Le deuxième volet de Samuel Beckett et le théâtre de l'étranger : art, langues, façons (coord. A. Bernadet et C. Joubert) vient de paraître dans la revue Coulisses n° 38, PUFC, 2009, p. 43-100.
19 janvier 2009
Beckett et le théâtre de l'étranger (II) - Coulisses n° 38
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Libellés : Beckett, comparatisme, culture(s), étranger, Joyce, langue(s), mal dire, malfaçon, manière, roman, théâtre, voix
Du témoignage à la relation avec le poème

Témoignages de l’après-Auschwitz dans la littérature juive-française d’aujourd’hui.
Enfants de survivants et survivants-enfants.
SCHULTE NORDHOLT, Annelise (éd.)
Amsterdam/New York, NY, 2008, 269 pp.
Table des matières
Introduction
I. Textes d’auteur
Henri RACZYMOW : Histoire : Petit h et grande hache
Cécile WAJSBROT : Après coup
Clara LECADET : Le gardien
Alexandre OLER : Pépé n’a rien dit
II. Les « enfants cachés » (essais)
Yoram MOUCHENIK : Passeurs de mémoire. Elaboration et transmission, soixante ans plus tard, chez les enfants juifs, traqués et cachés en France pendant l’Occupation
Steven JARON : Le témoignage discret de Marcel Cohen
Susan SULEIMAN : Expérimentation littéraire et traumatisme d’enfance: Perec et Federman
Sara HOROWITZ : Sarah Kofman et l’ambiguïté des mères
Eléonore HAMAIDE : Les enfants cachés, de Georges Perec à Berthe Burko-Falcman : un monde à reconstruire, une mémoire à inventer
Serge MARTIN : Henri Meschonnic et Bernard Vargaftig : le poème relation de vie après l’extermination des Juifs d’Europe
Nicolas ROUVIÈRE : Astérix et les pirates, ou l’obsession que le pire rate : la conjuration d’un naufrage de l’histoire
III. Deuxième et troisième générations (essais)
Fransiska LOUWAGIE : « Métastases » d’Auschwitz. Modalités et limites d’une tradition testimoniale
Catherine OJALVO : Une mémoire lacunaire mais exaucée
Timo OBERGÖKER : Shoah et récit fictionnel, un champ de force délicat : Le Non de Clara de Soazig Aaron
Jean-Paul PILORGET : Un théâtre pavé d’horreur et de folie : Toujours l’orage de Enzo Cormann
Katja SCHUBERT : Les temps qui tremblent ou un passé possible de ce présent ? A propos de l’œuvre de Cécile Wajsbrot
Annelise SCHULTE NORDHOLT : Perec, Modiano, Raczymow et les lieux comme ancrages de la postmémoire
Bibliographie
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Libellés : extermination des Juifs d'Europe, Meschonnic, Serge Martin, Vargaftig
Un nouveau livre: vers une anthropologie poétique avec la littérature pour la jeunesse
Cet ouvrage observe ce que devient la littérature avec la littérature de jeunesse, aujourd’hui plus qu’hier. Se référant aux oeuvres incontournables, il montre la force de l’oralité, en écriture et en lecture, en texte et en image.
Des rêveries aux aventures, des comptines aux contes, des témoignages aux fictions, une anthropologie poétique se dessine : quelle littérature… de jeunesse ? Celle qui toujours commence !
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Libellés : Klincksieck, littérature de jeunesse, Marie-Claire Martin, Serge Martin
16 janvier 2009
Comment éteindre l'incendie ? Nouvelle danse du ventre de V. Pécresse.
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15 janvier 2009
Paris 8 : de Saint-Denis à Vincennes : hagiographie et narcissisme
Quarante plus tard, Philippe Tancelin est professeur de philosophie esthétique à l’«université de Vincennes à Saint-Denis», alias Paris-8. Les préfabriqués ont été rasés en 1979, enseignants et étudiants ont migré vers le nord de Paris, l’eau a coulé sous les ponts, le monde a changé. «Pour ma génération, estime Tancelin, ce quarantième anniversaire est un deuxième rendez-vous avec l’Histoire, passionnant. Car nous vivons aujourd’hui le même sentiment d’urgence qu’hier, mais à l’envers.» Résumons : en 1969, la société s’ébroue. Dans la foulée de 68, il y a un «courage de la parole», une «audace de la pensée», un «sentiment de puissance». La société s’offre le luxe, à Vincennes (Val-de-Marne), d’un laboratoire de rénovation de l’université, soit un lieu d’expérimentation et de confrontation interdisciplinaire.
«En 2009, poursuit le prof sexagénaire, tout s’est inversé : sentiment d’impuissance, peur de s’exprimer, difficulté de penser un avenir. Cette nouvelle crise peut être pour notre université l’occasion de se recomposer en lieu de réflexion sur la société. Mais avons-nous encore ces valeurs des origines qui sont le refus, la résistance, l’analyse critique?»
«Lieu criminel». Hélène Cixous, l’une des fondatrices de Vincennes, pense que l’esprit de résistance est toujours là : «Même si les temps sont effroyablement difficiles, on peut rallumer quelque chose parce qu’il reste des braises.» En 1965, Cixous démissionne de son poste à la fac de Bordeaux pour protester contre la sclérose de l’université. Peu après, elle refuse un poste de maître-assistante à la Sorbonne mais tient à aller s’en expliquer avec Raymond Las Vergnas, vice-doyen et directeur des études anglaises. Elle dénonce alors une université devenue «lieu criminel à l’égard de l’esprit». Bref, nourrie des textes de Blanchot, de Gracq, de Cortazar et autres rebelles, la jeune universitaire se fait une réputation d’insoumise. Si bien que Las Vergnas, au sortir d’une entrevue avec Edgar Faure à propos d’un projet d’annexe expérimentale à Vincennes, lui propose de prendre les choses en main. Avec les conseils de Jacques Derrida, Hélène Cixous suggère un premier noyau de 40 profs, parmi lesquels Alain Badiou, Robert Castel, Michel Foucault, Michel Serres. L’effervescence brouillonne de Vincennes commence.
Quarante ans plus tard, Marie-Hélène Tramus affirme toujours ressentir cette effervescence à Saint-Denis. Elle fut elle aussi une des premières étudiantes de janvier 1969. Bac C en poche, elle voulait faire les beaux-arts ou peut-être de la philo. Mais Vincennes lui permet de se concocter un cocktail sur mesure : «Un tiers philo, un tiers maths, un tiers arts plastiques», se souvient-elle. Elle vit à Vincennes la grande aventure du croisement des arts et des sciences, notamment la création du Groupe art et informatique de Vincennes (G.A.I.V.). Aventure qui s’est poursuivie à Saint-Denis avec la création d’un département Arts et technologies de l’image, dans lequel elle enseigne aujourd’hui. L’interdisciplinarité est donc toujours bien vivante, même si elle se pratique dans des conditions matérielles difficiles.
Souffle novateur. Le jeune (39 ans) président de Paris-8, Pascal Binczak, dit lui aussi percevoir encore le souffle novateur de Vincennes, où sont nées des filières comme les études féminines ou la géopolitique. «L’expérimentation a perduré ici, avec la création du premier département universitaire de danse en 1989, le premier département de photographie, le seul département de psychanalyse en France, etc.», énumère Binczak. Mais, en sus des champs disciplinaires inédits, il y a surtout «la singulière et attachante proximité entre les corps enseignant, étudiant et administratif, héritée des origines». Le président lui-même est animé d’une belle foi : «Il n’y a à Saint-Denis pas de rupture idéologique ou épistémologique avec Vincennes. Nous ne sommes pas qu’un centre de formation, nous avons une mission sociale et civilisatrice», martèle celui qui est né quelques mois après qu’ont été érigés les préfabriqués du bois de Vincennes. S’il est vrai que les grandes choses naissent, ou renaissent, dans l’adversité, alors Paris-8 semble singulièrement avantagée : le budget de recherche (1,3 million) est «inférieur à celui du gardiennage», et vingt fois inférieur à celui d’une grande université scientifique.
Ce mélange d’effervescence et de misère, Anne Berger est bien placée pour l’analyser. Etudiante vincennoise de 1976 à 1979, aujourd’hui professeure au Centre d’études féminines et d’études de genre (autre héritage de Vincennes), elle a été enseignante à l’université de Cornell (Etat de New York) de 1984 à 2006. Anne Berger a pu mesurer là-bas ce que la recherche américaine en sciences humaines et sociales devait à la french theory - dont la plupart des artisans s’ébattaient à Vincennes dans les années 70 - mais elle a vu aussi, «en 2004, l’année où Jacques Derrida est mort», le courant d’idées changer de sens. «Hier c’est Derrida qui était invité aux Etats-Unis, aujourd’hui c’est Judith Butler qui est reçue en France. Désormais, nous importons massivement du continent américain, en ignorant parfois nos propres apports à la pensée américaine. Il ne faudrait pas oublier que les études féminines se sont développées à Vincennes dès le début des années 70.»
Anne Berger a hérité de sa mère, Hélène Cixous, une même faculté d’indignation. «L’université française est dans un état lamentable. Et maintenant, la tutelle nous fait le coup de la professionnalisation. Les sciences humaines et sociales n’assureraient pas assez de débouchés, nous dit-on, et les profs devraient s’occuper d’insertion professionnelle. C’est scandaleux. On semble avoir oublié que l’université n’est pas seulement un lieu où l’on étudie, mais d’abord un laboratoire de la confrontation des savoirs contemporains.» Face au climat général de misère politique, morale et intellectuelle qu’à Vincennes-Saint-Denis on ressent peut-être avec plus d’acuité qu’ailleurs, que peut faire une université de banlieue comme Paris-8 ? «Etymologiquement, la banlieue est un lieu de bannissement, mais c’est aussi un lieu de proclamation [le ban, ndlr]» sourit Philippe Tancelin. Il y aurait à Saint-Denis une nouvelle génération «très généreuse» et «très politique», mais pas au sens ancien du mot. Les étudiants de premier cycle, dont beaucoup viennent des environs et sont majoritairement d’origine non-européenne, apporteraient une énergie radicalement neuve.
«Lieu post-colonial». «Paris-8 est intéressant comme lieu post-colonial», note Anne Berger. Le problème, constate-t-on là comme ailleurs, est que l’énergie de la génération 2009 est souvent celle du désespoir, alors que celle de 1969 carburait à l’espoir et à l’utopie. «Cet anniversaire est particulièrement émouvant parce qu’on le célèbre au moment où la génération des fondateurs s’apprête à partir à la retraite», confie Pascal Binczak. Ce qui confère évidemment à la génération suivante une responsabilité immédiate. «Hélas ! regrette Philippe Tancelin, nous n’avons pas trop eu le souci de transmettre.» Il faudra repartir sur des bases neuves. «Le laboratoire de Vincennes a été possible parce qu’à l’époque le pouvoir a eu la trouille», se souvient Hélène Cixous. Aujourd’hui, malheureusement, la peur a changé de camp : la jeunesse de Seine-Saint-Denis vit dans la précarité matérielle et intellectuelle, tandis qu’au sommet de l’Etat, un courant réactionnaire se développe dans une désinhibition absolue. Et ça pète quand ?
«Pénurie».«Paris-8 reste un lieu d’effervescence et tente d’être un laboratoire d’analyse du monde contemporain, mais avec des moyens très réduits : nous sommes en train de basculer dans la gestion de la pénurie, constate le président Binczak. Le rôle moteur de l’université dans la société, nous essayons au moins de l’assumer au niveau microgéographique», dans le département le plus pauvre du pays. «Nous sommes harcelés, méprisés, et sous couvert d’"autonomie" donnée aux universités, c’est exactement le contraire qui se passe : il y a une mise au pas de la recherche et de la pédagogie, dénonce Anne Berger. Mais au moins, à Paris-8, il reste une flamme. Nous avons besoin aujourd’hui de l’esprit de Vincennes. Et nous nous devons qu’il se passe à nouveau quelque chose.»
D’abord, il faudra des idées. «Rien n’est perdu, même si la nef magique, celle des Derrida et des Foucault, n’existe plus. Des choses comme cela ne se produisent que tous les quarante ans», a compté Hélène Cixous.
Quarante ans ? Mais c’est maintenant".
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13 janvier 2009
APPEL DE STRASBOURG
A la suite de l’Assemblée Générale du 10 décembre 2008 un collectif composé d’une
vingtaine de personnes appartenant à la communauté scientifique du pôle universitaire
de Strasbourg(chercheurs, enseignantschercheurs,ingénieurs, techniciens et administratifs de l’universités, du CNRS et de l’INSERM) a rédigé un Appel à défendre les valeurs de l’Université et de la Recherche. Cette initiative transcende les disciplines comme les appartenances syndicales ou politiques. Elle vise à rassembler le plus
largement possible. L’Appel de Strasbourg sera très bientôt le support d’une pétition nationale à
destination de l’ensemble des chercheurs, enseignants-chercheurs, personnels et étudiants des
universités françaises et de tous les organismes de recherche car les rédacteurs de l'Appel estiment que seule une très large mobilisation permettra de faire enfin entendre aussi bien nos refus que notre force de proposition.
Il est important que tous se reconnaissent dans cet Appel, le signent et le diffusent largement.
Le collectif de l'Appel de Strasbourg
Assemblée Générale de tous les personnels de l’UdS le mardi 20 janvier à 10h (lieu précisé
ultérieurement)
Appel de Strasbourg
Pour une réforme concertée de l’Université, de l’Enseignement et de la Recherche
Au moment où les trois universités de Strasbourg, de leur propre initiative, se rassemblent
pour former le plus grand établissement universitaire de France, nous, chercheurs, enseignantschercheurs
et personnels de la nouvelle Université de Strasbourg et des organismes de recherche,
lançons un appel solennel au gouvernement et aux ministères dont nous dépendons pour qu’ils
mettent fin à leur entreprise aveugle de destruction de l’enseignement supérieur et de la
recherche.
Scientifiques, nous ne sommes en aucun cas hostiles à une réforme concertée. Au lieu de cela
notre gouvernement prend prétexte d’une prétendue urgence pour faire l’économie de la réflexion et
du débat. Il persiste à nier notre expertise et nos propositions - celles faites, par exemple, lors des Etats
généraux de la recherche en 2004 ont été largement ignorées. Il ne respecte pas la collégialité des
décisions en usage dans notre communauté depuis fort longtemps. Nous tenons à rappeler que le
développement des connaissances et la transmission des savoirs sont les missions fondamentales de
l’Université : elles ne sauraient être soumises à des considérations uniquement utilitaires, ni être mises
en cause au nom de l’harmonisation européenne et d'un modèle entrepreneurial inadapté aux
exigences universitaires
La réforme LMD (Licence-Master-Doctorat) a conduit à une refonte complète des cursus dont
le bilan n’a pas été tiré. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) instaure
une présidentialisation excessive du pouvoir dans les universités. Des organismes de recherche comme
le CNRS ou l’INSERM sont démantelés. Les IUT - dont personne ne contestait l’efficacité - sont
menacés. Certaines bourses attribuées au mérite sont supprimées sans aucune explication. Les
nouveaux contrats doctoraux ne masquent pas la misère des moyens.
Et voici que le ministère de l’Enseignement supérieur rend public un projet de décret qui
modifie d’une manière fondamentale le statut des enseignants-chercheurs en privant ceux-ci de leur
indépendance intellectuelle. Voici que les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement
supérieur exigent un bouleversement de la formation et du recrutement des enseignants du secondaire
dans un texte bâclé, confus et autoritaire, instituant des masters « métiers de l’enseignement » dans des
délais irréalistes et dans des conditions qui affaibliront sensiblement la qualité de la formation des
futurs professeurs, tout en rendant celle-ci plus longue et plus coûteuse pour les étudiants : l’année de
stage rémunérée est supprimée. Voici enfin que les valeurs républicaines et laïques sont remises en
cause par la reconnaissance internationale, à l’initiative de notre ministère des Affaires étrangères, des
diplômes délivrés par les instituts catholiques.
Les moyens promis ne suivent pas et les réductions de postes se confirment. L’objectif
commun à toutes ces réformes menées dans la précipitation et sans concertation est de permettre des
économies à court terme, sans souci du capital ainsi bradé. Elles conduisent aussi à une réduction du
temps consacré à la recherche. Cette réalité est aggravée par une avalanche de procédures d’évaluation
dont les excès, largement dénoncés, mobilisent des moyens considérables et nous détournent de nos
missions fondamentales : la recherche et l’enseignement.
Il est grand temps que le gouvernement nous entende : nous lui demandons instamment de
suspendre sans délai l’ensemble de ces réformes pour ouvrir enfin un grand débat national sur
l’Enseignement et la Recherche dont les principaux acteurs ne soient pas exclus, y compris les
jeunes chercheurs et les étudiants dont l’inquiétude est aujourd’hui aussi profonde que la nôtre. Nous
lançons un APPEL à toutes les universités françaises et à toutes les institutions de recherche afin
qu’elles unissent leurs voix pour une coordination nationale des actions à même de défendre les
valeurs républicaines de liberté et de laïcité du monde de l’éducation, de la science et de la recherche.
Pétition nationale en ligne à partir du mercredi 14 janvier : http://appeldestrasbourg.unistra.fr
Premiers signataires de l’Université de Strasbourg :
ANCORI Bernard (Professeur, Directeur de l'IRIST, ancien Vice-président de l'ULP) ;
BOURGUINAT Nicolas (Maître de Conférences IUF, Sciences historiques) ; BUGEAUD Yann,
(Professeur IUF, Mathématiques, UMR 7501) ; DEBARRE Olivier (Professeur IUF, Mathématiques,
ULP, puis Paris VII depuis septembre 2008) ; DUBOIS Vincent, Professeur IUF, Sociologie et science
politique, UMR 7012) ; HARTMANN Pierre (Professeur, Littérature française, directeur de l'Ecole
doctorale des Humanités) ; HURSTEL Françoise (Professeur Emérite de Psychologie clinique) ; LE
BRETON David (Professeur IUF, Sociologie, UMR 7043) ; MONSONEGO Georges (Physicien,
ancien Professeur de l’ULP) ; PELLAT Jean-Christophe (Professeur, Linguistique française, ancien
Doyen de l’UFR des Lettres) ; PETIT Pierre (Directeur de Recherche, Physicien, CNRS/ICS, UPR
22) ; PFEFFERKORN Roland (Professeur, Sociologie, Directeur d'Institut, UMR 7043) ;
SCHNEDECKER Catherine (Professeur IUF, Linguistique française, Responsable de l’EA1339) ;
UTARD Jean-Michel (Professeur, Sciences de l'Information et de la communication, UMR 7012).
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PMA
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Libellés : actualité, enseignement, mobilisation, recherche, université
12 janvier 2009
Récit et subjectivité : l'homo narrans
Homo narrans, c’est le sujet humain anthropologiquement saisi comme conteur d’histoires, l’Homme aux mille points de vue, aux mille voix. À l’analyse immanentiste du récit qui prévaut généralement en narratologie, l’ouvrage propose de substituer une approche énonciative et interactionnelle.
Le Tome I, Les Points de vue et la logique de la narration, est centré sur la problématique énonciative et interactionnelle des points de vue. Il distingue ces derniers selon leur source énonciative, leurs marques linguistiques et leurs effets textuels. Ce cadre, confronté à de grands textes (la Bible, les contes de Maupassant, Les Lauriers sont coupés, etc.), met en lumière des enjeux interprétatifs de premier ordre.
Le Tome II, Dialogisme et polyphonie dans le récit, montre comment l’approche énonciative des points de vue permet de définir le discours rapporté comme un discours représenté – comme la représentation des espaces mentaux par l’énonciateur citant. L’analyse des formes complexes de cette représentation (corpus d’Annie Ernaux, Renaud Camus, Jorge Semprun, Louis Calaferte, Lydie Salvayre, etc.) montre les relations dialogiques, d’ordre cognitif notamment, que l’énonciateur entretient avec lui-même et avec les autres.
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08 janvier 2009
Pétition : contre les nouvelles réformes universitaires
Je transmets cette information diffusée sur la liste "Coordination universitaire" :
A la suite de la publication dans Le Monde du mardi 6 janvier 2009, de l'article intitulé "Université : pas de normalisation par le bas", signé par treize universitaires, beaucoup de collègues ont souhaité manifester leur soutien à ce texte en proposant de le signer. C'est la raison pour laquelle ce texte est désormais proposé à la signature de toute personne qui en approuve le contenu. L'objet de la pétition est de demander le retrait du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs.
La pétition est désormais en ligne. Elle est accessible à l'adresse suivante : http://petitions.alter.eu.org/universite
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CJ
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Libellés : actualité, université
LA REPRESSION POLICIERE ET JUDICIAIRE COMME "DIALOGUE" AVEC LE MONDE DE L'EDUCATION
Tout a commencé le 19 décembre. Ce jour-là, Christophe, 17 ans, redoublant en seconde, passe en conseil de discipline. Motif : 70 demi-journées d’absence. Il est exclu. A l’annonce de la décision, le lycéen et les deux déléguées, Gaëlle, 18 ans, en terminale L, et Sarah, 17 ans, en première techno, explosent de colère. Elles accusent la proviseure d’avoir fait payer C. pour avoir été l’un des animateurs des blocages contre les réformes Darcos. La mobilisation va continuer de plus belle, avertissent les lycéens, qui s’échauffent : «Vous allez voir, le lycée va cramer…»
Le 29 décembre, ils sont convoqués au commissariat de Nanterre ; la proviseure ayant porté plainte. Christophe et Sarah sont gardés à vue vingt-quatre heures. Puis ils sont envoyés au dépôt pour être déférés devant un juge des enfants. «Là, on nous a encore fouillés, raconte Sarah. Comme j’ai refusé que des policiers hommes palpent mes vêtements, une policière est venue, elle m’a fait rester toute nue pendant dix minutes.» Tous deux sont alors mis en examen pour «menaces de mort sur personne chargée de mission de service public et menace d’atteinte aux biens dangereuse pour les personnes». Ils risquent jusqu’à cinq ans de prison. Gaëlle, elle, est poursuivie pour «outrage».
Echauffés.Exclu, Christophe a aussitôt été réaffecté au - paisible - lycée Richelieu de Rueil-Malmaison. Une rapidité inhabituelle qui en dit long sur la volonté du rectorat d’apaiser les passions à Joliot-Curie. En vain. Lundi, jour de la rentrée, les esprits sont échauffés. Les lycéens refusent de reprendre les cours : ils ne comprennent pas pourquoi l’affaire est allée si loin. Les trois mis en cause jurent qu’ils n’ont jamais voulu mettre le feu au lycée, que ce n’était qu’une façon de parler. La proviseure assure qu’elle s’est bien sentie visée.
Lundi, la police reste à distance du lycée. Mardi, elle est nerveuse. Alors qu’élèves et profs forment une chaîne humaine devant la porte, K., 15 ans, en seconde, est plaqué contre la grille du lycée, les bras tirés en arrière. Un policier le prévient que s’il milite, il doit en assumer les conséquences… Un enseignant d’anglais est projeté au sol par un policier qui le tutoie. Il s’en sort avec un traumatisme au tibia et trois jours d’arrêt.
Hier, profs et élèves ont fait chacun une assemblée générale. Les enseignants ont adopté, à une large majorité, une motion dénonçant les violences policières et exigeant le retrait de la plainte. Les élèves ont voté l’occupation du lycée et appelé à la manifestation parisienne d’aujourd’hui. La proviseure semblait tentée par la proposition des enseignants de créer une commission tripartite de médiation. Elle s’est déjà engagée à ce que les deux lycéennes qui restent à Joliot-Curie ne soient pas traduites devant le conseil de discipline. Mais pas question de retirer la plainte. Pour le rectorat, notamment, ce serait un signal désastreux adressé aux proviseurs, qu’il faut au contraire soutenir face aux «bloqueurs».
Camarades. «Ce que je déplore, c’est que trois gamins se soient retrouvés en garde à vue et que deux aient été déférés au parquet, alors que cette histoire aurait dû se régler dans le cadre du lycée, explique la mère de K., qui a témoigné en faveur de ses trois camarades. Je me sens moi-même désemparée : faut-il empêcher son gamin de s’engager alors qu’ont dit que c’est bien de militer à leur âge ? Est-ce qu’il n’y a pas autre chose à leur opposer que la violence ? On a parfois l’impression que ce sont les adultes qui en rajoutent.»
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26 décembre 2008
POUR SORTIR DU POSTMODERNE - HENRI MESCHONNIC
Pour sortir du postmoderne, Paris, Klincksieck, 2009.
Si ce livre est « pour », c'est parce qu'il est un « contre ». Contre le cumul inimaginable de clichés culturels qui font la masse des académismes, des idées reçues sur ce qui est moderne et ce qui ne l'est pas, et sur ce qui aurait dépassé la modernité (on ne sait plus combien de sens a ce mot) et qui se dénomme le postmodernisme.Alors on peut se demander d'où et comment on pourrait en faire la critique, d'où et comment on pourrait rire et faire partager ce rire. La comédie est ici celle du sérieux. C'est la farce de la pensée.Eh bien elle vient du poème, qui apprend à rire du signe, elle vient du continu corps-langage qui apprend à rire des formes diverses du discontinu. C'est cette folie de rire de la folie qui n'est pas vue comme une folie, puisqu'elle se prend tellement au sérieux qu'on la prend au sérieux. Alors vous êtes conviés à ce rire. Je ne connais rien de plus sérieux.
Henri Meschonnic
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18 décembre 2008
Politique des langues - aperçu de la situation irakienne
Info transmise sur la liste de diffusion de la SAES (Société des Anglicistes) :
Mathieu Guidère, Irak in Translation ou De l’art de perdre une guerre sans connaître la langue de son adversaire
Editions Jacob-Duvernet, 2008.
Dans toute guerre, il existe une erreur originelle. L’erreur américaine en Irak a été de croire que l’on pouvait démocratiser un pays sans même connaître sa langue, que la technologie pouvait remplacer l’humain, que la manipulation pouvait se substituer à la persuasion, bref que l’on
pouvait gagner les cœurs et les esprits en ignorant la culture d’autrui.
De cette erreur originelle découlent bien des horreurs qui ont défrayé la chronique. Car toute guerre engendre ses « Bons » et ses « Méchants » mais aussi ses « Traîtres » et ses « Collabos ». Celle d’Irak ne déroge pas à la règle, mais elle se distingue par la mise en avant d’un nouveau
genre de traîtres : les interprètes et les traducteurs, pourtant censés aider les Américains à pacifier le pays. Or, il n’en est rien.
Ce livre propose un voyage au cœur du chaos irakien en suivant la trace de ceux-là mêmes qui le connaissent le mieux : ces auxiliaires, traducteurs et interprètes, qui ont travaillé ou qui travaillent toujours pour les Américains, mais qui sont perçus et traités comme des « traîtres » et des « collabos » par leurs compatriotes.
Ceux que les Américains appellent des « linguistes » ont payé le plus lourd tribut dans cette guerre qui n’en finit pas de faire des victimes. Mais ces intermédiaires culturels indispensables à la pacification du pays ont été accusés de trahison et de félonie des deux côtés, de la part des Américains comme de la part des Irakiens.
Qui sont ces auxiliaires de l’armée américaine ? D’où viennent-ils et que font-ils ? Comment sont-ils recrutés et que deviennent-ils par la suite ? Enquête sur un véritable scandale à l’heure où les États-Unis élisent un nouveau président.
L’auteur explore les raisons profondes de l’échec américain en Irak. Il explique, à partir d’une enquête détaillée et inédite, pourquoi les forces de la coalition n’ont jamais atteint leur objectif premier dans cette guerre, gagner les cœurs et les esprits contre l’extrémisme et la barbarie.
L’auteur : Mathieu Guidère est professeur à l’Université de Genève et ancien
directeur de recherches à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Il
est l’auteur de plusieurs ouvrages dont : Introduction à la
traductologie (De Boeck, 2008), Le Manuel de recrutement d’Al-Qaïda
(Éditions du Seuil, 2006) et Al-Qaïda à la conquête du Maghreb (Éditions
du Rocher, 2007).
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CJ
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Libellés : politique des langues, traduction
15 décembre 2008
Où il est question de Napoléon-V-le-minuscule. De la nécessité d'une recherche en littérature pour cette seule raison.
Victor HUGO, Napoléon, le petit.
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La recherche et le doctorat comme instruments du divin capitalisme
"École doctorale Langages, espaces, temps, sociétés - Université de Franche-Comté.
Préparation du forum doctorants-entreprises
L’École doctorale n° 38 Langages, espaces, temps, sociétés est une école pluridisciplinaire, couvrant l’ensemble du champ des Sciences humaines et sociales et les sciences juridiques. Elle accueille un nombre important de doctorants, puisque plus d’un tiers des doctorants de l’université de Franche-Comté y sont inscrits. Ce volume et cette diversité disciplinaire font la richesse de l’École. En revanche, nos doctorants ont fréquemment le sentiment de travailler en quelque sorte en aveugle, en raison de l’étroitesse de leurs débouchés et de l’insuffisance du suivi de leur recherche. De fait, la trop grande rareté des financements, la durée moyenne élevée de préparation des thèses, ainsi que l’ignorance réciproque dans laquelle se tiennent généralement les doctorants d’un côté et le monde du travail de l’autre sont un handicap à leur insertion professionnelle. Cette ignorance est particulièrement nette à l’égard des entreprises privées. Pourtant le monde de l’entreprise peut offrir aux jeunes docteurs un espace où il leur est possible de mettre à profit les connaissances et les compétences de haut niveau qu’ils ont acquises au cours de leur formation doctorale.
De façon générale, les employeurs reprochent aux jeunes docteurs leur méconnaissance de l’entreprise, leur éloignement des préoccupations du monde du travail et une spécialisation très poussée. Ils souhaitent notamment que les compétences des docteurs et post-doc soient plus visibles et plus lisibles. Pourtant, ils recherchent des profils possédant de fortes capacités de développement à moyen et à long terme, auxquels correspondent justement les jeunes docteurs. Quant aux docteurs et post-doc, ils savent rarement identifier leurs compétences et leurs expériences développées par la formation à la recherche, et surtout les traduire dans le langage de l’entreprise et en enjeux socio-économique. Peu d’entre eux, par exemple, intègrent leur thèse dans leur CV comme une expérience professionnelle. Et pourtant, les docteurs en SHS ont acquis au cours de leur thèse des connaissances, des compétences et une réflexion méthodologique les mettant souvent en position de produire des innovations. Bref, il est nécessaire de permettre aux uns comme aux autres de se rencontrer, et c’est dans ce but que l’École doctorale LETS a entrepris d’organiser un forum doctorants-entreprise.
Nous souhaitons associer l’ensemble des laboratoires et leurs représentants à la préparation de ce forum et des actions qui le prolongeront. Plus précisément, il convient de constituer un comité de pilotage chargé d’organiser la collaboration entre l’École doctorale LETS et les différents partenaires engagés dans cette entreprise, à savoir la mission stages emploi, la MSHE Ledoux, les équipes de recherche, Synergie entreprises, l’observatoire de la vie étudiante, l’association A’doc, ainsi que des partenaires extérieurs à l’université, le Conseil Régional de Franche-Comté, mais aussi l’Apec, Inter-Unec, le Medef, des acteurs de l’emploi et des employeurs.
Ce groupe de travail aura pour tâche dans l’immédiat de préparer le premier forum doctorants-entreprise d’avril 2009. Celui-ci ne doit pas prendre la forme d’une succession d’exposés présentés par chacun des représentants de l’opération, ce qui serait l’organisation la plus fastidieuse et la plus ennuyeuse. Le système de tables rondes avec participation du public animées par un modérateur nous semble préférable. D’autres modalités d’organisation peuvent évidemment être imaginées.
Nous souhaitons que les laboratoires participent activement à la mise sur pied de cette manifestation en proposant
- la participation de jeunes docteurs ;
- l’invitation de professionnels travaillant dans un domaine proche de leur champ disciplinaire ;
- des collègues ou doctorants acceptant de participer aux tables rondes et/ou de les animer.
En conséquence, il est nécessaire que certains d’entre nous constituent, en collaboration avec Ludovic Jeannin, un comité de pilotage qui aura pour tâche de construire le programme de cette journée, en veillant à ce qu’elle permette de présenter de manière attractive les compétences de nos docteurs et les formations dont ils bénéficient.
Nous vous invitons donc à diffuser ces informations auprès des membres de vos équipes de recherche et de les inviter à présenter des propositions, afin que nous puissions engager la discussion et l’organisation du projet lors du prochain conseil de l’École doctorale de janvier 2009.
Le Bureau de l’ED LETS "
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14 décembre 2008
CPU : ACTION DU 18 DECEMBRE 2008.
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L'université de Franche-Comté et son président Machiavel
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13 décembre 2008
LA BIBLIOMETRIE SELON JOURDE
Pierre Jourde parviendra-il à vous faire sourire de la bibliométrie?
Les facéties de la bibliométrie. Comment devenir le chercheur du mois
Par Pierre Jourde, vendredi 12 décembre 2008 à 09:34 (575 vues, permalink, rss co) :: Invités
Article publié par Le Monde Diplomatique, décembre 2008.
La scène se déroule loin de la lumière du jour, dans les profondeurs inquiétantes d’un bunker. Berlin en 1945? Moscou en 1952? Non, Paris, 2008, 3e arrondissement. Dans la salle, non pas des apparatchiks, des bureaucrates couleur de muraille, mais quelques-uns des plus brillants représentants de l’université et des organismes de recherche français: membres du Conseil national des universités (CNU), du comité national du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et des laboratoires de Paris et d’Ile-de-France. L’élite des intellectuels.
On a du mal à se défendre de l’idée que les lieux affectés à la recherche et à l’enseignement, en France, ceux où l’on réfléchit, cherche, transmet le savoir, et qui évoquent généralement plus un commissariat dans la Roumanie de Nicolae Ceausescu que les universités italiennes, britanniques ou américaines, participent d’un mépris généralisé de la pensée et d’un bizutage des universitaires. Mais on écarte vite ces frivolités, l’affaire est autrement sérieuse. Les graves personnages assis à la tribune, face à cet aréopage de grands esprits, l’annoncent d’emblée : «Nous sommes là pour le pilotage de la recherche.» En effet.
Miracle de PowerPoint, un grand écran s’allume et affiche l’image d’un tableau de bord d’Airbus. Ah, mais oui, bien sûr, le pilotage de la recherche, c’est tout à fait clair. La lumière se fait dans le cerveau des chercheurs présents, ils sont très intelligents, pas besoin de plus d’une image pour leur faire comprendre.
Tout de même, ce sont des penseurs, on connaît ça, il faut les remuer. Bougeons. «Il faut maintenant empoigner le taureau par les cornes», déclare, impérieux, l’orateur. L’écran affiche à présent, non pas une tête de veau vinaigrette, non pas un parapluie, mais, incroyable, une splendide silhouette de taureau. L’image juste sur le mot juste. De quoi motiver un peu cette bande d’intellos. De quoi s’agit-il au juste? De proposer des stages découverte dans les cuisines d’un McDo? Des reconversions dans la vente d’appareils électroménagers? Pas du tout. L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur ([Aeres|http://www.aeres-evaluation.fr/), avec son bunker, ses images d’Airbus et de cornes de taureau, est l’organisme chargé par le gouvernement d’évaluer la recherche en France. C’est-à-dire de mettre au point des systèmes de mesure permettant de classer, donc de doter, les centres de recherche, et de déterminer la carrière des chercheurs suivant la valeur estimée de leurs travaux.
Tout de suite, on est en confiance. Des gens capables d’une telle finesse (Airbus, taureau) ne peuvent qu’effectuer un fin travail d’évaluation. Quant aux chercheurs présents, ils sont censés classer les revues scientifiques (A, B, C). En gros, plus on publie dans de bonnes revues (A), plus on est un bon chercheur. Si vous publiez un article dans une petite revue de Varsovie, peu citée (C), pas bon. Si vous publiez dans une revue américaine à forte diffusion (A), vous êtes nettement plus intelligent et c’est excellent pour votre carrière.
Ajoutons le «facteur d’impact», qui mesure le rapport entre le nombre d’articles citant un chercheur et le nombre d’articles que ce chercheur a publiés, sans compter le facteur H, le facteur G et autres affriolants machins que l’universitaire désormais s’amusera à bricoler pour mesurer sa propre importance. Ça l’occupera. La «bibliométrie», c’est ça.
Evidemment, il fallait s’y attendre avec ces intellectuels frileux, conservateurs, repliés sur leurs privilèges catégoriels, ça se passe mal. Depuis des semaines, les pétitions se multiplient, parmi les chercheurs, pour dénoncer le système d’évaluation. Le mouvement est parti des pays anglo-saxons, où l’on a mis au point ces systèmes, et sur le modèle desquels se calque la France. Les directeurs de dizaines de prestigieuses revues internationales d’histoire des sciences ont publié un communiqué commun pour refuser que leurs publications soient utilisées dans l’évaluation bibliométrique. Ils dénoncent les critères de l’European Reference Index for the Humanities (ERIH), dont s’inspirent largement ceux de l’Aeres, en ces termes peu amènes: «L’ERIH repose sur une incompréhension fondamentale des modes de développement et de publication de la recherche dans nos disciplines et dans les sciences humaines en général. La qualité des revues ne peut être séparée de leur contenu et de leurs méthodes éditoriales. Une recherche importante peut être publiée n’importe où, dans quelque langue que ce soit. Un travail révolutionnaire a plus de chances de surgir sur des supports marginaux, dissidents ou inattendus que dans des lieux institutionnels bien établis (1).»
Des associations internationales de mathématiciens (et, parmi elles, l’Union mathématique internationale, qui décerne la médaille Fields (2)) ont publié un rapport qui dénonce les gros sabots et la rusticité des outils statistiques sur lesquels se fondent les classements de revues de l’ERIH. Pour Peter Lawrence, professeur à Cambridge, le principal résultat de la bibliométrie, c’est que «l’objectif principal des savants n’est plus de faire des découvertes mais de publier autant que possible », de sorte que « l’utilité, la qualité et l’objectivité des articles se sont dégradées (3)». Même l’une des grandes théoriciennes de l’«impact», Anne-Wil Harzing, professeure à l’université de Melbourne, vient de publier, avec Nancy Adler, professeure à McGill (Montréal), un long article dans lequel elle remet sérieusement en question les effets de la bibliométrie (4).
En France, plusieurs pétitions et textes circulent pour s’opposer au classement des revues (5). Des chercheurs chargés de cette opération quittent l’Aeres. Certaines commissions (arts, langues, sciences du langage notamment) refusent tout bonnement d’y procéder. Cela a donné lieu à des séances houleuses et à des tentatives de repli plutôt burlesques, comme celle qui consiste à proposer de dresser la liste des revues sans les hiérarchiser (autant publier une bibliographie).
Quels sont les arguments de ces ennemis de la modernité bibliométrique, qui ont récemment contraint l’Aeres à renoncer pour l’instant à classer les revues en littérature française et littérature comparée? Ils prétendent que les revues anglo-saxonnes sont surévaluées par ces estimations, sans rapport avec leurs qualités réelles; que cette surévaluation provoquera la fuite des textes européens dans ces revues et qu’ainsi la bibliométrie provoque ce qu’elle prétend mesurer; que des revues roumaines ou libanaises en français tombent dans les profondeurs du classement, excellente façon de défendre la culture française à l’étranger; que c’est offrir une rente de situation à certaines revues qui n’ont plus qu’à dormir sur leurs lauriers pour l’éternité; que le critère principal de publication dans un titre prestigieux n’est pas nécessairement la qualité scientifique; que la recherche audacieuse est souvent diffusée dans de jeunes revues méconnues; que ces critères sont en réalité quantitatifs et n’ont pas de sens pour mesurer la qualité d’un travail; que c’est souvent le temps qui fait apparaître l’importance des recherches; que la qualité d’une revue ne se mesure pas à sa diffusion, ni la qualité d’un texte au renom de qui l’accueille; qu’il y a, notamment en sciences humaines, abondance de documents fondamentaux sur des supports rares et confidentiels; que ce «fichage» condamne d’avance les créations de revues novatrices et audacieuses; que les bouleversements de la connaissance se sont faits souvent en dehors ou à l’encontre des institutions bien établies auxquelles l’Aeres décerne ses satisfecit; que la quantité des citations mesure les modes intellectuelles, les positions de pouvoir et l’audience d’un auteur plus que la qualité de l’article cité; que tout cela ne peut produire qu’un aplatissement et une servilité de la pensée.
Certains vétilleux, comme Olivier Boulnois, médiéviste, philosophe, directeur d’études de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), vont même jusqu’à examiner en détail les listes de l’Aeres. Ils y remarquent des revues essentielles classées B, des revues inexistantes dûment répertoriées, des périodiques classés deux fois, A ou B.
D’autres s’amusent à calculer la cote d’Aristote et de Platon selon les critères bibliométriques. Très médiocre : ces piètres chercheurs grecs végéteront toute leur vie à des postes subalternes. Emmanuel Kant est mieux noté, mais nettement moins que Dov Gabbay. Albert Einstein ou Mikhaïl Bakhtine auraient du mal à obtenir une augmentation et des crédits de recherche. Le facteur d’impact de Laurent Lafforgue était nul lorsqu’il a obtenu la médaille Fields. Bref, n’importe quoi.
Tout cela ne doit pas arrêter le progrès. Pilotons la recherche, prenons le taureau par les cornes. Un bon pilotage se doit d’être automatisé, standardisé, mécanisé. Surtout ne pensons pas, comptons. Au moins, cela aura toute l’apparence de l’objectivité. Comptons, c’est ainsi qu’on encouragera la recherche, l’audace, l’originalité.
On pourrait, d’ailleurs, encore améliorer le système de classement, et, outre les séances de motivation avec PowerPoint, s’inspirer utilement des pratiques de management de McDo. Le meilleur vendeur de cheeseburgers est classé employé du mois. Il serait souhaitable, à l’astrophysicien ou à l’archéologue méritant, d’accorder le titre de chercheur du mois. Un chef de cabinet l’embrasserait sur les deux joues, on accrocherait sa photographie à l’Aeres, tout au fond du bunker, et là, enfin, on aurait pris le taureau par les cornes.
(1) Texte complet (en anglais) sur le blog de Medical Museon.
(2) Du nom d’un mathématicien canadien, John Fields (1863-1932). Ce prix, équivalent du Nobel, est attribué tous les quatre ans à un mathématicien de moins de 40 ans.
(3) Cité par Nancy Adler et Anne-Wil Harzing, «When knowledge wins: Transcending the sense and nonsense of academic rankings», Academy of Management Learning & Education, vol. 8, nº 1, New York, 2008.
(4) «When knowledge wins...», op. cit.
(5) Cf. entre autres "Sauvons l’université !", par P. Jourde
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08 décembre 2008
VALERIE PECRESSE : APRES LA FARCE ET LES MENSONGES, LA REACTION DES SENATEURS - 28 novembre 2008
- Le Plan Campus. "5 milliards", claironne le ministère. Plus prudent, le sénateur Philippe Adnot (droite)rapporteur spécial de la commission des finances, donne le "vrai chiffre" pour 2009 : "Mentionnons, enfin, l'opération Campus, qui doit doter la France d'une dizaine de campus accueillants et performants, compétitifs sur la scène internationale. Le ministère les a sélectionnés pour « leur ambition scientifique et leur rayonnement international, l'urgence immobilière et les projets présentés en termes de vie de campus ». Le financement de l'opération, extrabudgétaire, provient des produits financiers issus du placement, sur un compte spécifique, du produit de la vente par l'État d'une partie de ses actions d'EDF -3,7 milliards sur les 5 milliards prévus sont déjà réalisés. En 2009, 157 millions doivent être ainsi mobilisés. Il est essentiel, madame la ministre, d'engager le mouvement, et nous vous demanderons des précisions sur le calendrier."
Alors, ces cinq milliards ? C'est pour quand ? Un élément de réponse de la part de Jean-Léonce Dupont, rapporteur pour avis de la commission des affaires culturelles. "Devant la commission, vous nous avez assuré qu'au-delà des dix grands projets initialement retenus dans le « Plan campus », et qui bénéficieront de 800 millions entre 2009 et 2011, onze autres projets méritaient une attention particulière et recevraient 400 millions sur trois ans. L'excellence doit effectivement être partout encouragée et récompensée mais qu'adviendra-t-il des universités qui n'auront pas bénéficié de ce plan ?". Bonne question monsieur le Sénateur. Retenons l'info : 800 millions, moins 157 en 2009, égale 643, au plus, pour 2010 et 2011. A diviser par les dix campus... Et à comparer aux cinq milliards, environ, de dépenses urgentes pour mise en sécurité et aux normes des bâtiments universitaires existants selon les services du ministère...
- Le budget. Daniel Raoul, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques, a un gros doute : "Je me cantonnerai au domaine de compétence traditionnel de la commission des affaires économiques, à savoir la politique de la recherche. Le Gouvernement a annoncé une augmentation de 863 millions d'euros du budget de la recherche en 2009. Mais près de 20 % de cette somme est destiné au financement des retraites des personnels ; les crédits des programmes de recherche stagnent." Ah, finalement, c'est donc pour cela que les directeurs de labos ne voient pas la couleur de la manne budgétaire...
- Le Plan Licence. Toujours lucide, Jean-Léonce Dupont, souligne "S'agissant du premier bilan du « Plan licence », quelles suites envisagez-vous de donner aux propositions du groupe de travail chargé de formaliser un cahier des charges en vue de la création d'un bureau d'aide à l'insertion professionnelle au sein des universités ? Les pratiques sont très hétérogènes et l'implication des établissements très inégale. Je m'interroge également sur la relative modestie des crédits inscrits à ce titre pour 2009 et sur le risque d'émiettement des moyens consacrés à cette mission essentielle des universités."
- Le Crédit d'impot recherche. Christian Gaudin, rapporteur spécial de la commission des finances :" Le crédit d'impôt recherche (CIR) augmenterait de 620 millions, pour dépasser 2 milliards : j'espère que ces prévisions se vérifieront. Le CIR semble être une dépense fiscale structurante, résultant d'un vrai choix politique et très visible, notamment à l'étranger. Son efficacité doit être examinée avec soin, tant pour les PME que pour les grandes entreprises, j'y consacrerai mes prochains travaux de contrôle budgétaire ; l'Assemblée nationale a d'ores et déjà, avec l'article 46 bis, prévu qu'un rapport d'évaluation du Gouvernement sera transmis au Parlement avant le 30 novembre 2009." Oui, il serait utile de connaître ce rapport... surtout que l'étude des relations entre l'évolution du CIR et celle des dépenses privées de R&D semble indiquer que le premier n'a pas l'efficacité magique que semble lui prêter la ministre. Même Bercy commence à s'affoler de le voir s'envoler, au bénéfice premier des grands groupes industriels, sans bénéfice réel pour la collectivité. Le sénateur Daniel Raoul enfonce le clou : "Dans le contexte économique actuel, les entreprises suppriment des emplois et n'augmenteront probablement pas leurs investissements de recherche. D'ailleurs, comme l'a montré un rapport du Conseil d'analyse économique, ce crédit d'impôt profite essentiellement aux grands groupes, et constitue un effet d'aubaine plutôt qu'une réelle incitation à la recherche. Il conviendrait de cibler cette mesure en direction des PME innovantes." De son côté, Ivan Renar affirmait : "Rappelons qu'entre 2002 et 2006, les dépenses de recherche des entreprises ont augmenté plus lentement que les frais afférents au crédit d'impôt recherche. C'est pourquoi nous avions proposé de limiter la progression de ce dispositif pour augmenter les crédits des universités, mais cette suggestion n'a pas été retenue."
- L'emploi scientifique. Le sénateur Ivan Renar dénonce : "Vous supprimez plus de 900 emplois et programmez la disparition d'allocations doctorales et post-doctorales. Chacune des 130 chaires sera gagée par la suppression d'un poste à l'université et d'un autre dans l'organisme de recherche. Voilà un signal extrêmement négatif quand les étudiants boudent et que le nombre de thèses stagne." Et propose : "C'est aujourd'hui que se joue la qualité de la recherche pour les trente années suivantes, aujourd'hui qu'il faut mieux encadrer les étudiants de premier cycle, ce qui suppose de recruter mille enseignants-chercheurs au lieu d'imposer aux maîtres de conférences des heures supplémentaires qui les empêchent de poursuivre leurs recherches. C'est aujourd'hui que ces secteurs ne doivent plus être soumis à ce dogme intégriste qu'est le non-remplacement d'un départ en retraite sur deux."
- le rang de la France. Ivan Renar, souligne que "dans son discours d'Orsay, le Président de la République affirmait que la France, reléguée en seconde division de la recherche mondiale, ne serait plus la France. Or notre pays a perdu du terrain en très peu de temps. La France était en 1970 le 3e pays au monde pour les dépenses intérieures consacrées à la recherche et au développement en proportion du PIB ; elle était encore au 5e rang en 1985, au 7e en 1995, mais elle est aujourd'hui tombée au 14e rang. Le taux de 2,08 % du PIB consacré à la recherche est le plus bas depuis vingt-cinq ans ; pour la seule recherche civile, ce taux stagne en dessous de 1,90 %. Dans le même temps, d'autres pays progressent : l'Allemagne dépense, en proportion, un tiers de plus que la France pour sa recherche civile, la Japon 75 %, et la Finlande 82 %."Depuis cinq ans, les gouvernements successifs ont répété que la France financerait massivement sa recherche publique, à hauteur d'1 % du PIB. Le budget de la recherche serait ainsi devenu l'un des plus élevés du monde. Mais on en est loin. Le financement public de la recherche s'élève à 0,85 % du PIB, mais cela comprend la recherche publique menée par les universités et les organismes, la recherche militaire, les « grands programmes » nucléaires, spatiaux et aérospatiaux en partie, ainsi que diverses recherches industrielles. Pour la recherche publique stricto sensu, la France ne dépense que 0,6 % du PIB et se trouve en 18e position mondiale, après la Turquie."
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l'abbé
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07 décembre 2008
Gauchet et cie : Conditions de l'éducation - éducation et démocratie
" Jamais l’accord sur les objectifs et les valeurs de l’éducation n’a été aussi large : tout le monde se retrouve dans l’idéal d’une éducation vraiment démocratique. Mais jamais l’incertitude n’a été aussi grande quant aux moyens à employer pour y parvenir. Les divisions font rage chez les professionnels de l’éducation. Les uns souhaitent le retour à des pratiques qui, disent-ils, ont fait leurs preuves ; les autres s’efforcent d’adapter les discours et les pratiques à une réalité sociale nouvelle et confuse. L’effort des trois auteurs est ici de repenser radicalement le lien entre démocratie et éducation, en s’interrogeant cette fois sur les conditions de l’enseignement. Car nous nous accordons tous pour dire que l’école doit transmettre des savoirs, mais nous ne savons plus quelle signification ce mot a aujourd’hui. Qu’est-ce qu’un savoir dans un monde qui égalise toutes les convictions ? Qu’est-ce que l’autorité dans un monde qui énonce l’égalité des individus ? Qu’est-ce que la transmission dans un monde marqué par l’instantanéité et la coupure des générations ? Tant que l’on n’aura pas posé ces questions, et qu’on ne leur aura pas trouvé d’éléments de réponse, on continuera à ne pas savoir ce qu’enseigner veut dire."
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l'abbé
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Appel des maîtres d'école primaire
contre la démolition de l'école publique.
La pétition demandant la démission de X. Darcos, lancée le 23 novembre, a recueilli à ce jour plus de 10.000 signatures.
Ici, un lien vers le texte de la pétition, la liste des signataires, et un document d'information (8 p.) sur le contexte et les ramifications.
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CJ
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