tête des UFR, au sein des trois Conseils, et qui comptent pourtant parmi les éléments les plus faibles et les plus médiocres en matière de recherche. La recherche, ils la gèrent idéologiquement. Et cette idéologie est le substitut même d'une éthique de la connaissance.




Politique du savoir, suite

Le Rapport Attali, produit des travaux de la Commission pour la libération de la croissance française, publié en version papier sous le titre 300 décisions pour changer la France (La Documentation française, XO éditions, 2008 donc - 330 p.), est également téléchargeable sur le site de la Commission - accompagné d'un mot de son Président et autres documents environnants.
On peut noter pour commencer les deux premières des "20 décisions fondamentales" (pp. 250-252) :

Ambition 1. Préparer la jeunesse à l'économie du savoir et de la prise de risque.
Décision fondamentale 1. Se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l'écriture, le calcul, l'anglais, le travail de groupe et l'informatique.
Décision fondamentale 2. Constituer 10 grands pôles d'enseignement supérieur et de recherche autour de 10 campus, réels et virtuels, fixant les conditions d'excellence de l'ensemble du système de formation supérieur et de recherche.

Pour lire le Livre vert sur l'évolution du métier d'enseignant, ou Rapport de la commission Pochard (daté de janvier 2008), rendu aujourd'hui à Xavier Darcos, voir le document téléchargeable (271 p.) sur le site du Ministère de l'Education.
On peut également lire le discours du Ministre, prononcé aujourd'hui 4 février 2008.

03 février 2008

ATTENTION - REPORT DE DATE : SEANCE "DEBAT ET DEMOCRATIE"

Chers bloggers, chers polarts,

La séance initialement programmée pour le samedi 9 février 2008 autour de "Débat et démocratie", en partant spécialement des récents Contre-réactionnaires de Taguieff, est finalement reportée. Nous nous excusons pour cette annonce tardive, et les désagréments occasionnés.

Cette séance est donc repoussée au samedi 15 mars 2008. Horaires et lieux seront communiqués ultérieurement.

Avec nos excuses renouvelées, très cordialement.

02 février 2008

Mediapart menacé de perdre son nom

Pour information.
Mediapart, http://www.mediapart.fr/contenu/le-projet qui est un projet de site d'information sur le Web (mené par Edwy Plenel ; le lancement du site aura lieu le 16 mars), projet se revendiquant comme critique d'un journalisme actuel, et pour un journalisme indépendant et participatif, vient de se faire attaquer en justice par une holding belge, Média-Participations (qui regroupe 40 marques, dont notamment les éditions de bande dessinée Dargaud et Dupuis, et publie aussi dans le domaine de la vie pratique et de la religion), pour contrefaçon. "Nous accusant de contrefaçon de marque, elle (Média-Participations) demande à la justice, par l'intermédiaire de ses avocats, de nous interdire tout usage de la dénomination MediaPart, d'imposer le transfert à nos frais du nom de domaine mediapart.fr à la société Média-Participations et de nous condamner à lui verser un total de 90 000 euros. Ce n'est pas indemnité, c'est une rançon". http://www.mediapart.fr/atelier-journal/article/01022008/peine-ne-mediapartfr-est-menace-d-interdiction-devant-la-justice

26 janvier 2008

A lire

Françoise Asso revient sur le traitement médiatique de la LRU. C'est dans le blog Contre Journal de Libération:
http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/01/relents-dormeta.html

Pour Olivier en particulier cet entretien de Finkielkraut au même quotidien, où l'on apprend que la démocratie
est "sortie de son lit" et a "envahi" des espaces où elle n'a rien à faire, l'école et la culture, que les universités sont des "abattoirs", que la civilisation est "une lumière qui clignote et menace de s'éteindre" et que pour sauver la langue française "il faut planter les talons dans le sol". Les métaphores successives de l'invasion, de la mise à mort industrielle du bétail étudiant, de la nuit de la culture et du Boden heideggerien sont aussi belles que cette admirable formule : "on est toujours le réactionnaire de quelqu'un". C'est ici :
http://www.liberation.fr/transversales/weekend/306200.FR.php

25 janvier 2008

Art, politique et post-modernisme

http://www.paris-art.com/art/a_editos/d_edito/numPage/1/Une-Republique-postmoderne-222.html

L'analyse est un peu simple, mais elle est intéressante parce qu'elle revient à poser la question de la culture comme articulation entre le politique et l'artistique.

24 janvier 2008

Chantier Débat et démocratie

Trois documents importants pour le chantier Débat et démocratie, tous constitués par Jean-François Savang, viennent d'être mis en ligne sur le site Polart :

  • bibliographie autour des "nouveaux réactionnaires"
  • archive des textes, articles et notices produits lors de la controverse de 2002 et à sa suite
  • notice contextuelle sur Pierre-André Taguieff, pour fond de lecture des Contre-réactionnaires.
Lien direct : page Dossiers .

Henri Meschonnic, Ethique et politique du traduire

Compte rendu dans Fabula

http://www.fabula.org/revue/document3778.php

20 janvier 2008

Chantier Débat & démocratie : 9 février 2008

Chers tous,
en préparation de la séance Débat et démocratie programmée la matinée du samedi 9 février prochain à Paris, je vous prie de bien vouloir m'indiquer qui voudrait réserver un temps de parole pour une intervention - reprenant les choses à partir de la lecture des Contre-réactionnaires de Taguieff, ou développant une des lignes individuelles de réflexion qui ont été tracées.
Réponses avant le samedi 2 février svp, pour que je puisse constituer et diffuser un programme - merci d'avance.

Séminaire Diversité des langues - vend. 25 janvier

Le séminaire Diversité des langues, séminaire commun aux groupes IndeA (Rennes 2) et le Texte étranger (Paris 8), et consacré cette année à la question : "Quelle 'société de la connaissance'? Vocabulaire et institution", tiendra sa deuxième séance vendredi 25 janvier, 17h30-20h, à l'université Paris 8 - rendez-vous salle B 344.
(L'argumentaire est disponible sur internet : http://polartnet.free.fr/textes/chantiers_polart/Seminaire_Diversite_des_langues_2007.pdf )

Au programme de cette séance :
1. Claire Joubert (Paris 8) : "Ce que fait un angliciste"
2. Chloé Laplantine (Paris 8) : "Emile Benveniste, Le Vocabulaire des institutions indo-européennes."
Le Vocabulaire des institutions indo-européennes d’Emile Benveniste est une histoire des idées. A travers quelques thématiques telles l’institution du " pouvoir ", du " droit ", de la " religion "..., et par l’examen du " vocabulaire ", Benveniste travaille à mettre au jour une histoire du vivre indo-européen. Les institutions qu’observe Benveniste étant le continu de l’institution d’un monde, d’un vivre dans son originalité et sa radicale nouveauté, en cela ne se distinguent pas d’une aventure de la connaissance. " C’est ce qu’on peut dire qui délimite et organise ce qu’on peut penser " écrit Benveniste en 1958 dans " Catégories de pensée et catégories de langue ", définissant le travail d’une histoire des idées, d’un sens du sens, et établissant qu’il n’y a de réel que représenté, institué dans un discours.

Nous nous réjouissons à l'avance de vous retrouver pour entamer cette nouvelle année.
Bien à vous,
Emilienne Baneth-Nouailhetas
Claire Joubert

19 janvier 2008

Ils avaient déjà commencé à disparaître en se transformant en leurs propres statues, auxquelles une époque rendait un culte.

Je cherche à répondre à Arnaud, à propos de ce Jackobson folkloriste méconnu que je disais. Je ne trouve pas encore le temps pour cette réponse. Pour le moment, je donne à relire "Mort de Jackobson", qu'H. Meschonnic avait écrit en 1982 dans Libération. Je réponds donc bientôt. Chloé

Henri Meschonnic (Libération, 29 juillet 1982)

Mort de Roman Jakobson

Le linguiste qui vient de mourir n'était pas seulement célèbre parmi ses pairs. Avec Lacan et Lévi-Strauss, il fut l’un des trois mousquetaires du structuralisme triomphant (qui bien sûr étaient quatre avec Barthes). Lumineux linguiste et fou de poésie, Roman Jakobson installa son campement sur la frontière : au mont de la poétique. Pour Libération, Henri Meschonnic, familier de ce paysage, commente les traces laissées par Jakobson.

« Ce siècle s’en va. De disparition en disparition, ceux qui l’ont fait ne meurent pas, mais s’effacent. On ne sait ce qui précède, leur mort ou leur effacement. Ils avaient déjà commencé à disparaître en se transformant en leurs propres statues, auxquelles une époque rendait un culte. Barthes, Lacan. Comme les chahuts dadaïstes sont devenus des œuvres complètes, et des valeurs en salles des ventes.Avec Roman Jakobson (né en 1896), c’est un peu de la jeunesse vieillie du XXe siècle, qu’il tenait vivante en lui, qui s’en va. Roman Jakobson a représenté plus que tout autre, non seulement la linguistique, pour les linguistes et pour les non-linguistes, mais une double image des sciences humaines : celle de l’interdisciplinarité, et celle du primat de la linguistique à l’époque structuraliste. Un modèle épistémologique. Et un moment dans l’histoire des stratégies.C’est que Roman Jakobson n’est pas seulement un linguiste. C’est peut-être d’abord, de sa jeunesse à son grand âge, un futuriste qui est resté futuriste. Il n’y revient pas seulement dans ses derniers dialogues comme on revit son passé en vieillissant. II y insiste sur son intimité avec la peinture et les peintres futuristes, avec Malevitch, la poésie et les poètes du futurisme russe, parce qu’il ne s’est jamais départi du simultanéisme ébloui qui mêlait, au début de ce siècle, l’art et la science, les jeux de langage et de formes avec la popularisation de la relativité selon Einstein. Qu’il expliquait à Maïakovski. Ce futur a été son passé et son présent. C’est ce qui fait le caractère synthétique de son œuvre, son enthousiasme séducteur, la vitalité de son contact personnel, dont témoigne Krystina Pomorska, dans les derniers Dialogues, et les effets de charme de sa pensée. Lui qui a toujours vu en Khlebnikov, avec sa mystique des nombres, le plus grand poète du siècle, lui qui a écrit, après la mort de Maïakovski, " Sur une génération qui a dilapidé ses poètes ”, c’est le même qui donne pour homogènes la linguistique, la poétique, l’anthropologie, la théorie de l’information, la théorie de la traduction, les mathématiques, la psychologie, la biologie, la sémiotique. Il a fait une poésie de la linguistique autant qu’une linguistique de la poésie.Ses transhumances décrivent le paysage et l’histoire de la pensée du langage et de la littérature en ce siècle. Du Cercle linguistique de Moscou en 1915 au Cercle linguistique de Prague, puis à Columbia, à New York, pendant la guerre, et à Harvard et au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), son trajet représente plus qu’une série de migrations, il totalise et confisque presque, à son profit, le formalisme russe, le structuralisme linguistique de Prague, et la tension tenue entre linguistique et littérature, linguistique et anthropologie. Ce que marquent successivement ses liens avec Maïakovski, Troubetzkoy, Lévi-Strauss. Sa personnalité a absorbé le structuralisme au point qu’il en a été peut-être le représentant le plus illustre, au-dessus de toute analyse critique. Linguiste, mais philologue aussi, écrivant sur et en plusieurs langues, mais slavisant d’abord, son installation en Amérique n’a fait que marquer son caractère de grand européen. Non seulement parce que sa culture est pan-européenne, et aussi, pour l’essentiel, s’y limite, mais parce que les problèmes théoriques qu’il pose sont ceux d’une linguistique européenne.Jakobson a été l’incarnation du triomphalisme structuraliste, son moment le plus beau. Sa conférence de 1960, « Linguistique et poétique » (dans Essais de linguistique générale, chapitre XI) en est tout entière un chef d’œuvre, se terminant sur ce ramassé d’utopie : “ Chacun de nous ici, cependant, a définitivement compris qu’un linguiste sourd à la fonction poétique comme un spécialiste de la littérature indifférent aux problèmes et ignorant des méthodes linguistiques sont d’ores et déjà, l’un et l’autre, de flagrants anachronismes ” (p. 248). L’exemple célèbre en a été en 1962, avec Claude Lévi-Strauss, l’analyse des « Chats » de Charles Baudelaire (reprise dans Question de poétique).En incluant la poétique (c’est-à-dire l’analyse de ce qu’il y a de spécifique à la littérature) à l’intérieur de la linguistique, Jakobson donnait toute son autorité à la réduction formaliste de la littérature : l’analyse linguistique de la poésie non seulement restait dans le dualisme de la forme et du sens, mais renforçait, par son allure scientifique, une notion formelle de la poésie. Rendant invisible la contradiction par laquelle la linguistique, avec des concepts linguistiques, ne peut pas analyser la poésie, mais ne peut y voir que des formes linguistiques, qui présupposent une idée rhétorique de la poésie. Toute une époque a suivi. La scolarisation de ce structuralisme lui a assuré en extension ce qui lui manquait en compréhension. Le règne des structures a été, et est encore, celui des parallélismes, des enchâssements, des figures d’inclusion. D’où un triple glissement, de la poétique à la rhétorique, de la rhétorique à la stylistique, de la linguistique à la stylistique. Pourtant, plus que tout autre linguiste du XXe siècle, Jakobson a mis ainsi la poétique au centre des questions du langage. Le paradoxe de la poétique de Jakobson est de montrer les enjeux de la littérature sans pouvoir les dire - à moins de sortir de la linguistique. Aussi le modèle des six fonctions du langage, chez Jakobson, qui a le grand mérite d’interdire les réductions antérieures de la poésie à l’émotion (et le binaire poésie-émotion, prose-raison discursive) laisse-t-il la poésie dans un rapport ambigu à la “ fonction poétique ”, qui se manifeste aussi bien dans un slogan publicitaire. La perfection même des analyses structurales a mené le modèle structuraliste aux limites, reconnues depuis longtemps, des absences du sujet et de l’histoire.À la présence de la poésie dans le langage a correspondu celle de la poétique dans la linguistique. C’est sans doute ce qui compte, plus que le choix d’une poésie formalisée, sonnets ou poésie formulaire, qui restreint la poésie à une poésie, comme il restreint la poétique à une poétique. C’est le cadre et les limites de sa perfection dans l’analyse structurale. L’effort de scientificité bute sur les limites mêmes que suppose sa notion de la poésie, aussi la reproduction n’en est-elle pas tant une extension qu’un épigonalisme. Son extension est sa mise à l’épreuve. Sa continuité est dans sa critique.L’invention des concepts, chez Jakobson, s’est faite sur l’enjeu de la poésie : aussi bien le renouvellement de la métaphore et de la métonymie (et leur opposition plus sérieuse qu’efficace), que la notion de poésie de la grammaire. Mais si la poésie a une telle place, chez Jakobson, c’est qu’elle n’est pas séparable d’un enjeu plus important encore, et dont on dirait qu’elle le cache en le manifestant.En poétisant la pensée du langage, autorisant toute une époque à prendre Mallarmé et Artaud pour des théoriciens du langage, Jakobson menait, à travers la littérature, un combat qui déborde le théorique, contre Saussure. Là, comme pour tout linguiste, la représentation de Saussure est révélatrice. Et les héritiers l’ont encore simplifiée. Saussure est sommairement, représenté comme chez Bakhtine, par l’abstraction de la langue. Par là, I’enjeu est arbitraire du signe linguistique, c’est-à-dire le non-rapport originel du langage à la nature et des mots aux choses. Et tout l’itinéraire de Jakobson est marqué par un mouvement de plus en plus fort vers le rapport naturel des mots et des choses. Ce mouvement situait sa référence à la sémiotique de Peirce, jouée contre la linguistique le Saussure (par exemple dans « À la recherche de l’essence du langage » , dans « Problèmes du langage », Diogène n°51, Éditions Gallimard, 1966). Jusqu’à s’appuyer sur Joseph de Maistre (dans Main Trends in the Science of Language, New York, Éditions Harper, 1973),Cette poussée vers la motivation-nature est une stratégie qui se livre à travers la recherche du langage, en montrant que son enjeu la déborde L’enjeu est l’historicité du langage, des sujets, des sociétés, des valeurs. Et Jakobson, par sa lutte et ses arguments contre l’arbitraire du signe, permet profondément une alliance entre la linguistique et la phénoménologie, heideggérienne en particulier. Il maintient, sous couvert de science, un irrationalisme du rythme – sa continuité futuriste – qui n’a que la métrification pour garde-fou. Ce qui situe le privilège des métriques. C’est une pensée analogique, par Jakobson, en particulier, qui s’est étendue jusqu’à représenter une époque : analogie entre la linguistique et la biologie, révélatrice plus que toute autre, à travers la science cybernétique et la notion de code génétique, du rêve théologique qui continue de régir l’union des mots et des choses, le religieux dans le langage et dans le politique. Les problèmes techniques du langage y ont leur extension maximale.Jakobson les a portés à leur extension maximale. C’est plus par là que par la variété de ses recherches, de l’aphasie au folklore, qu’il a été de ceux qui font une époque. Mais la donne change sans cesse. Les programmes s’inaccomplissent. La maîtrise est sans doute l’identification totale d’une histoire et d’une question, et quel que soit son sens, par-delà tout hommage, par delà le musée, c’est la force de Jakobson. »

08 janvier 2008

Chantier Débat et démocratie

Information plus précisément adressée à MB:

je viens de trouver cette référence sur le site http://www.nybooks.com/articles/318:

The New-York Review of Books, Volume 46, Number 17, November 4, 1999, "The Decline and Fall of Literature"

avec, dans la liste des ouvrages commentés: The Death of Literature, by Alvin Kernan, Yale University Press, 230 pp.

LRU suite : Les forums de Paris 8

Je reçois à l'instant cette information, sur une nouvelle initiative de Paris 8 :

Les deux coordinations nationales de la lutte contre la loi LRU (étudiants et personnels) auront lieu à Paris 8, le 12 et 13 janvier. Personnels: amphi D. Etudiants: amphi X.

LES FORUMS DE PARIS VIII:
UNIVERSITÉ EN LUTTE CONTRE LA LRU
LA PENSÉE EN MOUVEMENT !
L'université Paris 8 Vincennes-Saint Denis vous invite à une série d'ateliers-débats avec des chercheurs, artistes, réalisateurs, écrivains français et internationaux qui viennent soutenir le mouvement. Ces forums marquent notre opposition aux réformes actuelles et repenseront la place de l'université dans la société.
Venez participer aux débats, avec:
Susan George, le lundi 14 janvier, 14h, Amphi X.
Luc Boltanski, le mercredi 16 janvier, 10h, Amphi X.
Seront aussi présents dans les prochaines semaines, entre autres : Tariq Ali, Mickaël Löwy, Judith Butler, Christophe Charles, Brian Holmes, Ignacio Ramonet, Loïc Wacquant.

information : http://universiteparis8engreveactive.org/

27 décembre 2007

Chantier Débat & démocratie

Un rapide compte rendu de la séance "Débat et démocratie" du 16 décembre dernier, qui réouvrait ce chantier Polart par la lecture et discussion des Contre-réactionnaires. Le progressisme entre illusion et imposture, de Pierre-André Taguieff (Denoël, 2007).

. présentation de notes de lecture par Gérard Dessons, Katalin Kovacs et Claire Joubert - notes qui seront mises en ligne sur le site Polart prochainement, comme le seront également trois documents préparés par Jean-François Savang : bibliographie autour des "nouveaux réactionnaires" ; dossier des textes parus dans la presse lors de la controverse autour du livre de Lindenberg (Le Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Seuil, 2002) ; et présentation de P.-A. Taguieff, dessinant un contexte pour la lecture.

. discussion sur le projet du livre : la remise des textes est fixée pour le 15 janvier 2009, les prochaines séances de travail restant prévues les 9 février et 7 juin 2008. Aux contributions déjà prévues (voir la présentation générale sur le site) viennent s'ajouter trois nouvelles propositions : Mireille Bousquet (sur le phénomène de l'adieu à la littérature dans les lettres françaises contemporaines : W. Marx, T. Todorov, ...), Olivier Kachler (sur Alain Finkielkraut), et Katalin Kovacs (sur la situation politico-culturelle hongroise contemporaine, ou sur un point de l'histoire française du pamphlet).

18 décembre 2007

Un nouveau coup d'histoire de la littérature française

Jamais l'histoire littéraire ou l'histoire de la littérature (est-ce la même chose ?) n'aura été aussi visible au plan éditorial. A signaler donc la récente parution de deux épais volumes sous la direction de Jean-Yves Tadié, appuyé par une équipe de chercheurs presque exclusivement rattachés à la même institution, l'Université de Paris IV-Sorbonne :

La Littérature française - dynamique et histoire, Paris, Gallimard, "Folio-Essais", 2007, 1694 p.

t. I : Moyen Age, par J. Cerquiglini-Toulet ; XVIe siècle, par Franck Lestringant ; XVIIe siècle par E. Bury et G. Forestier.

t. II : XVIIIe siècle, par M. Delon ; XIXe siècle, par F.Mélonio, B. Marchal, J. Noiray ; XXe siècle par A. Compagnon.

13 décembre 2007

Jakobson...

Je voudrais répondre à l'intéressant commentaire qui a été fait du texte de GD à propos de style et manière dans le cas célinien. Le report qui est proposé à partir du schéma de la communication est assez singulier. Mais sans doute manque-t-il d'être développé, et il faudrait demander à son auteur d'en dire davantage.

La première difficulté qui s'élève est que le schéma jakobsonien hérite d'un modèle de la communication qu'il n'a pas lui-même inventé. Les notions d'émetteur et de récepteur, qui appartiennent déjà aux théories de l'information (avec ce qui s'y ajoute, le bruit, le code) ne sont pas des catégories porteuses en soi de spécificité pour une pensée du langage et de la littérature. Elles supposent une structure bipolaire entre les deux personnes de la communication, bien étrangère à la conception du sujet, intersubjectivité et transsubjectivité mêlées, qui est à l'oeuvre poétiquement dans le concept de manière. Notamment par ses bases du côté de la théorie de l'énonciation et de l'individuation linguistique développées chez Emile Benveniste. (Avec ce fait aujourd'hui, qu'une théorie linguistique de la communication peut difficilement se dispenser d'une théorie de l'énonciation)

La deuxième est liée au message, qui laisse croire au primat du contenu et du signifié, selon le vieux schéma dualiste du signe, occultant la part du signifiant de facto. Est-ce qu'une oeuvre littéraire est un message, peut s'appréhender sous cet angle ?

La troisième est que si "le style est inhérent au message", alors tout message aurait du style, ce qui met en cause la notion même de valeur, que promeuvent en premier lieu la plupart des stylisticiens. Le cas Bally étant plus complexe. Je déduis logiquement du propos l'implicite, mais je le pose ici en forme de question.

Pour le coup, il conviendrait peut-être de revenir à Jakobson lui-même lorsqu'il se demandait : "Qu'est-ce qui fait d'un message verbal une oeuvre d'art ?"

Sincèrement.

11 décembre 2007

Céline, Sarkozy, le style et la manière

"M. Sarkozy aime citer cette phrase de Louis-Ferdinand Céline : "Le style c'est final"." (Philippe Ridet, Le Monde, 09/02/07)

Le style comme finalité installe l'esthétique en lieu et place de l'éthique. En politique comme en poétique: "Je ne suis pas un homme à idées. Je suis un homme à style" (Céline, "Ma grande attaque contre le verbe", 1957). L'émotion, alors, remplace la réflexion: "Mon truc est de faire du vécu émotif, je fais passer l'émotion dans le langage écrit" ("L'art nous est hostile", 1958).

Cette partition entre l'esprit et le corps, le concept et le percept, le signifié et le signifiant, le sens et le rythme, c'est l'état du langage auquel concourt le style en tant que concept de l'individuation pérennisant le modèle du sujet cartésien. Simplement, en l'occurrence, le modèle est inversé: "Les idées, rien n'est plus vulgaire" ("Ma grande attaque contre le verbe"). Ce dandysme qui prône une aristocratie de la jouissance est clairement lié au mépris de la chose intellectuelle. Pour maintenir cette anthropologie réversible, la théorie du langage, politiquement et poétiquement, a besoin du style.

L'"homme à style" sait qu'il a un style. Il le soigne ("Je passe des années à faire des choses très fines" ("L'art nous est hostile"). Le problème, c'est qu'en tant que sujet de son langage, il ne peut pas être dans le style qu'il se donne, même s'il (pense qu'il) le vit, précisément parce qu'il se le donne. Le style chez Céline participe d'une éthique de l'apparence. L'apparaître y est la mise en scène dans le langage d'un être fantasmé.

Le sujet d'un discours n'est pas dans le style, il est dans la manière. C'est là, en retrait de la scène stylistique, que le sujet du langage se constitue: "J'écris dans une sorte de prose parlée, transposée. Je trouve cette manière plus vivante." (Lettre à Léon Daudet, non datée). Ici, dans cette poétique, la "sorte de prose parlée, transposée", c'est le style. La manière, c'est d'avoir ce style.

10 décembre 2007

Note éditoriale

Au titre de la responsabilité éditoriale du blog qui m'a été confiée par le comité scientifique de Polart, je retire de la publication pour la seconde fois ici un document dont la diffusion contrevient à la fois aux règles dont le comité scientifique de Polart s'est doté, au terme d'un travail de discussion collective longue et approfondie, et au principe scientifique du réseau. Côté principe : la force et les outils du réseau sont à la disposition de tous les membres pour des seules fins scientifiques, qui continuent par ce fait-même à construire le collectif de travail. Côté règle : on ne dispose pas individuellement d'un document qui appartient à la délibération du comité, et certainement pas sans son accord.

09 décembre 2007

Dossier LRU - état du 9 décembre 2007

Un nouvel état du dossier LRU (9 décembre) est maintenant en ligne sur le site Polart, toujours à partir de la rubrique Chantiers. Les modifications concernent pour l'instant principalement l'architecture du dossier. La suite à venir.
Lien direct : http://polartnet.free.fr/textes/chantiers_polart/DossierLRU9dec2007.rtf.

07 décembre 2007

Marcel Gauchet - lui toujours et encore

Deux récentes publications à verser au dossier "Débat et démocratie - à partir des "nouveaux réactionnaires", et pour cause :
- L'Avènement de la démocratie, t. I "La Révolution moderne", Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque des sciences humaines, 2007.
- L'Avènement de la démocratie, t. II, "La crise du libéralisme", id.

Information Polart

Chers tous (bis), 


Olivier KACHLER

A le plaisir de vous inviter à la soutenance de sa thèse
Effectuée sous la direction de Gérard DESSONS et intitulée


     Théories et poétiques de l'inconnaissable dans les symbolismes français et russes

Le vendredi 14 décembre, 14h.
Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Bâtiment A, salle A-010
(métro Saint-Denis Université, ligne 13)


Le jury sera composé de Messieurs les Professeurs 
Jean-Louis BACKÈS (Paris 4)
Gérard DESSONS (Paris 8, directeur)
Jean-Yves MASSON (Paris 4) 
  Henri MESCHONNIC (Paris 8)



Vous êtes cordialement invité au pot qui suivra la soutenance


Olivier Kachler - 7, rue Henri Ranvier, 75011 Paris - kachlero@free.fr - 01 43 71 46 97

06 décembre 2007

Traduction des Ecrits de Saussure

A noter : la publication, en juillet 2006, de la traduction anglaise des Ecrits de linguistique générale, de Saussure, chez Oxford University Press : Writings in General Linguistics, traduction de Carol Sanders et Matthew Pires.

Table des matières :
Pt. 1. On the dual essence of language (from the orangery manuscripts)
Pt. 2. Miscellany and aphorisms
Pt. 3. Further reflections on general linguistics
Pt. 4. Notes for the course in general linguistics
A Saussure bibliography 1970-2004 by Matthew Pires and Carol Sanders


La 4ème de couverture :
Ferdinand de Saussure's Cours de linguistique générale was posthumously composed by his students from the notes they had made at his lectures. The book became one of the most influential works of the twentieth century, giving direction to modern linguistics and inspiration to literary and cultural theory. Before he died Saussure told friends he was writing up the lectures himself but no evidence of this was found. Eighty years later in 1996 a manuscript in Saussure's hand was discovered in the orangerie of his family house in Geneva. This proved to be the missing original of the great work. It is published now in English for the first time in an edition edited by Simon Bouquet and Rudolf Engler, and translated and introduced by Carol Sanders and Matthew Pires, all leading Saussure scholars. The book includes an earlier discovered manuscript on the philosophy of language, Saussure's own notes for lectures, and a
comprehensive bibliography of major work on Saussure from 1970 to 2004.

It is remarkable that for eighty years the understanding of Saussure's thought has depended on an incomplete and non-definitive text, the sometimes aphoristic formulations of which gave rise to many creative interpretations and arguments for and against Saussure. Did he, or did he not, see language as a-social and a-historical? Did he, or did he not, rule out the study of speech within linguistics? Was he a reductionist? These disputes and many others can now be resolved on basis of the work now published. This reveals new depth and subtetly in Saussure's thoughts on the nature and complex workings of language, particularly his famous binary oppositions between form and meaning, the sign and what is signified, and language (langue) and its performance (parole).

28 novembre 2007

Conférence-débat sur la loi LRU - 5 déc., 15h, P8

A l'initiative de la présidence de Paris 8 :

Conférence-débat à Paris 8 - « La loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités » (LRU)
Mercredi 5 décembre 2007, à 15h00 (Amphi D)
Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis
2, rue de la Liberté – SAINT-DENIS

Le Président de l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, Pascal BINCZAK, a le plaisir de vous inviter le 5 décembre, de 15h00 à 18h00, à une conférence-débat sur la loi dite LRU, relative aux libertés et responsabilités des universités.
Cette rencontre ouverte au public a pour but de débattre des orientations d’une loi envers laquelle la communauté universitaire exprime depuis quelques semaines une hostilité croissante.
La conférence-débat proposée par l’Université Paris 8 sera l’occasion d’évoquer les nécessaires transformations de l’université et de conduire une véritable analyse, minutieuse et contradictoire, sur les différents aspects de la loi qui suscitent interrogations et inquiétudes : gouvernance de l’université, engagement de l’Etat, gestion des ressources humaines, avenir de la recherche et des filières de formation supérieure, etc.

Entre autres intervenants :

Bertrand Monthubert, Président de l’association Sauvons la Recherche !
Jean FABBRI, Secrétaire Général du SNESUP-FSU
Jacqueline HEINEN, Présidente de la CP-CNU
Christophe CHARLE, Président de l’ARESER
Claude CONDE, Président de l’Université de Besançon Franche-Comté

Contact : Mariannick SEROT
01 49 40 66 85 / mariannick.serot@univ-paris8.fr

27 novembre 2007

Journée "Université critique" - samedi 1er déc.

Programme de la journée « Université critique pour tous » Paris VIII Vincennes St Denis
1er décembre 2007 :

Dans le cadre de la mobilisation pour l’abrogation de la loi dite « Libertés et Responsabilités des Universités » et afin de favoriser l’implication des personnels universitaires dans celle-ci, les initiateurs de « l’Appel de Paris 8 » contre la LRU, - pétition qui à la date du 26 novembre a déjà recueilli plus de 500 signatures-, organisent une journée « Université critique pour tous » le samedi 1er décembre 2007, à :Université Paris 8Métro Saint-Denis Université (ligne 13)Amphithéâtre D (bâtiment D)
(plan sur le site internet de l’université : http://www.univ-paris8.fr/article.php3?id_article=227)
Cette journée de réflexion et de mobilisation a vocation à aller plus loin que la seule critique de la LRU et à commencer à envisager des réformes alternatives. Elle s’organisera autour de courtes interventions de 20 minutes qui donneront lieu ensuite à des débats.

9h30-13h La révolution managériale des universités en Europe
- La politique universitaire européenneRoser Cusso, maître de conférences en sociologie, Paris 8
- Le financement des universitésFrédéric Boccara, économiste, INSEE
- Le statut des personnelsCendrine Berger et Christophe Poret, personnels BIATOSS Paris 8

Quelles missions pour l’université ?
- Le principe d’université comme droit inconditionnel à la critique, Plinio Prado, maître de conférences en philosophie, Paris 8
- La politique de la «qualité » dans les universités, Sandrine Garcia, maître de conférences en sociologie, Paris 9 (sous réserve)

Pause déjeuner

14-17h - Recrutements, pédagogie et réussite des étudiants
- Recrutement et rôle des enseignants chercheurs, Xavier Dunezat, professeur de sciences économiques et sociales en lycée, ancien maître de conférences en sociologie (Lille 1)
- Evolution des formations et des diplômes, Stéphane Bonnéry, maître de conférences en sciences de l’éducation, Paris 8
- L’échec en premier cycle : une fatalité ? Stéphane Beaud, professeur de sociologie, Ecole normale supérieure

La recherche et les services publics au péril de la marchandisation
- La perte d’autonomie de la recherche publique, Cédric Lomba, Chargé de recherche en sociologie, CNRS
- Marchandisation et services publics, François Castaing, PRAG, UFR TES, Paris 8

***

Vers le printemps des universités européennes :
Cette journée « Université critique pour tous » a vocation à être le prélude d’autres journées de réflexion. En effet, et grâce notamment à la mobilisation étudiante contre la LRU, l’Université française est entrée dans un intense processus de réflexion. Ainsi les pétitions, textes de fond, initiatives relatifs au fonctionnement comme aux missions de l’Université française se multiplient chaque jour. C’est pourquoi les initiateurs de « l’Appel de Paris 8 » envisagent de monter au printemps 2008 un colloque international rassemblant des universitaires ainsi que des étudiants venant de différents pays européens afin de faire le point sur les systèmes d’enseignement supérieur et proposer des alternatives à l’échelle européenne.
Pour tout renseignement concernant cette initiative et la journée « Université critique pour tous» écrire à : p8_contre_la_lru@yahoo.fr
Pour lire le texte de « l’Appel de Paris 8 » et signer la pétition : http://contrelalru.webfmr.com/

26 novembre 2007

Débat loi LRU - liens

.Cet item du blog a pour objet de constituer un recueil et index de liens dont nous avons connaissance vers les sites et les documents en ligne participant aux débats actuels sur la nouvelle réforme des universités. C'est le pan électronique du dossier loi LRU Polart, en complément à la documentation texte en cours de compilation dans le dossier "Loi LRU - situation de l'université, politique de la recherche" consultable sur le site Polart.

1. documents officiels

2. sites proposant des débats loi LRU et participant au recueil des documents

  • Pour une université démocratique. Site mis en place par l'équipe web du SNESup, dès juillet 2007, pour mettre à disposition informations et analyses syndicales, et fédérer la mobilisation contre la loi LRU. Le site est très riche : suivi des textes, actions et mobilisations, déclarations et motions, initiatives sur le web. Il héberge également la pétition dite "Appel des Cordeliers", lancée dès l'été 2007 à l'initiative de l'intersyndicale Enseignement Supérieur Recherche. Un formulaire est proposé pour s'inscrire au site pour contribuer aux débats ou faire passer des informations sur l'état des mobilisations dans les établissements et les collectifs.
  • volet loi LRU de la documentation SNESup : très fouillé et riche. Une visite régulièrement est indispensable pour un suivi détaillé.
  • Avenir de l'université - Paris 8 dans le débat. "Blog des personnels de l'université Paris 8 en lutte contre la loi LRU et pour un accroissement de la logique de service public d'enseignement supérieur et de recherche". Un travail de suivi des débats : textes d'analyse de la loi, appels de différents collectifs et instances, situation dans les universités, mobilisation étudiante à P8.
  • SLR - site de l'association Sauvons la Recherche. Une liste de diffusion est associée au site, l'inscription se fait sur la page d'accueil.
  • wiki Réforme de l'université. Rassemble quelques liens vers les textes légaux régissant la situation antérieure à la loi LRU, et vers les sites des syndicats mobilisés.
  • UNEF : Dossier spécial réforme université. Dont un rappel du calendrier du vote de la loi, depuis l'élection présidentielle du 6 mai 2007, et une série d'articles et de documents.

3. textes, analyses et documents - débats loi LRU

  • Appel de l'Université de Paris 8 Vincennes - Saint-Denis (16 nov. 2007). Texte rédigé par un groupe des sociologues de P8, en soutien à la mobilisation étudiante, et qui a fonctionné comme base pour l'article du Monde du 19 nov. 2007 et pour l'organisation de la journée "Université critique" à Paris 8, samedi 1er décembre.
  • Universités, le grand soir. Un film "cinessai" (68’) proposé par L'Autre campagne et Sauvons la recherche Paris. Réalisé par Thomas Lacoste. (La diffusion électronique de ce film est autorisé par les auteurs, qui demandent en contrepartie la mention suivante : Pour soutenir cette initiative et les futurs opus de la série "Réfutations" vous pouvez acheter le DVD 12 € (frais de port inclus) paiement en ligne http://www.lautrecampagne.org/ ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. )

4. mobilisations

5. questions élargies et enjeux

  • repenser l'université : Paris 8 Autrement - site du collectif universitaire de Paris 8. L'initiative de cette réflexion sur l'université française, au-delà de la seule situation de Paris 8, a donné lieu à la rédaction d'une série de textes de fond, puis à la préparation d'Etats Généraux, tout au long de l'année 2006-2007. Le compte rendu de ces travaux est consultable en ligne, dans le site des Etats Généraux. Le collectif est également à l'origine de l'organisation de la journée "Université critique pour tous", programmée pour le samedi 1er décembre 2007 à Paris 8. Les interventions présentées seront mises en ligne prochainement sur le site du Mensuel de l'Université - site qui est en lui-même un foyer de réflexion sur l'université à dimension nationale et pluridisciplinaire (voir le projet éditorial du Mensuel).
  • financements des universités : Vie universitaire, n° 110. "Le mensuel professionnel de l'enseignement supérieur, des universités, des écoles et de la recherche". Dossier du n° 110 : "Comment boucler son budget : la solitude du coureur de fonds" "La recherche de fonds : bientôt une norme pour les universités ?" - "Des examples français", "Le cas de l'Angleterre", "Le statut des fondations" - pp. 26-27). Dans le même numéro, un dossier "Loi sur l'autonomie des universités : la parole à l'opposition parlementaire" (pp. 18-20), et recension de L'enseignement supérieur, une compétition mondiale ? (Revue internationale d'éducation, n°45, septembre 2007, Sèvres, CIEP)
  • situations à l'étranger : la présidente de Harvard University s'engageait, dans son discours d'investiture du 12 octobre 2007, pour défendre l'enseignement supérieur américain contre la quantification comptable des savoirs et contre la réorientation des missions des universités vers la formation de la main d'oeuvre nécessaire à la mondialisation. La loi dite "LRU" et le "modèle anglo-saxon" : Anne E. Berger (Centre d'Etudes féminines et d'études de genre, Paris 8 ; Département d'études romanes, Cornell University), commente le recours à l'argument du modèle américain pour les choix de politique universitaire dans la situation française.

6. dans le sens de la réforme

  • "Lettre aux éducateurs". N. Sarkozy Président de la République écrit aux enseignants à la rentrée scolaire 2007, ce texte daté du 4 septembre. S'y inscrit une conception de l'articulation entre la "société de la connaissance" (donnée comme condition de la société contemporaine), la culture générale, et l'éducation. Un contexte est ainsi situé pour la question de la fonction de l'université dans la société visée par cette orientation politique.
  • L'économie de l'immatériel et la croissance de demain. Rapport de la Commission sur l'économie de l'immatériel, dit Rapport Lévy-Jouyet (rendu le novembre 2006 - 184p). Un tour d'horizon massif qui rassemble informations et analyses d'un état du marché et des sociétés, sur fond de mondialisation post-industrielle, et donnant matière pour une politique européenne de la connaissance confortant l'orientation de la "stratégie de Lisbonne".
  • "Stratégie de Lisbonne". Objectif stratégique fixé par le Conseil européen de Lisbonne (2000), visant à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Objectifs : "préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance, au moyen de politiques répondant mieux aux besoins de la société de l’information et de la recherche et développement, ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l'innovation et par l'achèvement du marché intérieur ; moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en luttant contre l’exclusion sociale ; entretenir les conditions d’une évolution saine de l’économie et les perspectives de croissance favorables en dosant judicieusement les politiques macroéconomiques." [je cite ici les termes du résumé disponible en wiki]

25 novembre 2007

Coordination "Sauvons l'université"

Je transmets :

Appel des enseignants-chercheurs - « Sauvons l'Université »
A l'appel des collègues de Paris-8 signataires de la tribune « Les présidents d'université ne parlent pas en notre nom : pour une université collégiale » (Le Monde, 21 novembre 2007), des professeurs des universités, maîtres de conférences, ingénieurs de recherche, chargés de recherche et BIATOSS issus des universités Aix-Marseille-1, Besançon, Caen, Dijon, Grenoble-3, Orléans, Paris-1, 3, 4, 6, 7, 8, 9 et Rouen, ainsi que de l'EHESS se sont réunis à Paris-7 le samedi 24 novembre 2007.
Ils ont décidé de créer un site internet et une coordination intitulés « Sauvons l'université ». Le site abritera notamment une pétition reprenant le texte de l'article du Monde légèrement retouché, afin de recueillir des signatures de tous les membres de la communauté universitaire (en précisant les statuts de chacun pour compter à part les personnels, les doctorants et les simples étudiants). Le site de SLR [Sauvons la Recherche] reprendra lui aussi ce texte, avec un lien vers le site de « Sauvons l'Université ».
4 coordinateurs ont été désignés : Bertrand Guillarme (Paris-8), Alexis Grélois (Rouen), Annliese Nef (Paris-4), Jean-Pierre Vallat (Paris-7). Les collègues de Paris-8 se chargent de l'élaboration du site internet. D'autres collègues contacteront les syndicats et les étudiants.

Prenant la mesure de l'opposition à la loi LRU, les participants ont insisté sur la nécessité de faire entendre la voix de l'ensemble des personnels universitaires, aux côtés des étudiants, face à l'omniprésence du discours de certains présidents d'université. Tous ont insisté sur l'urgence d'une mobilisation visible des enseignants-chercheurs, chercheurs, administratifs et techniciens, tant dans les conseils des universités que dans les assemblées générales et les manifestations en cours, en élaborant par exemple des banderoles et des mots d'ordre communs. Même dans l'éventualité d'un reflux du mouvement des étudiants, qui n'est évidemment pas souhaitable, la mobilisation, la recherche de milliers de signatures et la circulation de textes courts d'intervention sur la loi, avec des contre-propositions, seront utiles.
Ils soulignent la nécessité de suspendre l'application de la loi et ils invitent les différentes instances à se prononcer en ce sens en refusant de mettre en place les nouveaux statuts et conseils des universités. Un modèle de résolution sera mis en ligne.
Une réunion commune avec SLR aura lieu le jeudi 29 novembre 2007 de 12h à 14h, probablement à Paris-6, sur le site de Jussieu (amphi à préciser).
Ils appellent le gouvernement et les présidents d'université à engager enfin une large concertation avec toute la communauté universitaire et scientifique, afin d'élaborer la loi de programmation nécessaire pour pallier le manque de moyens de l'enseignement supérieur et la réforme dont l'université a tant besoin. Ils estiment nécessaire une réflexion d'ensemble sur le système d'enseignement supérieur et de recherche et mettent en place des groupes de réflexion auquel tous les membres de la communauté universitaire sont conviés, et qui portent entre autres sur les thèmes suivants (susceptibles d'évoluer) :
1. Gouverner l'université
2. Financer l'université
3. Procédures de recrutement et statuts des personnels
4. Pédagogie
5. Recherche
6. Les universités dans le système de l'enseignement supérieur : classes préparatoires, grandes écoles, organismes, agences et universités

Aux malveillants

La LRU, dans le bon ordre, bien sûr...

La RLU ou la "quarantaine" du sens. Réflexions sur un micro-événement et son récit : la coordination nationale étudiante à Lille

LA « QUARANTAINE » DU SENS OU L'HISTOIRE EN COURS D'UNE CONTESTATION.


C’est un de ces récits courts comme il en fourmille en ce moment, un de ces fragments qui fabriquent l’opinion et le consensus. Je relis cette après-midi l’article du Monde du 24/11/07, que PMA nous a communiqué hier à propos de la coordination étudiante de Lille contre la RLU, dite Loi Pécresse. Je le cite en entier, on pourra le comparer avec la version disponible dans Libération. Avec la même source, le jeu des calques et des répétitions, les variantes témoins des sensibilités idéologiques. Les mêmes non dits et tâches aveugles devant l’événement :

L'Unef claque la porte de la coordination nationale étudiante contre la loi Pécresse
LEMONDE.FR avec AFP 24.11.07 20h38 • Mis à jour le 24.11.07 20h39
Les délégués de l'Unef ont quitté, samedi 24 novembre, la coordination nationale étudiante contre la loi sur l'autonomie des universités à Lille, en raison des tensions y régnant. Selon une porte-parole de l'Unef, une cinquantaine d'étudiants sur les 150 délégués présents ont refusé de siéger plus longtemps au sein de la coordination, qui doit se tenir jusqu'à dimanche, plusieurs militants de ce syndicat représentatif ayant été exclus d'entrée samedi de l'assemblée.
Les organisateurs reprochent notamment à l'Unef d'être dans une démarche de négociation avec le gouvernement. "Il y a un refus de l'organisation de la coordination à propos des négociations. C'est pour cela qu'ils refusent notamment des délégations du mouvement", a déclaré la porte-parole. "On appelle les AG à continuer à se mobiliser mais on considère que cette coordination n'est plus représentative du mouvement", a noté la représentante de l'Unef. D'après elle, "le point de clivage est sur la reconnaissance des syndicats étudiants représentatifs et sur le fait que ces syndicats vont négocier avec le gouvernement pour obtenir de meilleures conditions de vie étudiantes".
MÉFIANCE VIS-À-VIS DES MÉDIAS
La quatrième coordination nationale étudiante contre la loi sur l'autonomie des universités s'est ouverte samedi après-midi à l'université de Lille I (Sciences et technologies), en présence de quelque 300 délégués étudiants de toute la France. Les étudiants, venus de 67 universités et IUT, doivent débattre pendant deux jours pour définir leurs revendications. Mais cette quatrième édition s'ouvrait dans un contexte particulier. En effet, la coordination a toujours réclamé une abrogation de la loi Pécresse, en estimant cette demande "non négociable". Mais l'Unef, qui ne réclame pas le retrait du texte, avait jugé jeudi "un retour à la normale envisageable" dans les universités si le gouvernement ouvre des discussions et offre des "réponses satisfaisantes".
Comme lors des précédentes coordinations, la méfiance vis-à-vis des médias était très forte, des étudiants se montrant même parfois agressifs verbalement. Les journalistes étaient invités à rester dans une salle, rebaptisée par certains jeunes salle de "quarantaine". Après quatre heures d'attente sans pouvoir dialoguer avec des membres de la coordination, plusieurs médias ont décidé de ne pas la couvrir. "L'Unef refuse de cautionner cette ambiance très tendue et très violente à la fois vis-à-vis des délégations des étudiants et de la presse", a affirmé la porte-parole. Elle a précisé que les délégations jugées "litigieuses" ou "fausses" étaient rassemblées dans une salle où était inscrit sur le tableau noir "Bienvenue au goulag".
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L’événement n’est pas séparable de ses discours. Et une corrélation évidente s’établit entre la situation qui est faite aux médias, notamment la presse, et la parole qui vise à construire les faits.

La première caractéristique du récit est la dramatisation. Elle apparaît dans le titre « L’Unef claque la porte de la coordination nationale étudiante ». Elle insiste sur la fissure du front de la contestation contre la RLU, avec ce présupposé : l’Unef reste le syndicat qui jouit le plus d’une forte représentativité au sein de la base étudiante, problème relayé par le fait que l’Unef oppose cette même représentativité aux délégués présents dans cette coordination : « On considère que cette coordination n'est plus représentative du mouvement ». La scène des revendications a désormais cédé la place à la problématique du pouvoir : une division attendue et même espérée par le Ministère et le Président de la République qui refusent de revenir sur une loi adoptée, l’été dernier, devant la Représentation Nationale. La deuxième caractéristique est l’énonciation. Et le poids accrû du discours rapporté, qui ne s’explique pas seulement par l’usage des sources journalistiques et l’exclusion des médias au moment où se réunissait la dite coordination. Il n’est jamais question que de « porte-parole ». Récit désincarné et anonymé, qui met au jour le problème de la démocratie et du lien binaire, dualiste, entre représentants et représentés. Qui parle au nom de qui ? Mais cette question, essentielle dans l’expression syndicale, engage en vérité le statut du discours journalistique et son reportage des faits.

La troisième caractéristique est symbolique. En effet, ce récit est l’histoire d’une exclusion, de l’Unef mais aussi du monde journalistique. Parallèle appuyé. L’article ne se prive pas de rappeler le mot emblématique alors employé : « Les journalistes étaient invités à rester dans une salle, rebaptisée par certains jeunes salle de “quarantaine” ». Là encore, les auteurs du propos n’ont guère d’identités, ils sont différenciés au plan générationnel : « certaines jeunes ». Le terme quarantaine se charge, en l’occurrence, de toutes ses valeurs dans le domaine pathologique : entre protection et contagion. De fait, l’ostracisme des journalistes, perçu comme injuste et brutal, voire incompréhensible, redouble celui de l’Unef, les deux protagonistes “malheureux” s’inscrivant alors dans le même camp : « L’Unef refuse de cautionner cette ambiance très tendue et très violente à la fois vis-à-vis des délégations des étudiants et de la presse ». Ce qui a de lourdes conséquences sur la position implicitement adoptée par l’article devant les enjeux du mouvement. Et une traduction politique immédiate : « Bienvenue au goulag ». En résumé : le geste violent d’exclusion ne peut être le fait que d’une poignée de minoritaires radicaux, gauchistes partisans d’une terreur et d’une pratique totalitaire.

La quatrième caractéristique est l’inversion. De la « quarantaine » au « goulag », l’article ne cesse de suggérer qu’en excluant les délégués de la coordination s’excluent de même. De fait, ils sont immédiatement sanctionnés : « Après quatre heures d’attente sans pouvoir dialoguer avec des membres de la coordination, plusieurs médias ont décidé de ne pas la [la coordination] couvrir ». Mais lesquels ? Et à en croire le verbe utilisé, « dialogué », le lecteur est convaincu que ces médias étaient tous de bonne foi : sensibles à l’échange des informations, et disposés à rendre compte du débat et des enjeux du mouvement de contestation. À ceci près que la décision de ne pas « couvrir » l’événement pour certains d’entre eux a une autre portée : elle est là pour rappeler à la coordination dans son intolérance supposée ou avérée qu’en excluant elle se condamne à dépérir. À travers le récit postérieur aux faits, Le Monde et ses concurrents leur opposent implicitement le pouvoir de visibilité et d’audibilité qui est le propre de la machine journalistique aujourd’hui. Il n’est pas d’Événement ni d’Histoire qui ne supposent cette médiation nécessaire.

Un problème subsiste néanmoins, le fait que ces pratiques se sont déjà répétées « comme lors des précédentes coordinations ». Des journalistes s’en étaient déjà plaints à Rennes il y a quelques semaines. Derrière l’exclusion se joue pourtant autre chose, de bien plus fondamental. Je proposerai : une raréfaction du discours, qui alimente inversement le jeu des propos rapportés dans l’article. C’est-à-dire avant tout le refus de produire un sens consensuel. La « méfiance vis-à-vis des médias » va à l’encontre de leur pouvoir de dire l’événement. Mettre en quarantaine les discours officiels, légitimement soupçonnés pour la plupart, et Le Monde en tête, d’être largement complices de la politique gouvernementale, et d’être sans distance favorable au bonapartisme libéral, c’est aussi réaffirmer le besoin d’être les propriétaires du sens de l’événement que l’on est en train de produire et de vivre. Du moins de ne pas en être dépossédés. C’est réaffirmer qu’on est encore acteur du sens.

À ce titre, l’enjeu dépasse de loin les clivages idéologiques, l’anticapitalisme frontal et le gauchisme, spectres bien utiles qui ne sont certes pas étrangers à la réalité mais que les défenseurs de la LRU agitent sans cesse. L’enjeu porte sur la potentialité critique du mouvement, et ses virtualités conflictuelles vis-à-vis des forces qui contribuent au nom de la liberté, du dialogue, du respect, de la démocratie, à « un retour à la normale ». En toute hypothèse, et avec prudence, il me semble que c’est ce que rend lisible l’article en ses interstices et ses failles idéologiques, si je le prends comme archive du temps et parole sur l’actualité. Avec ce risque supplémentaire que cette proposition rapide d’analyse peut aussi contribuer à dérober ou à dissimuler le sens – pluriel – de l’événement et de l’action, en mettant fin quelque part à sa quarantaine comme je viens de le faire.

24 novembre 2007

Journée "Université critique" : Paris 8, 1er décembre

Je transmets cette annonce, concernant le débat actuel autour de la loi LRU, circulant sur la liste de diffusion Coordination universitaire - liste d'information des personnels de l'enseignement suprieur et de la recherche :

Journée du 1er décembre : suites de l'appel de Paris 8

A la suite de l'appel de Paris VIII contre la LRU, nous avons prévu une journée de réflexion et de mobilisation pour aller plus loin que la seule critique de la LRU et envisager des réformes alternatives. Sous l'intitulé provisoire "Sauver et transformer l'université critique", cette journée aura lieu le samedi 1er décembre à l'université Paris VIII.
Nous avons envisagé une liste de thèmes qui n'est pas limitative, notamment en mettant l'accent sur les "points chauds" de la réforme :
- missions de l'université et "professionnalisation"
- recrutement et services des enseignants chercheurs
- financement de l'université
- réussite

Nous avons ensuite pensé élargir ce programme, en lien avec la garantie d'une université critique pour tous :
- à la question des transformations actuelles de la recherche et ses liens avec l'enseignement supérieur
- à l'articulation entre enseignement secondaire et enseignement supérieur
- à la défense, plus largement, de la fonction publique (statuts et missions)

Si cette initiative vous intéresse, n'hésitez pas à nous le faire savoir ainsi qu'à la faire connaître autour de vous : p8_contre_la_lru@yahoo.fr
Davantage d’informations sur : http://avenirup8.canalblog.com/

23 novembre 2007

Appel Polart : textes sur la LRU

Chers tous,
il me semble qu'il serait intéressant de rassembler les textes analytiques (et textes de mobilisation aussi, bien qu'ils aient bien sûr un autre statut et une autre fonction) produits actuellement dans le travail de résistance à la loi LRU, et d'en faire un dossier pour le site Polart. Qu'en pensez-vous? J'ai gardé ceux qui circulent émanant de Paris 8 et des diverses listes de diffusion de Sauvons la recherche, la Coordination des universités, Multitudes, etc. Vous en avez certainement engrangé d'autres, y compris les tribunes récentes dans Le Monde, Libé, etc.
Qui d'entre vous aurait envie de se joindre à moi pour rassembler ces textes et en organiser une archive ? ça pourrait d'ailleurs ouvrir un chantier Polart suivi sur la politique de la recherche et de l'enseignement supérieur - discussion possible sur cette idée au prochain rdv Polart, le 16 décembre ?

21 novembre 2007

Différence des langues - B. Cassin, 13 décembre

Une séance de travail intitulée "Le chantier de la différence des langues. Au sujet du Vocabulaire européen des philosophies et de sa transposition/traduction vers d’autres langues", proposée par Barbara Cassin, aura lieu le 13 décembre 2007, de 14h à 18h, à la Maison de l’Europe de Paris (35 rue des Francs-Bourgeois, 75004 Paris, M° saint Paul, Inscription : debat@paris-europe.eu). Je reproduis le programme tel que je l'ai reçu :

Comment peut-on traduire des systèmes de pensée les uns vers les autres? Quelles sont les difficultés, les « os » ? Les « restes » ? Comment ces expériences conduisent-elles à mieux saisir les rapports de traduction /intraduisible à l’intérieur de l’Europe, mais aussi entre l’Europe et ses autres ?

Première séquence : le pari d’une mise en traduction du Vocabulaire européen des philosophie
Barbara CASSIN (philologue, philosophe et directrice de recherche au CNRS) et Etienne BALIBAR (philosophe, professeur émérite des Universités).

Deuxième séquence : les défis d’une traduction
Ali Ben MAKHLOUF, professeur de logique et de philosophie arabe à l’université de Nice-Sophia Antipolis et Ahmed ALAMI, professeur de philosophie à l’université Ibn Tufayl de Kénitra

Troisième séquence : les défis d’une traduction vers l’ukrainien et le russe
Constantin SIGOV, professeur de philosophie à l’Académie de Mohula à Kiev et Georges NIVAT, professeur à la faculté de lettre à Genève (sous réserve)

A noter également JEUDI13 DÉCEMBRE/20H/CONFÉRENCE / entrée libre
Quand L’Europe a mal Proposée par Barbara CASSIN
Saudade, Sehnsucht, Spleen, Dor, Nostalgie: comment parlent les Européens de cet état où l’âme et le corps sont en désordre ? Lorsque ça va mal, est-ce la même chose à Paris, Bucarest, Vienne ou Porto ? Comment cet état se manifeste-t-il dans les textes philosophiques et poétiques de langues et de cultures différentes ?
Avec la participation de Fernando SANTORO(Brésil), AncaVASILIOU (Paris)
Lectures par Christel WILLEMEZ.
01 42 71 44 50 / http://www.ccsparis.com/
Lieu: Centre culturel suisse de Paris, 38, rue des Francs Bourgeois (au fond du passage).

Parution : 20 ans de vie politique & intellectuelle

La revue Lignes (fiche d'identité : "Art . littérature . philosophie . politique") sort ce mois de novembre un n° 23-24 spécial anniversaire, intitulé Vingt années de la vie politique et intellectuelle, qui s'ouvre par une histoire de la revue par son créateur et directeur Michel Surya.
Textes de D. Bensaïd, M. Abensour, E. Balibar, B. Noël, etc. (22 textes au total, 470p.), + le sommaire des 60 (car il y a eu deux séries, et une suite de trois éditeurs) premiers numéros de Lignes : 1987-2007.
La revue dans l'histoire intellectuelle, et l'histoire éditoriale de la revue à l'intérieur de ce contexte, donc.

La rhétorique de dupe ou le mensonge d'Etat

En fait de discours politique, pleinement circonstanciel, daté d'aujourd'hui, 21 novembre 2007, celui de Mme la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, dans la page "Rebonds" de "Libération", également lisible comme "Tribune" sur le site de son ministère. En voici le lien : http://www.liberation.fr/rebonds/292709.FR.php. On se délectera de l'emploi du syntagme, stratégiquement disposé, de "des étudiants et des enseignants-chercheurs farouchement attachés à leur indépendance", dans la mesure où :
a) la question de la recherche brille pas son absence, et ce silence est en lui-même instructif sinon édifiant ;
b) où l'autonomie conçue par le pouvoir comme autarcie financière, en légitimant un véritable flicage de la recherche, son étatisation optimale, a gravement remis en cause l'autonomie comme spécificité scientifique dans la loi promulguée le 10 août 2007.

20 novembre 2007

Discours politiques

Les Editions indépendantes annoncent la sortie d'un CD :

" 60 ANS DE DISCOURS POLITIQUES
De Mendes-France à Sarkozy..., l'occasion d'apprécier, dans le brouhaha ambiant, l'évolution de la rhétorique politique, notamment dans ses rapports aux médias...
Reunies sur un CD, 60 années d'actualité socio-politique divisées en cinq grandes périodes :
- Le temps des orateurs (De Gaulle, Malraux, Mendès-France,...),
- Le temps des expertises (Chaban Delmas, Pompidou, ...),
- Le temps des conversations de salon (Giscard d'Estaing, Chirac, ...),
- Le temps des secrets partages (Mitterrand, Balladur, Jospin,...),
- L'opinion souveraine, le temps des falsifications (Coppé, Royal, Sarkozy,...).
Des documents en contre-point qui situent ces joutes rhétoriques dans leurs contextes, et illustrent sans parti pris l'evolution des idées, des valeurs, et des rapports de pouvoir...

1CD - Format MP3
Tarif grand public : 15 EUR - Remise Education Nationale (étudiants, enseignants) : - 15 %
En savoir + - Commander: http://www.edindependantes.biz/achat/produit_details.php?id=8&catid=13 "

Universités, le grand soir

http://www.lautrecampagne.org/ pour regarder le film.

"Un film (68’) proposé par L'Autre campagne et Sauvons la recherche ParisRéalisé par Thomas Lacoste
Régulièrement les gouvernements de droite comme de gauche rêvent de prendre le contrôle sur l’Université et de transformer la Recherche en un vaste bureau d’études. Cette fois l’attaque est particulièrement brutale. Profitant de la crise profonde qui frappe des établissements universitaires dépourvus de moyens et confrontés à un afflux sans précédent d’étudiants, le gouvernement souhaite instaurer un système inégalitaire, localiste, autocratique, de plus en plus dépendant de la commande publique et privée.Dans ce film cinessai, chercheurs, enseignants, syndicalistes viennent démonter les pièges d'une réforme rétrograde et rappeler quelles sont les conditions de production et de transmission d'un savoir universel accessible au plus grand nombre qui devraient guider une réforme réellement progressiste de l'Université.

Avec par ordre d’apparition :- Christian de Montlibert, sociologue, professeur émérite à l’Université Marc Bloch de Strasbourg (CRESS), directeur de publication de la revue Regards sociologiques et président de l’Association des amis d’Abdelmalek Sayad. Auteur de Savoir à vendre : l’enseignement supérieur et la recherche en danger (Raisons d’agir, 2005);- Anaïs de Courson, comédienne;- Christophe Charle, historien, professeur à l'Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et à l'Institut d'étude politiques de Paris, membre de l'Institut universitaire de France, directeur de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC-CNRS-ENS) et président l'Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche (ARESER);- Jacqueline Heinen, sociologue, professeure à l'Université de Versailles, présidente du Conseil d'administration de la CP-CNU (Conférence permanente du Conseil national des universités), membre du laboratoire Printemps (CNRS) et co-directrice de la revue Cahiers du Genre;- Eric Herbert, physicien, post-doc au Laboratoire ondes et acoustiques (LOA-ESPCI) à l'Université Denis Diderot - Paris VII;- Sophie Pochic, sociologue, chargée de recherche au CNRS, Centre Maurice Halbwachs (EHESS-ENS) et membre du Conseil d'administration de Sauvons la recherche Paris;- Daniel Steinmetz, chimiste, ingénieur de recherche au Laboratoire de Génie Chimique de Toulouse, élu au Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT) et au Conseil d'administration du CNRS;- Bernard Convert, sociologue, chargé de recherche au CNRS au Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (CLERSE) à l'Université de Lille I. Auteur de Les impasses de la démocratisation scolaire : Sur une prétendue crise des vocations scientifiques (Raisons d’agir, 2006);- Hélène Combes, politiste, chargée de recherche au CNRS (CRPS) à l'Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) et membre Sauvons la recherche Paris;- René Bagorski, conseiller confédéral CGT chargé des activités de la formation initiale et continue;- Frédéric Neyrat, sociologue, maître de conférences à l'Université de Limoge (GRESOC) et membre de l'ARESER. Co-auteur de Universitas Calamitatum, Le livre noir des réformes universitaires (Editions du Croquant, 2003) et Pour l’éducation permanente (Syllepse, 2005)." Nous vous invitons à faire connaître et circuler le film "Universités, le grand soir". Il peut être publié sur des sites internet. Nous vous demandons cependant une seule mention obligatoire : Pour soutenir cette initiative et les futurs opus de la série "Réfutations" vous pouvez acheter le DVD 12 € (frais de port inclus) paiement en ligne http://www.lautrecampagne.org/ ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. "

19 novembre 2007

Séminaire Actualité critique - D&D : 16 décembre

chers tous,
les réponses que j'ai recueillies jusqu'ici me permettent d'abord de confirmer la date du dimanche 16 décembre pour le séminaire Actualité critique, et d'ébaucher un premier programme : ont annoncé qu'ils participeront Arnaud, Pascal Maillard, Gérard, Katalin, Olivier, et moi. Nous nous retrouverons le matin, disons 10h-13h, le lieu restant à confirmer (Olivier nous a proposé l'hospitalité), puis pourrons déjeuner ensemble.
La matinée fonctionnera par simple tour de table, à partir de la lecture des Contre-révolutionnaires, de PA Taguieff - sa première partie, " Fabrication d'une légende : les 'nouveaux réactionnaires' ", en particulier. Chacun pourra donc disposer d'un petit quart d'heure pour une première présentation/réaction. Je vous propose, pour engager le travail discursif en profondeur et en dimension publique, de préparer des notes de lecture que nous pourrons mettre en ligne dans le Dossier du séminaire après la séance.
Evidemment toute nouvelle proposition de participation est la bienvenue.
amitiés,
Claire

18 novembre 2007

De la langue française

Retour sur le numéro 144 du Débat, avril 2007, qui en plus d'une série d'articles sur Les Bienveillantes, contient un dossier autour des Conversations sur la langue française de Pierre Encrevé & Michel Braudeau.
- Bentolila, Ne confondons pas variété et inégalité linguistiques !
- Jean-Marie Borzeix, Pour prolonger la conversation.
- Jean-Claude Chevalier, « La seule manière de défendre la langue, c'est de l'attaquer ».
-Erik Orsenna, Lettre à Pierre Encrevé et Michel Braudeau.
- Pierre Encrevé, Le salut par la littérature.
- Michel Braudeau, La défense par l'illustration.
- Henriette Walter, Présence des langues régionales.
- Paul Bogaards, Le château de cartes de la défense de la langue .
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Cette archive est évidemment à verser au dossier - à mes yeux hélas ! invisible dans Polart (à plusieurs reprises nous avons signalé des ouvrages, numéros de revues ou nous avons débattu autour de ces questions) - sur la "langue française".
Question qui, en elle-même, ne saurait évidemment être cloisonnée, et doit être mise en rapport avec les réflexions épistémologiques et critiques sur les comparatismes linguistiques, et toute la problématique des langues/cultures/traductions (Baneth & Joubert), celles-ci bien vivantes sur le blog et le site.

Revue - A noter

Critique n° 726, Les Editions de Minuit, novembre 2007.

Contributions de :
- Michel Serres : Peut-on dire encore le pouvoir spirituel ? Bruno Latour et Pasquale Gagliardi, Les Atmosphères de la politique.
- Alain Roger : La mémoire et l'histoire. Mémoires allemandes (sous la dir. d'Étienne François et Hagen Schulze). L'Italie par elle-même. Lieux de mémoire italiens de 1848 à nos jours (sous la dir. de Mario Isnenghi). Les Lieux de mémoire (sous la dir. de Pierre Nora).
- Jean-Louis Jeannelle : La poétique de la mémoire selon Susan Suleiman. Susan Rubin Suleiman, Crises of Memory and the Second World War.
- Nicolas Weill : Théologies politiques d'aujourd'hui.
- Sophie Nordmann, Du singulier à l'universel. Serge Margel, Le Silence des prophètes.
- Frédérique Mérie : Sous le lien du temps, Hélène Cixous et Pierre Pachet. Hélène Cixous, Hyperrêve. Pierre Pachet, Devant ma mère.
- Daniel Grojnowski : Atget, artisan photographe et auteur d'avant-garde. Atget, une rétrospective.
- Antoine Compagnon : Nazisme, histoire et féerie. Retour sur Les Bienveillantes de J. Littell.

16 novembre 2007

Correctif : sur le 'mouvement ridicule et odieux' des étudiants d'après Finkielkraut

Pour le lien audio, cliquez : http://podcast.blog.lemonde.fr/files/2007/11/finfel.1194873337.mp3

"La liberté de ton" du réactionnaire ou le bruit de chiottes d'Alain Finkielkraut

Extrait audio disponible sur le blog du "Monde", http://www.lemonde.fr/web/blogs/0,39-0,48-0,0.html

Invité de France Inter samedi dernier, Alain Finkielkraut , polémiste multi-récidiviste, n’aura pas manqué cette polémique-là. Les étudiants grévistes sont, non seulement des idiots qui n’ont rien compris, mais ils sont aussi un danger pour notre République. Pour le philosophe, la loi Pécresse sur l’autonomie des universités est indispensable pour sauver nos “universités clochardisées”.

14 novembre 2007

Colloque Traduction, traductions - EA 1569, Paris 8

Nouvelles indications logistiques pour ce colloque où doivent intervenir deux membre de Polart, Mireille Bousquet sur Beckett ("L'auto-traduction et la question de l'éthique du traducteur : le cas de Samuel Beckett", vendredi 16 nov., 17h30) et Claire Joubert (au sein d'une table ronde intitulée "L'Acte de traduire", jeudi 15 nov., 9h) ; annonce transmise par Noëlle Batt, organisatrice du colloque :

Compte tenu du bloquage de l'université aujourd'hui (13-11) et de l'incertitude de la situation pour les jours à venir, le colloque international de l'EA 1569 : "Traduction, traductions : confrontation, négociation, création" se tiendra le jeudi 15 et le vendredi 17 novembre dans les locaux du Musée d'Art et d'Histoire de St-Denis, 22bis, rue Gabriel Péri, St-Denis.
Le Musée est à 5 minutes à pied de la station de métro Porte de Paris (Ligne 13, trains signalisés en bleu). En voiture, il faut prendre l'autoroute A1 à la Porte de la Chapelle et sortir à la première sortie, direction Porte de Paris; prendre ensuite la direction du Théâtre Gérard Philippe (et non de St-Denis centre).
Le musée étant fermé le samedi matin, soit nous retournerons pour la journée du samedi 17 novembre à l'université (amphi D 003) si celle-ci est accessible, soit nous commencerons le samedi à 14h au musée et nous entendrons les communications prévues pour la journée en écourtant les tables rondes.
Je vous prie d'excuser ces ajustements de dernière minute et vous remercie de votre compréhension.
Bien cordialement,
Noelle Batt - 06-83-52-32-18

Séminaire Diversité des langues

Le séminaire Diversité des langues et poétique de l'histoire, projet commun à IndeA (groupe de recherche sur l'Inde anglophone, Rennes 2), le Texte étranger (groupe de recherche en littérature anglaise, Paris 8), et Polart - poétique et politique de l'art (réseau transdisciplinaire), reprend ses travaux à cette rentrée 2007.
Cette collaboration, initiée en 2005-2006, ouvrait les travaux avec un programme de lecture collectif sur un ensemble de textes explorant les enjeux de l'historicité du langage, dans les rapports entre la diversité des langues et la littérature - pour un travail critique sur la philosophie de l'histoire, réinterrogée par le poème. Une chronique bibliographique des travaux du séminaire est en ligne sur le site Polart.

La question au programme de cette année : "Quelle société de la connaissance? Vocabulaire et institution". L'argumentaire complet est consultable sur le site Polart.
La première séance du séminaire se tiendra le vendredi 30 novembre, 17h30-20h, à l'université Paris 8 (M° Saint-Denis Université, rdv salle B 344). Les interventions prévues feront la transition entre le programme engagé précédemment - diversité des langues et poétique de l'histoire donc - et les nouvelles questions vers lesquelles nous orientons la réflexion : Pascal Michon (Polart) sur Gadamer et les langues, Yves Abrioux sur Benjamin avec Deleuze, et E. Baneth-Nouailhetas et C. Joubert : introduction à la problématique de l'année.
Deux autres rendez-vous sont prévus : les vendredis 25 janvier 2008 et 18 avril, 17h30-20h, à Paris 8.
En espérant vous retrouver à cette occasion, et concevoir avec vous la suite des travaux de l'année.
Bien à vous,

Emilienne Baneth-Nouailhetas et Claire Joubert

13 novembre 2007

A signaler

La Lettre et l'image. Nouvelles approches, numéro 54 de Textuel, Université de Paris 7, organisé par le Centre d'étude de l'écriture et de l'image (dir. Anne-Marie Christin).

10 novembre 2007

A quoi sert l'identité nationale ? Noiriel à Compagnie

je transmets cette annonce :

Rencontre : A quoi sert l'identite nationale ?

Gérard Noiriel montre que la logique identitaire, née au XIXe siecle, a constamment alimenté les discours nationalistes. Organisee encollaboration avec le Comite de Vigilance sur les Usages de l'Histoire(CVUH), rencontre avec Gerard Noiriel sur "A quoi sert l'identite nationale ?", mardi 20 novembre a 18h Librairie Compagnie, 58 rue des ecoles, 75005 Paris
Information :01 43 26 45 36, libcompagnie@wanadoo.fr.

La question de l'identite nationale a ete remise au centre de l'actualite politique par Nicolas Sarkozy pendant la campagne electorale des presidentielles. Devenu chef de l'Etat, celui-ci a cree un ministere del'Immigration et de l'Identite nationale ce qui est un fait sans precedent dans l'histoire de la Republique francaise. Huit historiens ont aussitot demissionne de la Cite nationale de l'histoire de l'immigration, estimant que cet intitule ne pouvait que conforter les prejuges negatifs a l'egard des immigres.
Gerard Noiriel montre que la logique identitaire, nee au XIXe siecle, aconstamment alimente les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des annees 1980, c'est Jean-Marie Le Pen qui a popularise, dans l'espace public, l'expression '' identite nationale '' pour stigmatiser les immigres. Analysant les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des elements pour eclairer les nouvelles strategies aujourd'hui a l'oeuvre dans le champ politique.
Historien, directeur d'etudes a l'EHESS, president du Comite de vigilance sur les usages de l'histoire (CVUH), Gerard Noiriel est membre demissionnaire du conseil scientifique de la Cite nationale de l'histoire de l'immigration.
Premier titre de la collection "Passe et Present" (collection du CVUH) lire le manifeste du CVUH : http://cvuh.free.fr/spip.php?article5 En librairie depuis le 26 octobre 2007, Editions Agone.

Enseignement supérieur : financiarisation, compétition

Je reçois ceci par circulaire mail :

Voilà un document qui va mettre de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent vigoureusement la loi sur l’autonomie des universités, en tant qu’elle remet en cause le caractère de service public des universités et l’égalité entre les établissements (du point de vue des dotations de l’Etat).
Pour bien apprécier la portée du message du directeur de Sciences Po Paris, il faut savoir que Sciences Po est un établissement géré par une fondation de droit privé depuis 1946 et qu’à ce titre il est une préfiguration ancienne de ce que vont (ou risquent de) devenir les plus grandes de nos universités. Sciences Po a donc une longueur d’avance et compte bien en profiter. Il y a donc fort à parier que les autres universités n’auront d’autres choix que de créer à leur tour leurs propres fondations. Malheur aux moins prestigieuses d’entre elles !
On vit une époque formidable !
Frédéric Sawicki (sur la liste de discussion de Sauvons la Recherche, "SLR débats").

(c'est moi qui souligne : )
----Message réexpédié----> De: "Richard Descoings"
Date: Tue, 06 Nov 2007 14:27:50 +0100
Sujet: Construire avec Sciences Po
A: Paris, le 6 novembre 2007
Cher X, Révolution dans le monde de l'Université et des Grandes Ecoles : le Parlement a décidé cet été que c'est de plus en plus par des crédits d'impôts au bénéfice des particuliers et des entreprises que seront financés les établissements d'enseignement supérieur et de recherche.
Ainsi, 66 % des dons que vous accepteriez de faire à Sciences Po en 2007 seront déductibles du montant de l'impôt sur le revenu que vous paierez en 2008 (dans la limite de 20 % de votre imposition). Et si vous êtes redevable de l'ISF, vous pourrez verser à Sciences Po jusqu'à 50.000 euros au titre de cette imposition.
En somme, vous avez désormais le choix entre verser vos impôts à l'Etat ou bien vous en acquitter, à hauteur des 2/3, par une affectation dont vous décidez vous-même.
Cette révolution financière est aussi une révolution culturelle. Elle me conduit à vous demander de soutenir Sciences Po, à titre personnel, ce que, contrairement aux universités anglaises ou américaines, on n'a pas l'habitude de faire en France. Nous allons être sûrement nombreux à nous concurrencer pour tenter de vous convaincre. Saine émulation !
Alors pourquoi choisir Sciences Po plutôt que les autres ? Et, dans ce cas, à quoi servira votre argent ?
Choisir Sciences Po aujourd'hui, c'est nous juger sur des résultats : l'intégration internationale des études, la diversité sociale du recrutement de nos élèves, la professionnalisation de notre diplôme qui confère désormais le grade de master, la présence de nos chercheurs dans tous les grands débats de société.
Soutenir financièrement Sciences Po aujourd'hui <http://neomailing.publicis-technology.com/r/? , c'est nous permettre d'être un champion universitaire français dans la compétition internationale. Les idées, le sens de l'innovation, l'énergie, nous les avons, vous le savez. Avec vous, et seulement avec vous, nous réunirons les moyens de réaliser cette ambition.
Vous pouvez plus précisément vous informer sur notre campagne de levée de fonds sur le site : http://www.construire.sciences-po.fr/ > <http://neomailing.publicis-technology.com/r/?
Avec toute ma gratitude et l'engagement personnel de mériter votre confiance,
Richard Descoings
(directeur de l'IEP depuis 1996)

Séminaire Actualité critique (3)

Chers tous,
la date proposée pour la prochaine séance du séminaire Actualité critique - séance consacrée à la réouverture du chantier Débat et démocratie, à partir de la discussion des Contre-réactionnaires. Le progressisme entre illusion et imposture, de PA Taguieff (Denoël, février 2007) - est celle du dimanche 16 décembre. A savoir également : Arnaud et Katalin seront tous deux à Paris à cette date, ce qui fait d'elle un choix particulièrement opportun. Veuillez me faire savoir si la date vous convient, matin ou après-midi (mais le repas de midi serait bon à inclure dans un cas comme dans l'autre, pour les échanges informels). La question du lieu n'est pas réglée : any suggestions ?
Je propose qu'on fonctionne simplement en tour de table puis débat ouvert - à partir spécifiquement de la lecture de la première partie (200p. sur 600) : "Fabrication d'une légende : les 'nouveaux réactionnaires' ", puis aussi large qu'on voudra. C'est pourquoi nous avons besoin de savoir rapidement qui voudrait participer, pour avoir une idée du temps d'exposé qu'on peut se permettre chacun.
Voir aussi s'il y a d'autres chantiers qui veulent profiter de la date mobilisée aussi ?
Merci de m'envoyer vos réponses avant samedi prochain ; je ferai une annonce récapitulative à ce moment.
amitiés à tous,
Claire

04 novembre 2007

La scientificité des Sciences humaines

Information transmise par Thierry Martin, que je reproduis ici.

Association pour la Non Réflexion (organe moderne dit ANR)

Sur l'ANR, je crois que le plus beau, c'est quand même "la création : acteurs, objets, contextes". Au vu du vaste chantier que cela veut englober, l'axe se définit lui-même par les notions les plus transversales, fourre-tout et vides : "création", "acteurs", "objets", "contextes". Le programme d'Etat comme incitation à la déconceptualisation.

A noter même avec du retard

Un volume collectif, paru en janvier 2007, sous la direction de Jean-Marie PAUL, Presses universitaires de Rennes, Le Peuple, mythe et réalité, 165 p. Contributions de chercheurs associés au Centre d'Etudes et de Recherche sur Imaginaire, Ecritures et Cultures - CERIEC (UPRES EA 922) - Université d'Angers.

02 novembre 2007

Politique de la recherche : programme ANR 2008

La programmation ANR 2008 est maintenant publiée, en ligne sur le site de l'agence (Agence Nationale de la Recherche, donc). Accompagnée d'un tableau indiquant les évolutions entre 2007 et 2008.

Cette programmation donne les cadres d'une politique de la recherche pour l'année ; on peut donc y lire à la fois un choix des questions en vogue, sur l'éventail complet des disciplines, et les inflexions, formulations, et cohérences politiques propres à ce nouvel acteur de la "tutelle".
Pour les sciences humaines, quatre directions sont retenues :

  1. gouverner - administrer
  2. la création : acteurs, objets, contextes
  3. les formes et mutations de la communication : processus, compétences, usages
  4. formes de vulnérabilité et réponses des sociétés.

On a déjà dans les seules formulations des marqueurs éloquents. La "vulnérabilité" est le concept qui me sonne le plus caractéristiquement à l'oreille, quant à moi. (Victimological turn, or what?)

A signaler

Etude à consulter en ligne :

Arnaud Bernadet, "La manière et le style", AE - Canadian Aesthetics Journal / Revue canadienne d'esthétique, summer / été 2007, volume 13, http://www.uqtr.ca/AE (http://www.uqtr.ca/AE/Vol_13/index.html).
Cet article prend la suite de "Pour une poétique de la manière", Critique, n° 706, Paris, Les Editions de Minuit, mars 2006, p. 255-270.