20 juin 2008

A lire - visage des conflits autour des Lettres-SHS

Après le succès du blocage du processus de découpe du CNRS hier - et après (ou au milieu d') une période très troublée dans tous les fronts de la vie de l'établissement, qui doit faire face aux attaques politiques qu'on sait contre l'institution sociale de la recherche publique : une prise de position d'Antoine Compagnon dans Le Monde daté du samedi 21 juin, intitulé "Les sciences humaines entre universités et CNRS. Le plaidoyer en faveur du statu quo serait plus convaincant s'il servait l'excellence scientifique". Ces lignes de front sont à savoir et à faire savoir.


Les sciences humaines entre universités et CNRS, par Antoine Compagnon
LE MONDE 20.06.08 14h09 • Mis à jour le 20.06.08 14h09

Le gouvernement prépare la transformation du CNRS en un nombre restreint d'instituts nationaux spécialisés : deux instituts existent déjà (physique nucléaire et des particules, sciences de l'Univers) ; plusieurs seraient créés (mathématiques et interfaces, physique et nanosciences, chimie, sciences de l'ingénieur, écologie et biodiversité). Les sciences humaines et sociales (SHS) doivent-elles rester au CNRS pour y former elles aussi un institut, ou bien rejoindre les universités ?

La France doit-elle continuer de distinguer dans les SHS deux types de personnels, sans grande mobilité entre eux, depuis le recrutement vers l'âge de 30 ans jusqu'au départ à la retraite : les chercheurs statutaires à plein temps et les enseignants-chercheurs, lesquels consacrent en principe la moitié de leurs activités à la recherche ? Rien n'est moins sûr.

Je ne me prononcerai pas sur les sciences dures, encore que, dans les pays comparables à la France, on ait d'excellentes sciences non seulement humaines et sociales, mais aussi naturelles et exactes, sans chercheurs recrutés à vie. Mais les Etats-Unis eux-mêmes, dans certaines disciplines de haute technologie, disposent de grands laboratoires publics ou privés - Brookhaven, Bell Labs - où travaillent des chercheurs à plein temps, mais en général sans y faire toute leur carrière.

Dans la plupart des pays étrangers, le va-et-vient est permanent entre l'enseignement et la recherche, entre plus ou moins d'enseignement et plus ou moins de recherche, entre des périodes de recherche intégrale et des périodes de recherche mêlée d'enseignement. La formule française, qui reste conforme à celle des anciennes académies du bloc soviétique, est-elle meilleure ?

On n'a pas les mêmes projets, priorités ni besoins tout au long d'une vie de chercheur. Durant certaines phases, il est indispensable, ou du moins très avantageux, de pouvoir disposer de 100 % de son temps pour la recherche, mais à d'autres époques, l'enseignement relaie et relance la recherche. Les carrières seraient plus productives si elles permettaient d'adapter, à un moment donné et surtout au cours des années, l'équilibre entre l'enseignement et la recherche en fonction de l'état des projets individuels ou collectifs, et de leurs exigences.

Un argument souvent avancé en faveur du maintien des SHS au CNRS est la survie de certaines disciplines rares - comme les langues anciennes, bientôt peut-être la littérature française du Moyen Age ou de la Renaissance -, que les universités laisseraient dépérir si elles leur étaient confiées. L'argument est peu convaincant. D'une part, auprès des universités, de vénérables institutions comme l'Ecole pratique des hautes études (EPHE) abritent elles aussi les matières érudites. De l'autre, ces disciplines ne se portent pas plus mal dans les pays sans CNRS : leur présence à l'avant-garde de l'enseignement et de la recherche est une condition indispensable à l'existence d'une université digne de ce nom, et ces savoirs gratuits mais précieux sont souvent mieux protégés par les scientifiques, médecins ou mathématiciens humanistes, que par les praticiens radicaux des sciences sociales.


CLIENTÉLISME


Un seul argument serait déterminant en faveur du maintien des SHS au CNRS : si les recrutements y étaient meilleurs que dans les universités, moins affectés par le clientélisme, plus soucieux de l'excellence scientifique. Or ce n'est pas le cas, comme le dernier concours vient encore de l'illustrer. On nous vante l'évaluation quantitative, la bibliométrie, la traçabilité, les facteurs d'impact, les indices g ou h, mais, en SHS, la direction scientifique du CNRS ne respecte pas les propositions des jurys qui ont étudié les dossiers, auditionné les candidats et voté à bulletin secret. Elle n'hésite pas à déclasser les admissibles sans explication pour placer des proches. Au moment d'une réforme, le CNRS compromet ainsi sa légitimité.

La recherche en SHS serait mieux servie par des recrutements conjoints dans les universités et par un jury national accordant des décharges totales ou partielles d'enseignement pour une durée déterminée, par exemple cinq ans, éventuellement renouvelable en fonction d'un projet de recherche individuel ou collectif et de l'évaluation des résultats passés. Là où de lourdes infrastructures sont mobilisées, comme en archéologie, dans les instituts français à l'étranger (tels Rome, Athènes ou Le Caire), ou à l'ex-Institut national de la langue française de Nancy (Inalf), il est probable que les chercheurs resteraient plus longtemps à demeure.

En fin de carrière, on pourrait sans doute constater que certains surdoués - tels les lauréats de ces "genius awards", comme on appelle les MacArthur Fellowships aux Etats-Unis - auraient fait presque exclusivement de la recherche et peu d'enseignement, mais cela n'aurait pas été décidé une fois pour toutes à 30 ans, et la plupart d'entre nous auraient alterné entre des cycles de recherche plus intense et des intervalles d'enseignement plus consistant. Le conseil d'administration du CNRS, qui doit aborder la réorganisation de l'organisme à l'horizon 2020, devrait proposer une nouvelle coordination entre recherche et enseignement dans les SHS et en finir avec la bifurcation inaugurale des carrières.

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Antoine Compagnon est professeur de littérature française au Collège de France.

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Intéressant encore : les commentaires postés sur le site web du Monde - recueillis à 19h30 le vendredi 20 :

walsdorf
20.06.08 18h28
En SHS, je ne juge que ce champ, je ne vois pas non plus de différence qualitative entre les publications signées par les enseignants-chercheurs et ceux signées par les seuls chercheurs. Qu'on m'explique donc pourquoi il faudrait pérenniser cette France à deux vitesses (celle au contact des étudiants et celle qui ne l'est pas) qui est une insulte au principe d'égalité auquel, je crois, nous sommes tous attachés. Ou alors cesser d'avoir des exigences scientifiques vis à vis des universitaires!

walsdorf
20.06.08 18h23
Magnifique article! Comme professeur d'université (SHS), j'ai toujours été choqué de voir un tiers état se coltinant les amphis, les corrections de copies, la préparation des cours, l'encadrement des étudiants et maintenant le suivi des carrières quand, au même moment, les rentiers du CNRS s'évitaient ce type de servitudes. Pour un statut commun, le nôtre! A bas les privilèges! Quand on entend les rentiers de Sauvons la recherche, on sait qu'il n'y aura jamais de nuit du 45 août.

PrometheeFeu
20.06.08 17h50
@Michel R: Je vous conseil de jeter un coup d'œil a la liste des gagnants des prix Nobel d'économie par exemple et de regarder qui a finance leurs recherches. Il s'agit dans la plus part des cas d'universités privées qui dans certains cas se sont contente de les couvrir d'or sans rien leur demander d'autre que d'exister au sein de leur murs et si possible de réfléchir. Pas vraiment la même chose que ce qui se passe en France.

L'observateur
20.06.08 17h07
Tout à fait d'accord avec ce point de vue et ces propositions, qui pourraient très bien s'appliquer aux sciences dures également. Ils faut également rappeler que c'est en mathématiques que le ratio chercheurs statutaires/enseignants-chercheurs est le plus faible en France, ce qui n'empêche pas cette discipline d'être une des plus performantes au plan mondial. Comme quoi on peut faire de la bonne science sans être nécessairement chercheur à vie...

j6b
20.06.08 17h01
Mes collègues manient souvent la langue de bois des "syndicats" (non au démantèlement, etc.), car ils sont de gôche, et surtout veulent éviter les insultes habituelles (voir ce forum, où un partisan d'une réforme ne peut être qu'un vendu), mais tous ceux et toutes celles qui exercent des responsabilités souhaitent in petto une réorganisation simplificatrice, qui est heureusement en marche.

désespérant...
20.06.08 17h00
Proposition paradoxale qui en dit long sur le mépris du travail d'enseignement (et partant des étudiants !). Les chercheurs brillants et novateurs seraient ainsi dispensés de former nos futures têtes pensantes, lesquelles devraient se contenter des chercheurs les plus médiocres. Et plus on est médiocre, plus on forme la jeunesse dans ce système. Vous pensez réellement que cela améliorerait la situation de l'enseignement supérieur ?

j6b
20.06.08 16h52
Merci et bravo à Antoine Compagnon. SHS ou pas, la distinction entre "deux types de personnels, sans grande mobilité entre eux, depuis le recrutement vers l'âge de 30 ans jusqu'au départ à la retraite : les chercheurs statutaires à plein temps et les enseignants-chercheurs" est une stupidité. Dans mon laboratoire d'informatique (200 personnes) il y a trois types de personnels (Université, CNRS, INRIA), trois types de recrutement, trois budgets !

millicurie
20.06.08 15h38
Le CNRS est une corporation fermée avec des idées à l'avenant. Il tire l'essentiel de ses novations d'une copie discrète de ce qui se fait ailleurs, surtout en Amérique du Nord. Choisir d'être fonctionnaire est une voie honorable. La recherche en est une autre. Tuer la recherche comme le fait "Sauvons la recherche" relève d'une forme aiguë d'hypocrisie qui remonte à la domination stalinienne exercée sur l'organisme. Ajouter le bonapartisme sur cet édifice et vous obtenez le mélange actuel.

GILBERT D.
20.06.08 15h16
Bravo ! la fermeté de cette position m'enchante. Bien sûr, il y a quelque chose de symbolique et de désagréable dans l'éviction des SHS hors du CNRS. Mais dès qu'on regarde la réalité, on est souvent amené à penser que le CNRS, dans les sciences humaines, est une forme de confiscation de ressources et constitue bien plus une nuisance pour les universitaires, qu'il prive d'une flexibilité.

Europekipete
20.06.08 15h12
Pour une fois une intervention intelligente sur le sujet. On desesperait.

MICHEL R.
20.06.08 14h44
Ah, que les modèles théoriques sont bienvenus lorsqu'il s'agit de passer sous silence que l'essentiel de la proposition gouvernementale consiste à donner moins de moyens à l'institution, quelle qu'elle soit ! Les SHS n'ont qu'à se débrouiller avec ce que le privé leur accordera, chichement, et leur imposera en échange en termes de thèmes. Pas besoin de s'interroger longtemps pour savoir pour qui roule le cher professeur. Il aura sans doute les récompenses qu'il mérite.

18 juin 2008

Est-ce la fin du Département des langues et cultures minorisées à Paris 8 ?

Il me semble que l'information est non négligeable, encore une régression à signaler. L'UFR des langues de Paris 8 semble envisager pour la rentrée 2008-2009 la fermeture du secrétariat du Département des langues et cultures minorisées et la "création" du CLTD (Centre de Langues Toutes Disciplines ) où seraient dispensés les cours de langues pour non-spécialistes, comme des cours d'anglais pour des étudiants ne préparant pas une licence d'anglais mais une licence de cinéma ou de littérature. Spécialiste, non-spécialiste ? Un morcellement qui trouve sans doute beaucoup de bénéfices secondaires dans un état consenti du monde.
Le Département des Langues et cultures minorisées de Paris 8 où l'on enseigne le basque, le breton, le berbère, le nahuatl, l'occiten, le quechua, le tamoul, avec le projet de tenir ensemble la langue, la littérature, la culture, a déjà été plusieurs fois dans le passé menacé de disparaître. Il semble que cela recommence.

17 juin 2008

L'universel en question

Un gros colloque en septembre.

L'universel en question - Colloque européen organisé par l'université Paris 7 du 29 septembre au 3 octobre 2008 sous la responsabilité scientifique de François Jullien et Pierre Chartier. Ce colloque est ouvert à toute personne intéressée. Inscription gratuite et obligatoire

Programme Provisoire :
Lundi 29 septembre
10h00-12h30 Ouverture et présentation de la thématique
Guy COUSINEAU, président l'université Paris Diderot-Paris7
Christophe GIRARD, adjoint chargé de la culture à la Marie de Paris
Frédéric OGEE, vice-président chargé des Relations Internationales,
université Paris Diderot-Paris7
François JULLIEN, philosophie, sinologie, professeur à l'université
Paris Diderot-Paris7, membre de l'IUF , directeur de l'Institut de la
Pensée Contemporaine
Pierre CHARTIER, directeur adjoint de l'Institut de la Pensée
Contemporaine, université Paris Diderot-Paris7
14h30-17h00 « L'universel, exigence de la science et de la logique ? »
Dominique LECOURT, philosophie, épistémologie, professeur à
l'université Paris Diderot-Paris7, responsable du centre Georges
Canguilhem
Claude IMBERT, philosophie, ENS Ulm, Paris
Etienne KLEIN, physique, professeur à l'Ecole Centrale, directeur de
recherches au CEA
Philipe DESCOLA, anthropologie, professeur au Collège de France
18h00 Cocktail de bienvenue à l'université Paris-Diderot-Paris7
Mardi 30 septembre
9h30-17h00 « Construction et déconstruction de l'universel »
Marcel GAUCHET, sciences politiques, directeur d'études à l'EHESS,
directeur adjoint du Débat
Monique DAVID-MENARD, philosophie, psychanalyse, responsable
du centre d'Etudes du Vivant
Paul-Laurent ASSOUN, philosophie, psychanalyse, professeur à
l'université Paris Diderot-Paris7,
Philippe RAYNAUD, philosophie politique, professeur à l'université
Paris 2, membre de l'IUF
Paolo FABBRI, sémiologie, linguistique, professeur à l'université de
Venise
Arnold DAVIDSON, philosophie, professeur aux universités de Chicago
et de Pise
18h00 Réception au siège français de l'Université de Chicago
Mercredi 1er octobre
9h30-12h00 « L'universel à l'épreuve des cultures » (1ère partie)
Table ronde et réunion des étudiants Erasmus
14h30-17h00 Philippe D'IRIBARNE, gestion et politique, directeur d'études au CNRS
Florence DUPONT, langue et civilisation latines, professeur à l'Université
Paris Diderot-Paris7
Martin RUEFF, littérature, philosophie, université Paris Diderot-Paris7,
co-responsable du centre Roland Barthes
Roger-Pol DROIT, philosophie, directeur d'études au CNRS
18h00 Visite commentée de collections du Louvre en nocturne
Jeudi 2 octobre
9h30-14h00 « L'universel à l'épreuve des cultures » (2ème partie)
René LEVY, philosophie, directeur du centre d'études lévinassiennes
LE HUU KHOA, anthopologie de l'Asie du sud-est, professeur à
l'université de Lille III
Léon VANDERMEERSCH, sinologie, directeur d'études à l'EPHE
Gilles KEPEL, Islam, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris
14h30 Visite guidée d'un Paris historique sur des thèmes européens
17h30 Promenade sur la Seine en bateaux mouches
19h30 Dîner de convivialité offert aux intervenants
Vendredi 3 octobre
9h30-17h « L'avenir de l'universel »
Bruno RACINE, président de la Bibliothèque Nationale de France
Bruno LATOUR, philosophie, directeur-adjoint à l'Institut d'Etudes
Politiques de Paris, membre de l'IUF
Frédéric OGEE, langue et civilisation britanniques, professeur à
l'Université Paris Diderot-Paris7
Julia KRISTEVA, littérature, sémiologie, psychanalyse, professeur à
l'Université Paris Diderot-Paris 7, membre de l'IUF, responsable du
centre Roland Barthes
Hubert VEDRINE, ancien ministre
François JULLIEN, philosophie, sinologie, professeur à l'Université
Paris Diderot-Paris7, membre de l'IUF, directeur de l'Institut de la
Pensée Contemporaine
18h00 Cocktail de clôture à la BNF

16 juin 2008

Précarité de l'enseignement



"Le Rectorat de Créteil, jamais en retard dans l'innovation pour développer la précarité et mettre en place les mesures les plus rétrogrades, organise dès maintenant le recrutement d'étudiants pour devenir vacataire en collège ou en lycée à la rentrée prochaine..."


(Information reçue par IB)

12 juin 2008

Lecture critique et critique de la lecture. Le Théâtre et le Livre de Mallarmé

Isabella Checcaglini soutiendra demain, vendredi 13 juin à 14h30, salle D301, Université Paris 8, sa thèse de Doctorat, "Lecture critique et critique de la lecture. Le Théâtre et le Livre de Mallarmé", qu'elle a préparée sous la direction de Gérard Dessons.

Financement des universités

A lire cet article de Libé portant sur un rapport du Sénat qui fait froid dans le dos :

"Un rapport préconise de financer les universités «sur des critères de performance»
Pour mesurer la performance, «le taux d’insertion professionnelle» et «le niveau de salaire» seraient pris en compte. Le ministère de l’Enseignement supérieur qualifie ce rapport du Sénat de «contribution importante».
AFP
LIBERATION.FR : mercredi 11 juin 2008
Encore un rapport qui va faire du bruit. Celui-ci, publié par le Sénat, préconise un système de répartition des moyens budgétaires de l’Etat aux universités s’appuyant «sur des critères de performance», notamment sur l’insertion professionnelle des étudiants. Interrogé, le ministère de l’Enseignement supérieur affirme que ce rapport est «une contribution importante» à la réflexion sur les universités.
Ce travail, mené par six sénateurs, dont les rapporteurs sont Philippe Adnot (NI, Aube) et Jean-Léonce Dupont (UC-UDF, Calvados), porte sur «la réforme de l’allocation des moyens par l’Etat aux universités», une réforme à laquelle l’Etat réfléchit en parallèle à la mise en oeuvre de la loi sur l’autonomie des universités.

Le groupe de travail du Sénat «soutient, sur la base des travaux engagés par le ministère (de l’Enseignement supérieur, ndlr), la mise en place d’un système de répartition couvrant les activités de formation et de recherche des établissements d’une part, en s’appuyant sur des critères de performance d’autre part», écrit-il.

L’actuel dispositif, dit «système San Rémo», en place depuis 1991-1992, est critiqué par de nombreux acteurs pour son caractère illisible, opaque et complexe. Dans ce système, la recherche faisait l’objet d’un financement à part. Le système préconisé par les sénateurs est dénommé «SYMPA: système de répartition des moyens à la performance et à l’activité». L’objectif est double, selon les sénateurs: «restaurer une plus grande équité entre les universités» et inciter «ces dernières à davantage d’efficience dans l’utilisation de leurs moyens».

Les sénateurs préconisent aussi «des marges de manoeuvres financières supplémentaires» pour pouvoir mettre en place ce nouveau modèle d’allocation. L’allocation globale dont bénéficient les universités dans le cadre de leur autonomie est de 8,5 milliards d’euros, rappellent-ils.

Parmi les critères à prendre en compte dans le nouveau modèle: «le taux d’insertion professionnelle à six mois et à trois ans» (en considérant aussi la poursuite d’études). «Le niveau de salaire ou le statut de cadre peuvent constituer des indicateurs pertinents», ajoutent-ils. Ce dernier point défavoriserait plus particulièrement les universités de Sciences humaines. Les auteurs suggèrent que ce critère soit mis en place en 2010 «pour des simulations» et en 2012 pour «une mise en oeuvre effective».

Une petite partie des crédits (1 à 2%) pourrait par ailleurs faire l’objet d’une «négociation» entre le ministère et l’université. Dans ce cadre, les rapporteurs plaident pour que soit reconnue l’amélioration de la gestion de l’université.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/331398.FR.php
© Libération

10 juin 2008

Une plaquette de poésie

A noter la parution cette semaine : Bertrand Degott, A chaque pas, L'Arrière-Pays, 2008, 39 p.

Les Genres de travers

H. Scepi et D. Moncond’huy (dir.), Le Genre de travers, littérature et transgénéricité, actes du colloque de l’Université de Poitiers, équipe FORELL, 16, 17, 18 novembre 2006, La Licorne, n° 82, Presses universitaires de Rennes, 2008, 371 p.
Argument :
"Les genres ont longtemps été perçus comme des catégories classificatoires fortement dépendantes d'un principe hiérarchique. Si, à certaines époques, le discours sur les genres et la théorie qui en découlait ont pu s'articuler sur des valeurs d'ordre et des normes réputées intangibles parce que fondées en raison, la réalité des pratiques et des oeuvres littéraires est tout autre. De l'Antiquité à la période contemporaine, l'expérience des genres a en effet suscité des déplacements et des transformations qui ont non seulement contribué à redéfinir l'usage et l'approche des formes littéraires en termes de dynamique ou d'interaction, mais aussi conduit à repenser la notion même de généricité. Le propos de ce volume collectif est de cerner, sans exclusive théorique ou réduction arbitraire aux problématiques de la "modernité", les opérations esthétiques, herméneutiques ou cognitives qu'implique une lecture transversale des genres et de la généricité. Le "genre de travers" fonde ainsi la transgénéricité comme mode d'intelligibilité privilégié des oeuvres littéraires et traversée réflexives de la littérature."
Contributeurs :
Alain Bègue, Arnaud Bernadet, Michel Briand, Brigitte Buffard-Moret, Catherine Coquio, Jacqueline Dangel, Jean-Yves Debreuille, Fernand Delarue, Pascal Durand, Camille Esmein-Sarrazin, Patricia Gauthier, Jean Goldzink, Emmanuelle Hay, Romain Jobez, Isabelle Jouteur, Pierre Loubier, Bénédicte Louvat-Molozay, Daniel Moncond'huy, Dominique Rabaté, Henri Scepi, Domique Vaugeois et Luc Vigier.

rencontres franco-américaines "linguistique et littérature"

RENCONTRES FRAN CO-AMÉRICAINES
« LINGUISTIQUE ET LITTÉRATURE »
18 ET 19 JUIN 2008 (14h00-18h30)
ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE — SALLE DES RÉSISTANTS
Dans le cadre du programme « Linguistics and the Arts of Language », soutenu par la fondation
France-Berkeley, deux après-midi de débats sont proposées les 18 et 19 juin à l’École normale
supérieure (45 rue d’Ulm, Paris 5e, salle des Résistants). Il s’agira, autour d’interventions très
brèves, de mesurer la convergence ou l’écart des approches françaises et américaines dans
l’analyse linguistique des textes littéraires.
L’après-midi du 18 juin sera consacrée à des réflexions théoriques avec trois problématiques
principales : la comparaison entre les approches continentales et anglo-saxonnes dans l’analyse
linguistique de la littérature ; la place de la notion d’« énonciation » dans l’analyse des textes
littéraires (la notion, omniprésente en France, étant fort peu utilisée aux États-Unis) ; les champs
à ouvrir ou rouvrir (nous nous intéresserons, par exemple, au retour des problématiques
philologiques en stylistique, à la place des acquis cognitivistes, à l’état de la stylistique
comparée…).
L’après-midi du 19 juin sera plus précisément centrée sur les textes en vers, autour de trois axes
de réflexion : la situation des théories du vers en Europe et aux États-Unis ; les approches non
métriques des textes versifiés et leur articulation aux analyses métriques ; les objets à étudier ou à
reprendre (et, parmi eux, la question du transfert des modèles métriques ou celle de la métrique
comparée).
Chaque participant interviendra dans sa propre langue, y compris lors des débats, qui ont
vocation à rester libres et informels.
Ces rencontres sont ouvertes à tous. Les doctorants et futurs doctorants intéressés par l’analyse
linguistique des textes littéraires y sont particulièrement bienvenus.
Organisateurs :
A nn BANFIELD (UC, Berkeley) et Gilles PHILIPPE (Grenoble III / IUF / ITEM)
Comité scientifique :
Kristin HANSON (UC, Berkeley) Sylvie PATRON (Paris VII), Julien PIAT (Grenoble III), Thelma
S OWLEY (Paris VIII).
Contact :
gilles.philippe@ens.fr

RENCONTRES FRAN CO-AMÉRICAINES
« LINGUISTIQUE ET LITTÉRATURE »
18 ET 19 JUIN 2008 (14h00-18h30)
ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE — SALLE DES RÉSISTANTS
18 juin — 14h00-18h30
Présidents : Jean-Michel Adam (Lausanne [sous réserve]) et Ann Banfield (UC,
Berkeley)
Ann BANFIELD (UC, Berkeley) : Paramètres et paradigmes. Quelques réflexions sur l’analyse linguistique de
la littérature en France et aux Etats-Unis
Robert KAWASHIMA (U. Florida, Gainesville) : Theory vs. Taxonomy in Linguistic Approaches to
Narrative
Claire BADIOU-MONFERRAN (Paris IV) : L’hypothèse non-communicationnelle du récit de fiction à l’épreuve
des textes d’Ancien régime
Zachary GORDON (UC, Berkeley), The Syntax of Integrated Direct Style
Dominique MAINGUENEAU (Paris XII / IUF) : Situer l’analyse du discours littéraire
Delphine DENIS (Paris IV) : Que faire de la philologie ?
Anne HERSCHBERG-PIERROT (Paris VIII, ITEM) : Stylistique, génétique et polyphonie
Sabine PÉTILLON (ITEM) : Processus scripturaires : questions de profils
Georges MOLINIÉ (Paris IV) : Quid de la beauté de la langue ?
19 juin — 14h00-18h30
Présidents : Kristin Hanson (UC, Berkeley) et Michel Murat (Paris IV / ENS)
Jean-Michel GOUVARD (Bordeaux III) : Questions de métrique générale
Kristin HANSON (UC, Berkeley) : Prosodic Universals in Metrical Borrowing
Jeremy ECKE (UC, Berkeley) : Miscellany and Macaronic Meters : Alliterative Appropriation of French
Poetic Form
Jacqueline GUÉRON (Paris III) : Grammaire et métrique
Sandrine BÉDOURET (Pau) : Du concept de nombre oratoire à celui de rythme
Olivier HALÉVY (Grenoble III) : Le vers comme forme symbolique ? L’exemple de la Renaissance française
Michel MURAT (Paris IV / ENS) : Y a-t-il une métrique du vers libre ?
Jean-Pierre BOBILLOT (Grenoble III) : De la poétique des vers à la médiopoétique. Pour une perspective
historique et matérialiste

Guerre contre la recherche - mobilisation le 19 juin

Je copie ci-dessous l'appel syndical à la mobilisation contre le démantèlement du CNRS, qui vient de repartir d'un nouveau mouvement de découpe - appel à la mobilisation le 19 juin, date du CA qui doit entériner la reconfiguration éclatée :

Syndicat National des Travailleurs de la Recherche Scientifique
CNRS – INSERM – INRIA – IRD – INED – INRETS - INRP

Communiqué du SNTRS-CGT

Le 19 juin se tiendra le conseil d'administration du CNRS qui doit entériner la reforme exigée par le gouvernement. Vendredi 6 juin, nous avons reçu le «Point d'étape de la politique du CNRS sur les Instituts nationaux du CNRS » et la nouvelle version du schéma stratégique.

Le premier texte montre que la direction du CNRS a fini par accepter les orientations fixées par Valérie Pécresse dans son article au journal le Monde du 21 mai 2008, et qu’elle s‘oriente vers le démantèlement rapide du CNRS.

Le CNRS sera découpé en 6 instituts :
- l'Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des Particules (IN2P3) - l'Institut National des Sciences de l'Univers (INSU)
- l’Institut National des Mathématiques et de leurs Interfaces (INMI)
- l’Institut National de Physique et Nanosciences (INPN).
- l’Institut National de Chimie (INC).
- l’Institut National d’Ecologie et Biodiversité (INE)

Les sciences de la vie, l’informatique et les sciences humaines et sociales sont soumis à des régimes spécifiques.
● Les sciences de la vie, seront constituées en un département qui ne sera qu’une partie d’un ensemble incluant l’INSERM, l’INRA et le CEA. La coordination des sciences du vivant sera installée à l’Inserm. La recherche biomédicale (Inserm, CNRS, CEA) sera pilotée par les huit instituts ce l’Inserm. Le fait de ne pas avoir confié le leadership au CNRS qui couvre l’ensemble de la biologie indique la volonté d’orienter une grande partie des sciences du vivant vers les applications thérapeutiques. Pour l’aspect de la biologie liée à l’agronomie, on ne connaît pas encore les modalités de l’organisation. L’avenir définitif de ce département sera fixé fin 2008 au moment de la signature du contrat d’objectifs entre le CNRS et l’Etat
● Pour le département STII, seule la partie informatique est abordée en la plaçant sous le co-pilotage de l’INRIA et du CNRS. Pas un mot sur l’avenir des disciplines de l’ex département SPI (section 9 et 10). Son avenir sera fixé lui aussi dans le contrat d’objectifs.
● Les sciences humaines et sociales en sont pas crées en tant qu’institut. Leur organisation sera elle aussi décidée plus tard. : « La légitimité potentielle de transformation du département actuel en un institut national des sciences humaines et sociales est forte. Une telle démarche demande cependant un travail supplémentaire de structuration de ce champ qui devra voir son aboutissement lors de l'établissement du contrat pluriannuel d'objectifs du CNRS ». Le pouvoir (gouvernement et présidence) a donc fait fi des propositions de la direction du département SHS et des scientifiques se ce secteur. [je souligne]

Que dire du renvoi des points litigieux de l’organisation de la science dans trois secteurs importants (SDV, informatique et SHS) au contrat d’objectifs ? Le contrat d’objectifs résulte de la négociation entre l’Etat et le CNRS des financements et des moyens en personnels. Il les fixe pour la durée du contrat. C’est donc labo par labo, poste par poste (en terme de budget et de personnels) que les choses seront décidées. Migus l’avait précisé : il y aura redéploiement du CNRS. Le premier acte se jouera dès le semestre prochain.

La nouvelle version du schéma stratégique implique la modification du décret de 1982 portant sur l’organisation du CNRS. Ce sera le ministère qui créera les instituts et en nommera les directeurs, contrairement au décret actuel où cette responsabilité revient au président du centre. C’est le signe clair que l’Etat veut affaiblir le CNRS en s’assurant du contrôle effectif des instituts qu’il pourra rapidement rendre autonomes. La réforme de ce décret risque également de balayer la présence des scientifiques élus par leurs pairs dans les instances des instituts, puisque la transformation des départements MIPPU, Chimie et EDD en instituts liquide de fait les conseils scientifiques de départements.

La direction du CNRS n’essaie même plus de se faire passer pour les défenseurs de la recherche fondamentale. Après avoir feint de vouloir préserver l’essentiel elle met en œuvre sans sourciller. Le projet de règlement intérieur du Comité National qui doit être soumis au CTP laisse entrevoir les nouvelles étapes de la réforme : réduction drastique des missions du Comité National (évaluation des laboratoires supprimée et statut des chercheurs sérieusement remis en cause).

Le Conseil scientifique du CNRS et les sections du Comité National, de même que les instances scientifiques universitaires (CNU) ont été mises devant le fait accompli, sommées de discuter des contours et de la structuration interne des instituts sans jamais avoir eu à se prononcer sur l’opportunité d’une telle organisation. Les propositions des Directions scientifiques, ou celles des instances scientifiques (Conseil Scientifique, Conseils Scientifiques de Département, sections du Comité National) ont été dédaignées. Pire, Mme Pécresse a annoncé la création d’instituts avant même que les instances statutaires de l’organisme aient été convoquées. Comment exprimer plus clairement le mépris de la démocratie et des instances statutaires, dont le ministère devrait pourtant être le garant ?

Au-delà de la structuration des instituts, c’est la question de la démocratie qui est posée : la procédure a été imposée, la volonté de pilotage est marquée par la décision du ministère de créer les instituts et de nommer leurs directeurs, l’éclatement pour mieux piloter est prévisible. C’est aussi la transformation des modes de financement (par appel d’offre qui bride la liberté de recherche), de la politique de l’emploi qui privilégie la précarité, la volonté de réviser le statut de titulaire et le mode d’affectation des personnels. C’est enfin la participation des scientifiques, chercheurs et ITA, aux décisions, le et les rôles respectifs du CNRS et du ministère qui sont en jeu.

Aujourd’hui, dans tous les pays, contrairement à ce que dit le gouvernement, ce sont encore des représentants élus par les scientifiques qui décident des orientations fines de la science (dans les conseils, les agences, etc.). En France on impose une organisation qui concentre les décisions entre les mains des ministères, des nommés et des dirigeants sur le modèle d’organisation des entreprises. On instaure un fonctionnement où la concurrence est présentée comme le seul facteur du progrès : concurrence entre les institutions, concurrence entre les laboratoires, concurrence entre les personnes.


Le SNTRS-CGT appelle l’ensemble des personnels de la recherche et de universités à défendre la liberté de recherche. Le 19 juin doit être une très grande journée de mobilisation. Le conseil d’administration du CNRS ne doit pas se tenir.

03 juin 2008

Je suis la révolution : parution

Je cite ici les termes de la référence que fait Y. Citton (RILI, 5, mai-juin 2008, 10, note) à un ouvrage paru récemment, et qui fera écho à la dynamique révolution / réaction, l'un des pans de question que Polart travaille dans le chantier "Débat et démocratie" : :
"Sur les rapports, à la fois obsédants, variables et trompeurs, entretenus entre la création littéraire et l'imaginaire de la Révolution, voir le livre récent de Laurent Jenny, Je suis la révolution, Belin, Paris, 2008."

Regard (angliciste) sur l'actualité de la théorie/theory

Le centre de recherche en littérature anglophone de Paris X, "Tropismes", organise une deuxième manifestation autour de la "théorie", après le colloque "Où va la théorie?/Whither Theory?" de 2003.
Le colloque international "Résonance de la théorie / The Relevance of Theory" aura lieu les 12, 13 et 15 juin prochains.
Le colloque ouvrira avec une conférence plénière de Jonathan Culler (Cornell University), intitulée "Theory of the Lyric", et se déclinera ensuite en trois ateliers parallèles - dont l'un consacré au travail de Jean-Jacques Lecercle : atelier intitulé "Language in Deed".
Le programme détaillé est consultable en ligne, ainsi que l'ensemble des abstracts des interventions prévues.

Avant de copier ci-dessous l'argumentaire qui oriente les travaux, mon grain de sel (motivé d'ailleurs par une remarque d'AB) : les études anglaises ont un rôle, ou disons au moins une situation, particulier/ère dans l'histoire récente de la théorie en France (voir, pour jalon, le French Theory de François Cusset). Cet événement est aussi un aperçu sur la situation des disciplines et des rapports de transdisciplinarité (largement bloqués, par la réforme LMD la première...) en France - et permet, déjà en sa simple qualité de symptôme et avant même les travaux, de voir se dessiner un largement bigger picture dans lequel comprendre les enjeux actuels effectifs des débats français, un peu mous, sur la théorie : celui d'une géopolitique scientifique, dont les dimensions dépassent entièrement les catégorielle, corporatiste, territoriale, puisque nationale, etc. M'est avis que : c'est là qu'il faut regarder.

Argumentaire :
Il y a quatre ans, le texte de présentation du colloque international « Où va la théorie? » (19-20-21 juin 2003), débutait sur le ton du manifeste : « un spectre hante l’anglicisme : le spectre de la théorie. » Aujourd’hui il est clair que le fantôme se porte bien, au point de perdre son aspect fantomatique, au point de prendre des couleurs. Tant il est vrai que, dans les disciplines qui composent l’anglicisme (linguistique, civilisation, littérature), on ne sent plus le besoin de défendre l’existence de la théorie, de réaffirmer sa nécessité. Cette nécessité étant largement admise, ce qui reste en question est la résonance de la théorie : sa pertinence pour notre discipline, ses effets, ses avancées, ses limites aussi.

Car l’autosatisfaction n’est pas de mise. Il faut évaluer la force et les faiblesses, dans notre champ de recherche, de la théorie : ce qu’elle nous permet, et ce qu’elle ne nous permet pas, de dire sur nos objets. Et nous n’avons que trop conscience d’appartenir à la deuxième génération des adeptes de la théorie, dont les pères fondateurs ont aujourd’hui disparu. L’objet de ce colloque est donc, dans cette nouvelle conjoncture, de cerner les problèmes, de poser les questions que l’indéniable résonance de la théorie suscite. La liste qui suit est ouverte, provisoire et indicative.

On réfléchira sur la différence linguistique et culturelle entre les conceptions anglo-saxonne et française de la théorie.

On réfléchira sur la persistance de la théorie, sur sa résistance à l’usure du temps. Il est aujourd’hui clair que les proclamations sur « la fin de la théorie » n’expriment guère que les désirs de leurs auteurs. L’explication habituelle de cette persistance est fondée sur le lien entre théorie et critique.

Et comme la critique (de la société, du langage, de la littérature et de l’art) est plus que jamais nécessaire, on réfléchira sur la contribution que, dans la conjoncture actuelle, la théorie apporte à cette critique.

On réfléchira enfin sur la diversité de la théorie, laquelle aujourd’hui se décline résolument au pluriel. Non pas tant à cause du phénomène des modes théoriques qui se succèdent (et qui est en soi digne d’intérêt) que parce que la résonance de la théorie se marque dans la multiplication des objets et des champs de recherche qu’elle investit.

02 juin 2008

sonnet contemporain

Je signale la parution de :
A. Chevrier, D. Moncond'hui (sous la dir. de), Le Sonnet contemporain, retours au sonnet, Formules, 2008.
Editorial et sommaire complet :http://www.formules.net/revue/12/index.htm.

01 juin 2008

L'identité nationale - un texte, et un anniversaire

Le décret instituant le Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement a eu un an hier. Occasion pour :

1. diffuser un texte envoyé à Polart par Michel Savaric (MCF en civilisation britannique et irlandaise, Université de Franche-Comté) : "L'identité nationale en question". Le texte est joint sous forme de "Commentaire" associé à ce post (voir infra).

2. noter que se tenait hier une "Rencontre avec neuf revues de sciences humaines et sociales ayant publié ou préparant un numéro ayant publié ou préparant un numéro sur la création de ce ministère, ses significations et/ou ses politiques" [info reçue par la liste de diffusion du réseau Terra : Travaux, Etudes et Recherches sur les Réfugiés et l'Asile]. La rencontre était organisée par l'Observatoire de l'institutionnalisation de la xénophobie ( http://observix.lautre.net/) à la Sorbonne. Pour le détail du programme : cliquer ici.
Détail des 9 dossiers :
. Asylon(s), n°4, mai 2008 "Institutionnalisation de la xénophobie" : http://terra.rezo.net/rubrique139.html sous la direction de l'Observ.i.x ; intervenants : Marc Bernardot, Jean-Baptiste Duez, Benoît Larbiou
. Consommation & Société (numéro en préparation), sous la direction de Séverine Dessajan, Nicolas Hossard, Elsa Ramos
. Cultures & Conflits, n°69, avril 2008 "Xénophobie de gouvernement, nationalisme d'Etat" : http://terra.rezo.net/article705.html sous la direction de Jérôme Valluy
. Journal des Anthropologues, Hors série, 2007 "Identités nationales d'Etat" : http://terra.rezo.net/article702.html sous la direction de Laurent Bazin, Robert Gibb, Monique Selim
. Lignes, n°26, mai 2008, "Immigration, rétention, expulsions. Les étrangers indésirables." : http://www.editions-lignes.com/public/catalogueRevue.php sous la direction de Alain Brossat, Mathilde Girard, Olivier Le Cour Grandmaison
. Migrations Société (numéro en préparation), sous la direction de Luca Marin, Pedro Vianna
. Raisons politiques, n°26, mai 2007, "Choisir ses immigrés ?": http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2007-2.htm, sous la direction de Speranta Dumitru, Marc Rüegger ; intervenant : Geert Demuijnck
. Raison Présente (numéro en préparation), sous la direction de Christian Ruby ; intervenant : Stanislas D'Ornano
. Savoir / Agir, n°2, déc. 2007, "Identité(s) nationale(s) : le retour des politiques de l'identité ?" : http://terra.rezo.net/article729.html, sous la direction de Romain Bertrand, Sylvain Laurens.

31 mai 2008

Nouvelle contribution sur l'enseignement supérieur en Europe

Parution, ce mois de mai, d'un nouvel ouvrage chez Raisons d'agir : Le Cauchemar de Humboldt. Les réformes de l'enseignement supérieur européen, Franz Schultheis, Marta Roca I Escoda et Paul-Frantz Cousin (dir.)

La conclusion de l'ouvrage est également disponible en ligne, dans le site du magazine de L'Homme moderne : "L'esprit de Bologne : 'Si les universités ne s'adaptent pas, on se passera d'elles' ", par Yves Winkin.

24 mai 2008

Politique du savoir : lecture indispensable

Il faut absolument lire l'article de Sandrine Garcia, "L'Expert et le profane : qui est juge de la qualité universitaire ?" - paru dans Genèses, 2008/1, 70, 66-87 (dans un dossier Devenir expert), et qui fournit des outils extrêmement précieux pour un diagnostic vraiment informé sur l'environnement de politique du savoir dans lequel nous avons à évoluer.
Question d'une politique de la valeur, en temps d' "économie de la connaissance", et ses instruments para-institutionnels pour une "minoration" (terme de Garcia) tous azimuts des critères, des formes, et des statuts du scientifique.

22 mai 2008

Journée "Benveniste" à l'IMEC (CAEN)

Juste un rappel: il y a encore de la place...
Programme de la journée :
10h30 : Accueil avec visite de l’IMEC.
11h15 : Ouverture par Albert Dichy (IMEC, directeur littéraire)
et Jean-Marc Guéguéniat (IUFM, administrateur)
Travaux présidés par Jean-François Thémines (IUFM, directeur adjoint - recherche)
11h30 : Gérard Dessons (Université Paris VIII)
« La place du poème dans la théorie du discours »
12h15 : Daniel Delas (Université de Cergy-Pontoise)
« Subjectivité et discours post-colonial »
13h00 : Repas à l’IMEC (prière de s’inscrire)
Travaux présidés par Nathalie Léger (IMEC, directrice scientifique)
14h30 : Chloé Laplantine (ITEM et Université Paris VIII)
« La poétique d'Émile Benveniste»
15h15 : Émilie Brunet (ITEM et Université Paris III)
« Les archives de Benveniste : ouvertures »
16h00 : Pause
16h30 : Jérôme Roger (Université Bordeaux III et IUFM d’Aquitaine)
« Émile Benveniste : l’écriture de l’essai »
17h15 : Serge Martin (UCBN et IUFM de Basse-Normandie)
« Émile Benveniste : la relation dans et par le langage »
17h45 : Discussion générale et conclusion par Albert Dichy et Serge Martin
Renseignements : serge.martin@caen.iufm.fr
Inscriptions à l’IMEC : 02 31 29 37 37 ou estelle.kersale@imec-archives.com
Pour réserver le repas du midi, prière d’envoyer un chèque de 12,70 €
avant le 25 mai à l’IMEC F-14280 St-Germain-la-Blanche-Herbe
Fax. : 02 31 29 37 36
email : ardenne@imec-archives.com

Parution sur Benveniste - énonciation (2007)

Est-ce que je suis la seule à avoir raté la parution, en 2007, de La Notion d'énonciation chez Emile Benveniste, par Aya Ono (Lambert-Lucas, Limoges) ? - avec préface de Michel Arrivé et postface de Claudine Normand.

élémentaire

Je signale la parution de "La morale élémentaire, aventures d'une forme poétique, Queneau, Oulipo, etc.", La Licorne n°81, PUR, mai 2008.
amicalement, Sandrine.

21 mai 2008

Correctif, programme de la journée Benveniste à l'ENS du 6 juin

Je redonne ici le programme avec ses modifications :


Regards croisés sur l’énonciation
Actualité d’Emile Benveniste dans les sciences du langage
Vendredi 6 juin 2008, 9h – 18h
ENS, Amphi Jules Ferry, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris
ENTREE LIBRE
Contact : Emilie.Brunet@univ-paris3.fr / Rudolf.Mahrer@unil.ch
9h – 9h30
Emilie Brunet (Université Paris 3 Sorbonne nouvelle) & Rudolf Mahrer (Université Paris 3 Sorbonne nouvelle – Université de Lausanne)
Présentation de la journée
9h30 – 10h
Chloé Laplantine (Université Paris 8, Vincennes – Saint-Denis)
" Poétique d’Emile Benveniste "
10h10-10h40
Claude Calame (Centre Louis Gernet, UMR 8567 CNRS / EHESS - Université de Lausanne)
" Sujet de discours et énonciation : la construction d'un soi collectif (à l'exemple d'un poème rituel grec)"
10h50-11h10 : Pause
11h10-11h40
Almuth Grésillon & Jean-Louis Lebrave (ITEM, UMR 8132, CNRS / ENS)
" Génétique et énonciation – mode d’emploi "
11h50-12h20
Irène Fenoglio (ITEM, UMR 8132, CNRS / ENS)
" Les manuscrits d’Emile Benveniste. Déplier l’écriture pensante pour expliciter l’article publié "
12h30-14h30 : Pause déjeuner
14h30-15h
Sarah de Voguë (Université Paris Ouest Nanterre-La défense – UMR LLF 7110 CNRS / Paris 7)
" L’énonciation dans le lexique : actualité du concept benvenistien d’intégration dans la théorie culiolienne des formes schématiques "
15h10-15h40
Mathieu Valette (UMR ATILF 7118 CNRS / Nancy Université)
" Problématiques cognitives chez Emile Benveniste "
15h40-16h10
François Sauvagnat (Université de Rennes II – EA 4050)
" Quelques remarques sur le dialogue entre Benveniste et Lacan concernant l’énonciation "
16h20-16h35 : Pause
16h35-18h
Jean-Claude Coquet (Paris 8), Gérard Dessons (Paris 8), Claudine Normand (Paris 10), Christian Puech (Paris 3)
Table ronde / Bilan

20 mai 2008

Note de lecture - Chantier Débat et démocratie

Chers tous,
je me permets de sortir des replis du blog un texte qui nous a été envoyé aujourd'hui en commentaire du chantier Débat et démocratie, par un énigmatique correspondant qui signe Titusdenfer (merci Titus) - lien donc vers un message daté du 28 août dernier, où l'auteur nous donne une note de lecture sur Servitude et simulacre. Réfutation des thèses réactionnaires et révisionnistes du postmodernisme, de Jordi Vidal (Paris, Allia, 2007).

19 mai 2008

Rythmes : le grand englobant anthropologique ?

Décidément, le rythme est à la mode. Ou comment le rythme sert d'universel à la façon d'une sémiotique. Un livre d'actualité :
Lindley, Elisabeth et Laura McMahon (dir.), Rhythms. Essays in French Literature, Thought and Culture, Oxford - Bern - Berlin - Bruxelles - Frankfurt am Main - New York - Wien, Peter Lang, "Modern French Identities", 2008, 238 p.
Présentation de l'ouvrage :
As they oscillate and flow between action and aesthetics, habit and creativity, rhythms are vital to our understanding of how subjectivities are constructed upon the shifting borderlines between life and art. Yet whilst rhythm remains an established concept in studies of French poetry, this is the first major overview to address the centrality of rhythm in fields such as literature, philosophy, dance and film, and to link these debates across periods and disciplines within French Studies. Drawing on thinkers such as Deleuze and Guattari, Kristeva, Lefebvre, Meschonnic, and Virilio, the authors explore the concept of rhythms in relation to questions of temporality and the everyday, technology and the city, poetry and autobiography, space and the body in performance. In a wide-ranging series of innovative, theoretical and close readings, they examine issues which include the poetics of Mallarmé and Bonnefoy, the writings of Ernaux, Perec, Réda and Zobel, the choreography of Merce Cunningham and the cinema of Chris Marker.

18 mai 2008

La traduction arabe du coup de dés



A réécouter sur le site de France Culture, l'émission Culture d'Islam d'aujourd'hui concernant la traduction en arabe du Coup de dés aux éditions Ypsilon http://www.ypsilonediteur.com/.

Invités :
Isabella Checcaglini. Paris VIII
Mohammed Bennis. poète
Bernard Noël. poète



"La traduction arabe du Coup de dés…
C’est un événement poétique majeur que la traduction en arabe de l’immense poème de Mallarmé. Elle est parue l’automne dernier dans un coffret contenant quatre volumes, le premier publie le texte tel que l’a souhaité Mallarmé au vu des épreuves corrigées de sa main ; le texte étant doublé par les lithographies qu’Odilon Redon avait composées pour un tel dessein selon le vœu de l’éditeur, M. Vollard, corroboré par le poète. L’ensemble s’est fait sous le contrôle de la doctorante italienne Isabella Checcaglini qui travaille à partir des manuscrits du poète. Le deuxième volume de taille identique déploie le texte traduit selon la même typographie et surtout la même mesure pour les blancs et les multiples corps des lettres réparties entre diverses tailles jouant sur le variable de l’italique et du romain. Ainsi la physique de la musique qui se dégage du texte (analysée par Bernard Noël) appartient-elle au programme de la traduction/ transcription, véritables aventure et gageure qui lèvent un défi (et quel défi !) dont les avatars nous sont rapportés par le traducteur, le poète marocain Mohammed Bennis, le long des deux autres volumes, l’un en arabe, l’autre en français, logeant dans le même coffret. Le texte s’incarne ainsi, le même et différent (comme pour toute traduction), dans la langue arabe, celle-là même qui hante le titre original construit à partir de l’étymologie arabe du mot hasard, venant de az-zahr, cette fleur qui désigne par métonymie le dé dans l’usage andalou-maghrébin.

Bibliographie
Poème, Un coup de Dés jamais n’abolira le hasard par Stéphane Mallarmé. Trois compositions d’Odilon Redon. Tome 1 texte français ; tome 2 traduction arabe parMohammed Bennis ; tome 3 Relativement au poème : Mohammed Bennis Journal d’une traduction, Isabella Checcaglini, Brève histoire de l’édition Vollard du Dé, Bernard Noël, Divagation ; le tome 4 reprend en arabe les textes du tome 3. Ypsilon Editeur, 2007"
Je renvoie également à la présentation de l'éditeur à propos de cette importante publication :

Quand Mallarmé est mort, cela fera bientôt cent dix ans, il travaillait depuis des mois à l’édition définitive de Un coup de Dés chez Ambroise Vollard. Bien loin d’être un projet, cette édition était très avancée ce que prouve le nombre de jeux d’épreuves. Mallarmé, chacun le sait, était infiniment pointilleux. Quantité de corrections en témoignent, ainsi que, clairement affirmés, le choix du format et la volonté que, accompagné de lithographies de son ami Odilon Redon, le texte soit composé en Didot. Cette édition n’a jamais paru bien que prête pour l’impression. On en mesure le manque dès que l’on prend conscience du fait que le sens du texte est étroitement lié à sa mise en scène. La nécessité de cette relation est devenue pour nous une évidence décisive quand il a fallu confronter le texte original à sa traduction dans une langue dont frappe d’abord l’apparence graphique. Ainsi, Mohammed Bennis ayant entrepris la première traduction arabe de Un coup de Dés, le problème s’est rapidement posé des caractères, de leurs divers corps, de leur emplacement afin d’être fidèle autant que possible à l’original.Mais quel est l’original ? Hélas pas l’édition dite originale de 1914 parue chez Gallimard, qui ne respecte pas le format et qui est composée en Elzévirs, famille de caractères que détestait Mallarmé. Hélas, aucune des éditions successives dont les formats ignorent l’importance de la mise en scène de ce poème. Une seule édition respecte la volonté de Mallarmé et en explicite les raisons, celle réalisée par Mitsou Ronat et Tibor Papp à l’enseigne de Change, en 1980. La forme adoptée : un cahier sous jaquette ne donne malheureusement pas le Livre que souhaitait Mallarmé. Plus récemment, les Éditions Ptyx ont publié une édition correcte mais confidentielle. Et ces deux éditions ont oublié Redon.Pourquoi cet oubli ? Sans doute parce que cet oubli va dans le sens de l’abstraction liée à la figure de Mallarmé. On lui refuse l’image comme on lui refuse l’espace parce que ces deux éléments exigent du corps là même où l’on veut que l’esprit règne sans partage.Nous avons tenté d’aller ici à contre-courant de ce cliché qui a fini par faire autorité en publiant pour la première fois Un coup de Dés avec les trois compositions de Redon. Il n’était pas question de faire des faux en recourant à une copie lithographique, c’est pourquoi ces Redon sont publiés sous la forme de reproductions. Leur placement est problématique, mais il y avait le modèle des couvertures de Vollard et nous savons que les autres compositions ne devaient pas être in-texte.
Ce livre, Un coup de Dés, illustré donc par Redon, constitue un volume à côté duquel la traduction de Mohammed Bennis en constitue un second, qui est aussi l’hommage du poète arabe au poète français. À côté, et sous le titre Relativement au poème, un autre volume rassemble le « Journal d’une traduction » de Mohammed Bennis, « Une brève histoire de l’édition Vollard du Dé » d’Isabella Checcaglini et « Divagation » de Bernard Noël. Les mêmes textes forment un quatrième volume dans leur traduction arabe. Ces quatre petits volumes de grand format (28x38cm) sont réunis dans un coffret : ils ont été tirés, chacun, à 99 exemplaires et leur ensemble ne sera pas réimprimé.

16 mai 2008

Chantier contemporain sur l'évaluation et la valeur

A noter, un nouvel apport à la réflexion actuelle sur le rapport entre savoir et valeur : article de Sandrine Garcia, sociologue à Paris-Dauphine : "L’expert et le profane", publié dans "Genèses. Sciences sociales et histoire" n°70, mars 2008.

Je tire le blurb du site SLU :

" Dans le numéro de Genèses. Sciences sociales et histoire de mars 2008 intitulé "Devenir expert", un article de Sandrine Garcia, sociologue à Paris-Dauphine, montre la façon dont l’expertise à l’université a imposé aux enseignants-chercheurs la démarche qualité fondée sur le seul objectif pédagogique, en donnant des éléments de compréhension des processus d’adhésion à la réforme actuelle. On y apprend comment les intérêts des experts, dont la définition a changé depuis vingt ans, déterminent le sens des expertises et comment les universitaires ont été peu à peu dépossédés de la valeur de leurs compétences et transformés en "profanes".
Où l’on voit que ce ne sont pas les forces militantes qui manquent à l’opposition actuelle à la loi LRU, comme aux différents aspects de la réforme, c’est l’adhésion à la réforme qui a été construite de longue date.
Cet article [...], avec l’introduction du volume de Genèses. Sciences sociales et histoire par Isabelle Backouche, se trouve aussi sur le site de CAIRN.

Résumé :

"Cet article s’intéresse au rôle de l’expertise dans l’imposition d’une vision de l’enseignement supérieur orienté vers des finalités économiques. Il montre les déplacements successifs et les ruptures qui se sont opérés à l’occasion des différents rapports commandés depuis le début des années 1980. Il s’attache à identifier comment les intérêts spécifiques de l’expert déterminent la nature des expertises produites et comment s’opère une disqualification des professionnels, définis comme des profanes afin de justifier un encadrement de leurs pratiques.

Academic pride - marche de tous les savoirs : 27 mai

Nouvelle forme de mobilisation pour la recherche, pour l'enseignement supérieur, pour l'enseignement tout court (puisque la solidarité de l'ensemble des problèmes est enfin bien mise en lumière par les mobilisations récentes au niveau du lycée, du secondaire dans son ensemble, et du primaire), et pour une politique nationale de savoir public : la marche de l'Academic Pride, "la marche de tous les savoirs", aura lieu dans toutes les villes de France le mardi 27 mai.


Pour les parisiens, le départ aura lieu à 14h30 devant la Maison des Sciences de l’Homme (54 bd Raspail), "parce que les sciences humaines et sociales, qui apportent un regard critique et distancié sur notre monde sont parmi les sciences les plus menacées".

Petite dramatisation : "Nous nous dirigerons vers le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, d’où nous repartirons à reculons, pour dire combien les politiques actuellement menées sont régressives. Nous finirons notre marche à Jussieu, université emblématique de cette science fondamentale aujourd’hui menacée par un utilitarisme à courte vue."


Je retranscris le texte de l'appel national :


Pour justifier les choix idéologiques qu’il impose à la recherche et à l’enseignement supérieur, au mépris des réformes proposées depuis plusieurs années par de très nombreux scientifiques, le gouvernement laisse penser que nos résultats seraient mauvais. A l’appui, il utilise diverses échelles de mesure comme le fameux classement de l’université de Shanghaï, alors même que le vice-président de cette université reconnaît que le classement « ne rend pas justice aux universités françaises ou allemandes car elles ont un système qui diffère complètement ». D’autres indicateurs, comme le nombre d’articles publiés par euro dépensé en R&D, placent la France loin devant les USA ou le Japon, mais sont délibérément oubliés. Le gouvernement peut ainsi justifier le remplacement des dynamiques de collaboration et d’engagement de long terme (qui sont fondamentalement nécessaires à la production de connaissances) par des mécanismes de concurrence privilégiant le court-terme et le pilotage gouvernemental : remplacement des crédits de base des laboratoires par des crédits sur projets courts, augmentation du nombre de jeunes chercheurs sur CDD sans création d’emplois stables (sans qu’aucune étude scientifique n’ait jamais démontré que la précarité jusqu’à 40 ans améliore la productivité des chercheurs), politique de primes au lieu des augmentations salariales (un chercheur débute à 1 700 euros nets par mois), probable augmentation en moyenne du service d’enseignement des enseignants-chercheurs, découpe des organismes de recherche en Instituts, etc...
Les chercheurs en ont assez que le Ministère leur assène ces contre-vérités qui témoignent d’une profonde méconnaissance de la logique scientifique et d’une volonté de contrôle par les politiques sur la communauté scientifique. Dans un contexte de pauvreté relative de la recherche par rapport à d’autres pays (que ce soit en terme de financements des laboratoires que des niveaux de salaires, et ce malgré l’augmentation du budget, totalement trustée par la création de l’ANR), ils sont fiers de leurs recherches, de leurs découvertes, des savoirs qu’ils ont produit, des plus discrètes jusqu’aux plus visibles, qui obtiennent des récompenses internationales (Médaille Fields en 2006 ou le prix Nobel en 2007) et qui consacrent le travail de très longue haleine mené par des équipes. Oui, notre valeur scientifique est reconnue comme en atteste, par exemple, l’attrait du CNRS qui recrute 22% d’étrangers parmi ses jeunes chercheurs.
Surtout, pour produire du savoir et le transmettre, ces métiers de la connaissance fonctionnent fondamentalement et historiquement sur d’autres valeurs qui sont bafouées par ce gouvernement actuel : indépendance du savoir par rapport aux différents pouvoirs (politique, économique...) et groupes de pression ; reconnaissance de la valeur propre du savoir en soi, de sa production et de sa transmission, au delà de toute utilité marchande ; supériorité de la coopération sur la concurrence pour la production de ce bien public qu’est le savoir scientifique (comme en témoignent les effets désastreux de la course aux brevets).
Le gouvernement actuel joue à « l’apprenti-sorcier » en cassant le système existant sans maîtriser toutes les conséquences à court et à long terme. Les différentes réformes présentées comme « techniques » que nous venons de vivre depuis trois ans (ANR, AERES, LRU), sans qu’un plan d’ensemble ait été clairement annoncé (bien qu’il soit facile à lire entre les lignes), nous amènent à vivre dans un climat d’incertitude profondément déstabilisant au quotidien pour les équipes de recherche, et particulièrement délétère pour les jeunes chercheurs et les doctorants qui renoncent de plus en plus à s’engager dans des carrières scientifiques.
Pour affirmer leur fierté des valeurs qui font nos métiers, et demander des réformes qui respectent leurs propositions des Etats-Généraux de Grenoble, construites il y a près de quatre ans, SLR appelle tous les personnels et les usagers de l’enseignement supérieur et de la recherche à marcher le 27 mai 2008 dans toutes les villes de France.



15 mai 2008

Traduction Benveniste

La traduction de "Structuralisme et linguistique", le premier essai des Problèmes de linguistique générale 2, jusqu'ici non traduit en anglais à notre connaissance, vient d'être mise en ligne sur le site américain Jacket (35).
La traduction est due à Matthew Reek, étudiant du MFA Poetry Program à Brooklyn College CUNY (et participant aux séminaires de poétique que j'ai donnés à New York en 2006-2007). Lien direct vers la traduction.

14 mai 2008

Reflux de l'histoire littéraire - et al.

A noter pour nos travaux sur les retours de l'histoire littéraire, ces éléments du sommaire du n°5 (mai-juin) de la RILI :
[à noter également : le blog de la RILI s'est bien fourni dans les derniers mois - intéressant à suivre.]

. Yves Citton : Il faut défendre la société littéraire - à propos de Jacques Bouveresse, La Connaissance de l'écrivain, Tzvetan Todorov, La Littérature en péril, Pierre Piret (dir.), La Littérature à l'ère de la reproductibilité technique et Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold et Jean-Paul Sermain, L'Événement climatique et ses représentations

. Marc Escola :Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire - à propos de Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature

J'ajoute, pour une pertinence d'ordre plus général :

. Xavier Vigna : Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68 - à propos de Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68, Serge Audier, La Pensée anti-68, Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective et Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68

. Antonio Negri : Retour sur les « années de plomb » - Entretien réalisé par Steffen Vogel

. Peter Hallward : L'hypothèse communiste - à propos de Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?

. Thierry Labica : La culture n'est pas une marchandise : c'est un gouvernement - à propos de Alain Brossat, Le Grand Dégoût culturel

. François Cusset : Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne - à propos de Jean-Loup Amselle, L'Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

. Gilles Sainati : L'hystérie sécuritaire. Projets politiques ou effets de structure - à propos de Armand Mattelart, La Globalisation de la surveillance, Laurent Bonelli, La France qui a peur et Laurent Mucchielli (dir.), La Frénésie sécuritaire

. Frédécric Neyrat : Géo-critique du capitalisme - à propos de David Harvey, Géographie de la domination

. Jérôme Vidal : Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l'avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne - à propos de Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme

13 mai 2008

Colloque : " Situations postcoloniales et régimes de sexe "

Je transmet l'annonce :

Ce colloque cherche à penser la portée et les effets de l’adoption d’une perspective « postcoloniale » dans le champ théorique des études dites « de genre » (Gender and Sexuality studies) . Corrélativement, il invite à élargir et compliquer la perspective « postcoloniale » en posant la question du rôle théorique, critique et politique que peuvent ou doivent y jouer les questions de genre, de différences et d’identités sexuelles. La mise en question de l’opposition hiérarchique binaire entre « colonisants » et «colonisés » dans le champ des études postcoloniales trouve un écho dans l’analyse de la complexité des « rapports » et des « identités » de sexe . Si identités culturelles et identités de sexe se constituent, s’affectent et se modifient réciproquement, la multiplication des déterminations identitaires en régime culturel postcolonial et les divisions de l’énonciation que celle-ci engendre contribuent à déstabiliser l’ensemble de ces catégories.
On s’intéressera particulièrement, dans ce contexte, à l’émergence de pensées et de pratiques du transit et de la transe (transnationalisme, transculturalité, transgénéricité, sexualités « transfrontalières »), mais aussi aux réactions « identitaires » phobiques que celles-ci suscitent. On posera également la question d’une certaine résistance « française » à la perspective et aux études postcoloniales, comme d’ailleurs aux études dites de « genre ». Plus généralement, le croisement de problématiques « postcoloniales » et de questions touchant à la division sexuelle pourrait à la fois relancer et déplacer la réflexion sur les notions de « domination », d’ « identité », de « frontière », ou encore de « monde » .
L’étude des intersections entre transculturations postcoloniales d’une part, et traversée des frontières sexuelles constituées de l’autre requiert la transdisciplinarité et le croisement des approches. Le colloque réunira donc des anthropologues, des critiques culturels, des historiens, des littéraires, des philosophes, des politologues et des spécialistes des questions de genre et d’études féminines venus des Etats-Unis, de l’Inde, du Maghreb, du Sud-Est asiatique et de divers pays européens.

Situations postcoloniales et régimes de sexe - Colloque organisé par Anne E. Berger et Eleni Varikas, « Centre d’études féminines et d’études de genre » (EA 354) de l’université Paris VIII.

29-30-31 mai 2008

Avec le soutien de :
Collège International de Philosophie ; Einaudi Center for International Relations, Cornell University ; The Interdisciplinary Program in French Studies, Cornell University ; L’UFR « Histoire, Littérature, Sociologie, Genre » de Paris VIII ; Le Service des Relations et de la Coopération Internationale de Paris VIII ; L’équipe de recherche « Littératures et Histoires », Paris VIII ; Le Service de la Recherche de Paris VIII ; L’Institut Emilie du Châtelet ; L ‘Ecole Doctorale « Pratiques et Théories du Sens », Paris VIII ; Le Réseau Interuniversitaire National sur le Genre ; La coordination indienne de la Maison des Sciences de l’Homme.

Jeudi 29 mai 2008
Collège de philosophie, Amphi Stourdzé, Carré des Sciences

9h30 : Accueil des participants
10h00 : Allocution d’ouverture par Pascale Molinier, membre du Comité de direction de l’Institut Emilie du Châtelet
10h15 : Anne E.Berger et Eleni Varikas : « Situations postcoloniales et régimes de ‘sexe’ : pourquoi et comment les penser ensemble aujourd’hui ?»
10h30-12h00 : Le paradigme postcolonial I : Généalogies
10h30-11h00 : Laura Frader, Histoire, Northeastern University et Harvard University, USA : « La production des savoirs de l’Orient : une préhistoire du postcolonial ? »
11h00-11h 30 : Laurent Dubreuil, Littératures française et francophone, Cornell University, USA : « L’impossible généalogie du ‘métissage’ ».
11h30-12h : Discussion

14h00-15h30 Le paradigme postcolonial II : Limites
14h00-14h30 : Jacques Coursil , Linguistique et Etudes francophones, Université de Martinique et Cornell University, USA (émérite) : « Le discours postcolonial et le paradoxe francophone».
14h30-15h00 : Pheng Cheah, Rhétorique et Théorie Politique, UC Berkeley, USA : « Female Subjects of Globalization ».
15h00-15h30 : Discussion
Pause

16h00-17h30 : Fabriques de l’identité
16h00-16h30 : Ashley Thompson, Histoire culturelle de l’Asie du Sud-Est, Université de Leeds (UK) : « Théories post-cosmopolitiques : différence sexuelle, vernacularisation et la fabrique de l'Asie du sud-est ».
16h30-17h00 : Malek Bouyahia, Sciences politiques, Laboratoire « Genre, Travail, Mobilité », Paris VIII : « L’’identité algérienne’ ou les ambiguïtés de la nation postcoloniale ».
17h-17h30 : Discussion


Vendredi 30 mai, Université Paris 8
Amphi D, Bâtiment D
9h45 : Accueil des participants
10h15 : Allocution de bienvenue de Madame Anne-Marie Helvetius, vice-présidente de l’université, présidente du Conseil Scientifique de Paris VIII.
10h30-12h00 Entre « race » et « genre » I
10h30-11h00 : Elsa Dorlin, Philosophie, Paris I : « Performe ton genre, performe ta race ». Réflexions sur le concept de subversion à partir de Judith Butler et Franz Fanon.
11h00-11h30 : Ann Stoler, Anthropologie et Histoire, New School for Social Research, USA : « Intimacies of Empire : Some Reformulations ».
11h30-12h00: Discussion

14h00-15h30 : Entre « race » et « genre » II
14h00-14h30 : Karima Ramdani, Etudes féminines et études de genre, Paris VIII : « Emancipation ou modernisation ? La racialisation coloniale de la féminité comme processus de ségrégation temporelle : le cas de l’Algérie ».
14h30-15h00 : Myriam Cottias, Histoire, Centre international de recherches sur les esclavages, CNRS : « Les représentations de la femme esclave et de l’affranchie dans l’espace antillais : séduction et morale politique ».
15h00-15h30 : Discussion
15h30-16h00 : Pause

16h00-17h30 : Transgenre, transfrontière
16h00-16h30 : Rada Ivekovic, Sociologie et Philosophie indienne, Université Jean Monnet, St Etienne : « Translating Borders / Traduire les frontières »
16h30-17h00 : Urvashi Butalia éditrice, New-Dehli: « Mona, a ‘Eunuch’ : A Sort of Life, A Life of Sorts »
17h00-17h30 : Discussion


Samedi 31 mai, Université Paris 8
Amphi D, Bât. D
10h00 : Accueil des participants
10h30-12h00 : Femmes, « subalternité », résistance
10h30-11h00 : Sonia-Dayan-Herzbrun, Sociologie, Paris VII : « Autonomie et agir en pays d’Islam ».
11h00-11h30 : Maïssa Bey, écrivain, Algérie : « Ce ne sont que des histoires de femmes…. »
11h30-12h00 : Zineb Ali-Benali, Littérature francophone, Paris VIII : « Les insurgées silencieuses au sud de la Méditerranée : lorsqu’elles entrent en refus ».
12h00-12h45 : Discussion

14h30-17h00 : Littérature et « féminités» en régime postcolonial
14h30-15h00 : Natalie Melas, Littérature comparée et Etudes francophones, Cornell University : « Témoignage de la femme somnambule: l’ironie du postcolonial au féminin ».
15h00-15h30 : Michèle Gendreau-Massaloux (Recteur honoraire de l’Agence Universitaire de la Francophonie), Etudes féminines et études de genre, Paris VIII: « Des couleurs et des sexes : ambiguïté d’une politique de l’émancipation dans l’œuvre de Jacques Roumain».
15h30-16h00 : Nadia Setti, Littérature, Etudes féminines et Etudes de genre, Paris VIII : « Mondialités au féminin : écritures migrantes entre ici et ailleurs ».
16h00-16h45 : Discussion
16h45-17h00 : Clôture du colloque

Collège international de Philosophie
Amphi Stourdzé, Carré des Sciences
1, rue Descartes
75005 Paris
(Métro : ligne 10/ station : Cardinal Lemoine)

Université Paris VIII
Bâtiment D, Amphi D
2, rue de la Liberté
93526 Saint-Denis
(Métro : ligne 13/ station : Saint-Denis Université)

Pour tout renseignement, s’adresser à Anne-Marie Van Bockstaele :
anne-marie.vanbockstaele@wanadoo.fr ou au Centre d’études féminines et
d’études de genre de Paris VIII : 01-49-40-68-13.

Responsable : Anne E. Berger et Eleni Varikas

DOSSIER JEAN-PIERRE ROUSSELOT - OU LA REDECOUVERTE DE LA PHONETIQUE EXPERIMENTALE

Rémy Guérinel & Olivier Héral, « Contribution à l'histoire de l'orthophonie : Jean-Pierre Rousselot (1846-1924) et les applications thérapeutiques de la phonétique expérimentale », L'Orthophoniste, 279, Mai 2008, pp. 19-26.

On consultera également sur le site de l'encyclopédie libre Wikipedia une fiche J.-P. Rousselot avec en documents pdf les Principes de phonétique expérimentale.

12 mai 2008

Blocages des élections et situation universitaire post-LRU

Je transmets cet article du Monde :

La loi sur l'autonomie des universités engendre des situations de blocage
LE MONDE 12.05.08 14h56 • Mis à jour le 12.05.08 15h00


L'application de la loi du 10 août 2007 sur les libertés et responsabilités des universités (LRU), qui organise leur autonomie, provoque des remous dans un certain nombre d'établissements. La présidente de l'université Blaise-Pascal (Clermont-II) a préféré jeter l'éponge. Nadine Lavignotte et son équipe ont démissionné, vendredi 2 mai, après que sa proposition de nomination de personnalités extérieures a été refusée à deux reprises par son conseil d'administration (CA).

Mise en difficulté sur le même sujet, sa collègue de l'université de Dijon, Sophie Béjean, tentera pour la troisième fois, le 16 mai, de faire approuver sa liste de candidats. A l'université de Montpellier-II, le président bataille aussi. Sans aller jusqu'à ces situations de blocage, beaucoup d'autres présidents ont dû ferrailler à l'intérieur de leurs murs.
Première occasion de contestation : l'élection des nouveaux membres des conseils d'administration et la désignation de leur président. Les universités ont jusqu'au 11 août pour y procéder. Selon le ministère de l'enseignement supérieur, 49 universités sur 85 avaient déjà organisé ce scrutin début mai. Dans ces 49 établissements, 37 présidents ont été reconduits, un a été réélu, 11 entament leur premier mandat. Pas de grand changement en apparence, la plupart des présidents qui exerçaient avant la loi ayant retrouvé leur fauteuil.
Michel Lussault, président de l'université de Tours et porte-parole de la conférence des présidents d'université (CPU), se félicite que le vote "n'ait pas porté d'équipes "anti-LRU" à la tête des universités". Il reste que le mode de scrutin à un tour avec prime majoritaire (la liste arrivée en tête obtient 50 % des sièges plus une voix) a permis aux anti-LRU de se tailler une bonne place dans les conseils de l'université.
Le scrutin a également révélé que les maîtres de conférences étaient moins enthousiastes envers la LRU que les professeurs. Conséquence : dans certaines universités, les présidents ont eu du mal à trouver des majorités. Personnels administratifs et étudiants ont joué le rôle d'arbitre.
Une fois le CA élu, la désignation des personnalités extérieures a provoqué de nouvelles situations de blocage. La loi prévoit que le conseil d'administration, qui comprend au maximum 30 membres au lieu de 60 auparavant, doit être plus ouvert sur l'extérieur. A côté des représentants des maîtres de conférences, des enseignants chercheurs, des étudiants, et des personnels administratifs élus, le CA doit compter 7 ou 8 personnalités "qualifiées", dont deux ou trois représentants des collectivités territoriales et au moins un chef d'entreprise ou un cadre dirigeant.

"DIFFICULTÉS TRANSITOIRES"

La liste de ces personnalités est établie par le président mais doit être approuvée par le conseil d'administration restreint aux membres élus. Or, un président ne peut être confirmé dans son poste qu'après avoir obtenu cet accord sur les personnalités extérieures. Les plus réticents à la réforme se sont saisis de cette disposition pour bloquer l'élection des présidents et préserver le poids qu'ils avaient acquis dans les différents conseils. L'arrivée de personnalités extérieures choisies par le président modifierait, selon eux, l'équilibre des forces apparu lors des élections.
Selon Mme Béjean, "ce système produit une coalition entre des listes et des personnes qui ne partagent pas les mêmes visions de l'université mais qui se retrouvent dans une opposition qui n'est pas constructive". Secrétaire général du Snesup (Syndicat national de l'enseignement supérieur), hostile à la loi, Jean Fabbri admet que "les blocages des personnalités extérieures ne se font pas sur le choix des personnes mais parce que c'est souvent le seul moyen de préserver la légitimité des élections".
Pour Benoist Apparu, député UMP de la Marne et rapporteur de la loi à l'Assemblée nationale, "ces difficultés sont limitées et transitoires". "Il a fallu adapter le système existant à la nouvelle loi. D'où, cette première année, des situations un peu bancales, en raison de ce système transitoire de confirmation des présidents. Quand la réforme prendra son rythme de croisière, tout devrait être plus simple", estime le parlementaire.

Catherine Rollot
Article paru dans l'édition du 13.05.08.

10 mai 2008

Parution : Eric Bordas, "Style". Un mot et des discours

Eric Bordas : "Style". Un mot et des discours, Paris, Editions Kimé, 2008, 306 p.

Présentation de l'éditeur : Ce livre voudrait faire le point sur nos usages contemporains du mot style, tant en emploi populaire, spontané ou travaillé, qu'en emploi savant spécialisé. Le corpus est d'abord la langue française du début du XXIe siècle, telle qu'on la pratique, la parle et l'écrit dans les livres, à la télévision ou sur Internet. L'objet d'étude est l'usage général d'un mot, d'un mot-repère de notre culture, à l'entrecroisement de pratiques discursives dont la diversité et la dispersion font sens et valeur - entrecroisement que l'on pensait, jadis, comme le lieu même de l'idéologie. Le mot style est envisagé dans quelques-unes des scénographiques sociales les plus riches, soit les plus sollicitées, quantitativement, par les sujets parlants du début du XXIe siècle : discours scolaire, discours universitaire, discours médiatique, discours commercial, discours politique.

Colloque LITTÉRATURE ET RESPONSABILITÉ







Présentation de Philippe Forest

 

Professeur de littérature française à l’Université de Nantes, Philippe Forest est l’auteur de cinq livres de création littéraire, tous
publiés aux Éditions Gallimard et qui lui ont valu une large reconnaissance
publique et critique : L’Enfant éternel (Prix Femina du Premier Roman 1997),
Toute la nuit (1999), Sarinagara (Prix Décembre 2004), et en 2007 : l’essai Tous les
enfants sauf un et le roman Le Nouvel amour.

Son œuvre littéraire est traduite ou en cours de traduction dans les
langues suivantes : anglais (États-Unis), italien (la traduction de Toute la
nuit a obtenu en 2007 le Premio Grinzane Cavour allant aux meilleurs romans
étrangers), espagnol (Argentine), roumain, turc, chinois, japonais et coréen. Il a également publié un livre sur l’autisme, Près des acacias avec des photographies de Olivier Menanteau aux Éditions Actes Sud (2002), et de nombreux essais sur la littérature, à présent rassemblés en volumes aux Éditions Cécile Defaut.

Philippe Forest poursuit depuis dix ans une œuvre exigeante et lucide, fortement ancrée dans le monde contemporain en même temps qu’elle poursuit le problème pérenne de la mémoire et de la fidélité aux morts, de la continuation de la vie et du sens qu’on peut lui donner, après la perte de son enfant.

Tout en renouant avec le romanesque, en particulier dans son dernier livre, l’auteur ne craint pas d’affronter plusieurs questions essentielles, qu’on peut regrouper sous le terme d’éthique, au sens large de la conduite de l’existence.

Œuvre du temps, son écriture dresse courageusement le portrait du devenir d’un homme, qui n’a que la littérature, semble-t-il, pour rendre humaine son expérience.

Œuvre en première personne, elle nous ouvre à la pensée d’un auteur important du début du XXIe siècle, qui aborde de façon très personnelle les relations entre parent et enfant, entre hommes et femmes, et entre l’écriture et ce qu’elle peut dire de nos vies. 




09 mai 2008

"Révolution réac" dans l'éducation

Un dossier dans le Monde de l'éducation de mai : "40 ans après 68, la révolution réac" - bon pour nos travaux Débat et démocratie, et bon pour la santé, généralement.

Dans le même numéro, l'extension du domaine de la "colère" du lycée au primaire, et un dossier sur la fabrique, mondialisée, des élites.

06 mai 2008

Emile Benveniste, vendredi 6 juin 2008

Journée thématique de l’association ConSciLa
Confrontations en Sciences du Langage

Regards croisés sur l’énonciation
Actualité d’Emile Benveniste dans les sciences du langage


Vendredi 6 juin 2008, 9h – 18h
ENS, Amphi Jules Ferry, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris

Chaque intervention est suivie de 10 minutes de débat.

9h – 9h30
Emilie Brunet (Université Paris 3 Sorbonne nouvelle) – Rudolf Mahrer (Université Paris 3 Sorbonne nouvelle – Université de Lausanne)
Présentation de la journée

9h30 – 10h
Almuth Grésillon – Jean-Louis Lebrave (ITEM, UMR 8132, CNRS / ENS)
« Génétique et énonciation – mode d’emploi »

10h10-10h40
Irène Fenoglio (ITEM, UMR 8132, CNRS / ENS)
« Les manuscrits d’Emile Benveniste. Déplier l’écriture pensante pour expliciter l’article publié »

10h50-11h : Pause

11h10-11h40
Chloé Laplantine (Université Paris 8, Vincennes – Saint-Denis)
« Poétique d’Emile Benveniste »

11h50-12h20
Jean-Michel Adam (Université de Lausanne)
« Postérité et actualité de la "translinguistique des textes, des œuvres" »

12h30-14h30 : Pause déjeuner

14h30-15h
Sarah de Voguë (Université Paris Ouest Nanterre-La défense – UMR LLF 7110 CNRS / Paris 7)
« L’énonciation dans le lexique : actualité du concept benvenistien d’intégration dans la théorie culiolienne des formes schématiques »

15h10-15h40
Mathieu Valette (UMR ATILF 7118 CNRS / Nancy Université)
« Problématiques cognitives chez Emile Benveniste »

15h40-16h10
François Sauvagnat (Université de Rennes II – EA 4050)
« Quelques remarques sur le dialogue entre Benveniste et Lacan concernant l’énonciation »

16h20-16h35 : Pause

16h35-18h
Jean-Claude Coquet (Paris 8), Gérard Dessons (Paris 8), Claudine Normand (Paris 10), Christian Puech (Paris 3)
Table ronde / Bilan

Contact :
Emilie.Brunet@univ-paris3.fr / Rudolf.Mahrer@unil.ch

Présentation

Alors que sont parus récemment deux ouvrages sur des notions clés des Problèmes de linguistique générale et que les manuscrits de leur auteur connaissent leur premières explorations systématiques , il semble qu’on puisse, à nouveau et utilement, sacrifier au rituel, en se demandant : quelle est, aujourd’hui encore, l’héritage des notions d’Emile Benveniste (1902-1976) dans les sciences du langage ?

Les deux recueils d’articles publiés en 1966 et 1974 par Gallimard et régulièrement réédités depuis ont érigé Benveniste en référence incontournable des sciences du langage, du moins dans les pays francophones . A quoi Benveniste doit-il cette ferveur ? Pas à la diffusion d’une théorie homogène appliquée à un objet d’analyse clairement délimité ; pas, autrement dit, au succès d’une école. Son rayonnement semble plutôt justiciable d’une attitude théorique, qui consiste non pas tant à s’attaquer à des objets positifs et spécifiques de la linguistique, qu’à formuler des « problèmes » qui sont l’abord sémiologique de questions regardant largement les sciences de l’humain. La capacité à inscrire la réflexion linguistique dans l’horizon d’une science de la culture – qui est une anthropologie, en ce que l’homme y est conçu comme un animal symbolique : voilà sans doute une des raisons de la diffusion des écrits de Benveniste au sein du cercle des linguistes et au-delà. De sa méthode – que l’étude des manuscrits récemment (re)découverts pourrait venir éclairer – résulte une façon de produire, au détour d’une analyse, des concepts au long cours : qu’on pense par exemple aux oppositions histoire/discours, sémiotique/sémantique, ou à l’appareil formel de l’énonciation.

Quelque explication qu’on donne à cette postérité, le fait est que nombre de linguistes, travaillant sur des objets très différents s’engagent à parler – ou se désengagent en parlant – « selon Benveniste ». Mais alors : que disent-ils ? De quelles idées Benveniste est-il aujourd’hui considéré comme la caution, la ressource ou, parfois aussi, le fauteur ? Au prix de quelles accommodations les problèmes de linguistique générale sont-ils les solutions de linguistiques spécifiques ? Qu’en est-il aujourd’hui de l’héritage de celui qui – en approfondissant la matrice saussurienne – a été conduit sur les traces de l’énonciation ? Enfin, quel sort connaît cette dernière notion lorsqu’elle est réinvestie par les linguistes contemporains ?

Plutôt qu’une épistémologie externe qui viserait à distinguer les vrais et les faux héritiers, au regard d’une hypothétique orthodoxie, on s’intéressera à la diversité et la diversification de l’héritage. L’idée est d’identifier, non des écarts et des errements, mais la fécondité et l’adaptation des concepts benvenistiens, celui d’énonciation en particulier, selon les milieux théoriques divers où ils sont implantés et où ils opèrent. Une telle démarche comparative est profitable autant pour l’histoire et l’épistémologie de la linguistique que pour son développement. Tel est notre présupposé. C’est pourquoi nous souhaitons réunir quelques-uns des chercheurs contemporains qui parlent et écrivent le plus souvent « selon Benveniste ».


L'association ConSciLa (Confrontations en Sciences du Langage) a été créée en 1990 pour prendre le relais de la revue de linguistique DRLAV revue alors d’avant-garde. Régie par la loi de 1901, elle organise, depuis sa création, des journées scientifiques dont l’objectif est
1) de permettre aux chercheurs en linguistique et sciences du langage en général d’exposer leurs travaux récents ;
2) de favoriser les échanges et discussions entre tenants de divers courants.
Elle a toujours eu pour objectif de maintenir un esprit d'ouverture scientifique et de débat libre. Ses membres sont rassemblés par le désir que des linguistes, depuis leur compétence, leur spécialité ou leur inquiétude particulière, parlent librement et sans exclusive théorique aucune avec d'autres linguistes, afin de participer à l'avancée des sciences du langage dans le souci constant de fonder la cohésion du champ sur l'échange et la réflexion critique.
Dans ce but, ConSciLa tient à son indépendance et à son autonomie et ne fonctionne que sur le budget que représentent les cotisations des adhérents. L’association n’est liée à aucune institution en particulier et ne se maintient que grâce à l’activité bénévole des enseignants et chercheurs qui s’y dévouent.

Le bureau actuel de Conscila est composé de :
Présidente : Irène Fenoglio (Directrice de recherche au CNRS)
Vice-présidente : Jeannine Richard Zappela (Professeur d’Université)
Secrétaire : Claire Doquet-Lacoste (Maître de conférence en IUFM)
Trésorier : Paul Cappeau (Maître de conférence à l’Université)
45 rue d’Ulm, 75005 Paris – conscila@voila.fr

05 mai 2008

Marxisme et philosophie du langage

Patrick SERIOT fera un exposé :

Un interactionnisme anti-Lumières : la philosophie de l'enthymème
chez Voloshinov (nouvelle traduction de "Marxisme et philosophie du
langage", 1929, faussement attribué à M. Bakhtine)
le vendredi 16 mai à 9h30, salle 07
Maison des sciences de l'homme, 54 boulevard Raspail. Métro Sèvres
Babylone.

04 mai 2008

Activités de traduction à Paris

La librairie le Divan, le Théâtre Typographique et l'association Double Change sont heureux de vous inviter le jeudi 8 mai 2008 à 19 heures à une lecture en allemand, français et anglais (américain) de poèmes d'Oskar Pastior, par Rosmarie Waldrop, Bénédicte Vilgrain et Frédéric Forte à l'occasion de la parution de 21 poèmes anagrammes, d'après Hebel, aux éditions du Théâtre Typographique.

Lectures et présentation d'Oskar Pastior, poète de langue allemande, originaire de Roumanie, membre de l'Oulipo, lauréat du prix Büchner 2006, seront aussi l'occasion de boire un verre.

Librairie Le Divan
203, rue de la Convention
75015 Paris - Tél. 01 53 68 90 68
Métro Convention. Vélib' rue de la Convention,
Place Charles Vallin, rue de l'abbé Groult.

Oskar Pastior est né en 1927 à Hermannstadt (Transylvanie, Roumanie) dans une communauté de langue allemande. Déporté de 1945 à 1949 dans l'un des camps de travail soviétiques du Donbass, il fait ensuite des études littérature allemande à Bucarest. Passé à l'Ouest, il s'installe à Berlin en 1969 et son troisième livre paraît en RFA. Oskar Pastior est entré à l'Oulipo en 1992 et il en est l'unique membre de langue allemande. Il a été couronné en 2006 par le Georg-Büchner-Preis, le plus prestigieux des prix littéraires allemands. Il est mort tandis qu'il achevait la rédaction de son discours de réception.

Rosmarie Waldrop est née en Allemagne en 1935, vit aux Etats-Unis et écrit en anglais. Elle traduit de l'allemand - des poètes tels Oskar Pastior et Gerhard Rühm - et du français - l'ouvre d'Edmond Jabès en particulier. Burning Deck, la maison d'édition qu'elle a fondée avec son mari, Keith Waldrop, publie depuis près de cinquante ans de la poésie et de la prose expérimentales. C'est dans la série dichten= consacrée aux traductions de l'allemand qu'a paru en 2001 Many Glove Compartments, une sélection de poèmes d'Oskar Pastior traduits par Harry Mathews, Christopher Middleton et Rosmarie Waldrop.

Bénédicte Vilgrain, née en 1959, édite & imprime (en collaboration avec Bernard Rival), et traduit (de l'allemand surtout) au Théâtre Typographique, Courbevoie, depuis 1984. Depuis 2001 elle publie chez contrat maint, dans des revues ou collectif un montage de traductions (généralement du tibétain) qu'elle intitule : Une Grammaire tibétaine. Prochain chapitre à paraître à Genève chez Héros-Limite.

Frédéric Forte est né à Toulouse en 1973 et vit aujourd'hui à Paris. Il est membre de l'Oulipo.
Il a publié : Discographie (éditions de l'Attente, 2002), Banzuke (éditions de l'Attente, 2002),
N/S (avec Ian Monk, éditions de l'Attente, 2004), Opéras-minute (Théâtre Typographique, 2005), Comment(s) (éditions de l'Attente, 2006) ainsi que des fascicules dans la Bibliothèque Oulipienne. Il travaille actuellement à l'écriture d'un recueil de poèmes autour du Manuel d'ethnographie de Marcel Mauss.

03 mai 2008

Lévi-Strauss

A noter le n° 2269 du Nouvel Observateur sur Claude Lévi-Strauss à l'occasion de son centenaire.

02 mai 2008

seminaire - Rosanvallon

Juste une information rapide: je recois regulierement des mails de SFEDS (Societe des Dix-huitiemistes).

Dans l'Agenda mai 2008, j'ai trouve une information qui peut interesser Polart (notamment le chantier "Debat et democratie"):

mercredi le 14 mai (a 17h) - Seminaire Histoire de la pensee politique
(Paris X Nanterre - Cerphi / Sophiapol),
Pierre ROSANVALLON (College de France) fait, dans le cadre du seminaire d'histoire de la pensee politique, une intervention: "Les metamorphoses de la legitimite democratiques" .

01 mai 2008

Gauchet se lâche : les "aristo" de 68

Une jolie pièce à joindre au chantier "Débat et Démocratie". Marcel Gauchet se révèle plus nu que le roi des réactionnaires dans son révisionnisme de mai 68. Quand le portrait du "libéral-libertaire" en "aristocrate de la démocratie" se prolonge significativement par une charge contre "notre fatal modèle étato-aristo-clérical", on voit bien le glissement du retournement. Voir le CR du Monde ci-dessous.

"Sous ses dehors prophétiques et altruistes, la "génération 68" aurait semé le doute et l'inertie. Elle aurait failli. Des héros, les baby-boomeurs ? Des imposteurs plutôt, dont la société française n'a pas fini de payer les inconséquences, soutient, dans le dernier numéro du Débat, le philosophe Marcel Gauchet.

Sa thèse, sévère mais argumentée, clôt une série d'articles moins significatifs, que cette revue, dont il dirige la rédaction, consacre à "Mai 1968, quarante ans après". Sous le titre "Bilan d'une génération", il dénonce avec véhémence les libéraux-libertaires auxquels cette génération s'identifie : "Le libéral-libertaire est un défenseur résolu de la souveraineté du peuple, mais un contempteur féroce du populisme ; il est l'avocat enflammé de tous les droits en souffrance, mais il n'a pas de mots assez méprisants pour fustiger les "beaufs". Bref, il est un aristocrate de la démocratie, comme seul ce pays pouvait en produire un."

Pour étayer ces accusations, Marcel Gauchet ajoute qu'à ses yeux la génération de 1968 n'a enfanté aucun intellectuel digne de ce nom, mais des "suppôts diversement talentueux et des suiveurs plus ou moins originaux" de Lacan, Derrida, Foucault et Bourdieu. Cette génération de "disciples", comme il l'appelle, a beau porter aux nues la "pensée critique" de ses maîtres, elle ne l'a pas régénérée. Incapable de la dépasser, elle en ânonne les préceptes, un point c'est tout.

Peu importe à ces "disciples" qu'une idée soit juste ou non, ironise Marcel Gauchet, pourvu qu'elle soit "dérangeante". Posture de justicier. Dogme de la dénonciation. Ces travers, à en croire Marcel Gauchet, ont fait beaucoup de dégâts, en particulier dans les médias où les héritiers plus ou moins directs de Mai 68 ont longtemps sévi. Ainsi à Libération, celui de Serge July, et au " Monde de Plenel et Colombani".

Comme c'était prévisible, "la ficelle a fini par se voir, écrit Marcel Gauchet en guise d'épitaphe, et le ton prédicant par se révéler insupportable". Il n'empêche que la "génération 68" a marqué pour le pire la société française. On lui doit, sous l'apparence de la modernité, la perpétuation de nos archaïsmes. Et la consolidation de "notre fatal modèle étato-aristo-clérical", qui fait de la France un pays "en état de sécession endémique vis-à-vis de tout ce qui prétend le diriger ou le représenter".

La responsabilité de cette génération est d'autant plus lourde, explique Marcel Gauchet, qu'à vouloir perpétuer son hégémonie, elle a empêché les générations suivantes d'être elles-mêmes. De s'émanciper. Une "indifférence à la transmission" tout aussi condamnable à ses yeux que la suffisance intellectuelle des baby-boomeurs.

Telle est la thèse développée, quarante ans après 1968, dans l'une des revues françaises les plus influentes. On peut y voir la preuve qu'une page se tourne - le temps de la "génération 68" serait révolu, elle n'en impose plus, l'heure de rendre des comptes a sonné... Ou se dire que Marcel Gauchet force le trait. Qu'il surestime le poids des soixante-huitards en les rendant responsables de tous les maux de la société française : les carences du système éducatif, l'inanité de la vie intellectuelle... Surestimer leur influence est au demeurant à double tranchant. C'est minimiser le rayonnement d'une revue comme Le Débat, où "l'esprit de 68" n'a jamais soufflé."

Le Débat. Mars-avril 2008, 192 p., 16,50 €
Bertrand Le Gendre
Article paru dans l'édition du 29.04.08