27 octobre 2008

APPEL DE SLU : NON A LA MASTERISATION ECHEVELEE !

Appel de SLU

Non à la mastérisation de la formation des enseignants !

La réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants a été lancée sans concertation avec celles et ceux qui assurent cette formation ni avec les universités qui lui accordent une place essentielle.

En outre, une fois de plus, ce dédain manifeste pour l’avis des collègues qui devraient mettre en œuvre pareille réforme va de pair avec l’imposition d’un rythme effréné qui dissimule mal la volonté de faire taire toute réflexion et de rendre impossible toute distance critique.

Sans engager ici une analyse détaillée de la réforme en cours (pour laquelle nous vous renvoyons à l’analyse de SLU http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article736), nous entendons mettre en évidence les deux grands types de menaces qu’elle fait peser sur la place des universités et leur rôle social.

Pour les étudiants et les futurs lauréats des concours

-La réforme allongera non pas la durée des études mais la durée des études non rémunérées : la formation continuera de se dérouler sur cinq ans mais l’année de stage en situation sera supprimée. En outre, de toute évidence, nombre d’étudiants socialement défavorisés n’auront plus accès à une telle formation prolongée.

- Le nombre de places aux concours de recrutement étant moindre que celui des potentiels lauréats aux masters d’enseignement, le nouveau système va créer une masse de reçus (au master)/collés (au concours) : ces étudiants seront dès lors une cible privilégiée pour des recrutements sur contrats de type CDD dans les lycées et les collèges. La réforme en cours des lycées – modularisation, semestrialisation, distinction entre matières prioritaires et secondaires, prérogatives des chefs d’établissements - crée d’ailleurs toutes les conditions d’une telle évolution.

- A terme et malgré les assurances saisonnières de nos ministres actuels c’est bien l’existence même du concours national comme forme privilégiée de recrutement qui sera remise en cause, au profit d’une simple certification assurée par le master, permettant un recrutement local mais évidemment sans garantie statutaire.

Pour la nature de l’enseignement et la recherche universitaire

- A court terme, le niveau de connaissances exigible étant celui de la licence (avec des coefficients faibles pour les épreuves disciplinaires et des questions sur la base des programmes scolaires), le niveau de savoir disciplinaire des enseignants - et de leurs élèves – ne peut que décliner.

- A moyen et long terme, dans les Universités, de nombreux champs de la connaissance et de la recherche en seront définitivement affaiblis : en amont, de nombreuses licences seront pensées en fonction de ces futurs Masters d’enseignement ; en aval, ces derniers mettront en danger l’existence même des Masters recherche, en les vidant d’une grande partie de leurs effectifs, et par ricochet l’existence même des Écoles doctorales.

- Ces conséquences pourraient être dramatiques notamment dans les universités des villes moyennes et dans les universités de lettres et sciences humaines : aux côtés du plan Campus et d’autres pans de la réforme des universités, la réforme de la formation des enseignants contribuera à creuser de façon radicale le fossé entre deux types d’université (les plus nombreuses devenant de simples centres universitaires, une dizaine d’entre elles restant des universités de plein droit avec une véritable articulation entre enseignement et recherche).

La dernière injonction de la Direction Générale de l’Enseignement Supérieur (demandant une remise des nouvelles maquettes de masters avant le 31 décembre 2008) impose une réponse ferme et claire.

Déjà plusieurs conseils centraux d’universités dans toute la France, de nombreuses associations disciplinaires et quelques syndicats se sont émus de la situation et réclament un retour en arrière du ministère (pour ces réactions voir le site de SLU ; pour un exemple de motion dont nous partageons les termes voir celle de l’Université de Bordeaux III http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article724).

Dans de telles circonstances SLU appelle tous les collègues à multiplier les motions condamnant la politique de masterisation de la formation des enseignants. Nous les publierons toutes sur notre site et tenterons de les centraliser pour en faire une liste à communiquer aux medias et aux ministères concernés.

C’est sans attendre qu’il faut agir et tous ensemble. SLU appelle à une large union de tous les opposants à cette réforme sur les points suivants :

a) un moratoire immédiat sur la réforme en cours,

b) la mise en œuvre, immédiate et sans préalable, de discussions avec tous les acteurs concernés par la formation des enseignants pour proposer une autre réforme des concours d’enseignement, excluant clairement la logique actuelle de la mastérisation,

c) un refus catégorique de faire remonter les maquettes des futurs masters d’enseignement dans les délais imposés par le Ministère,

d) compte tenu des trois points précédent, le maintien des concours 2010 en l’état pour donner le temps à cette autre réforme de voir le jour sereinement.

25 octobre 2008

Publication : Henri Meschonnic

Henri Meschonnic, Dans le bois de la langue, Paris, Éditions Laurence Teper, octobre 2008.

Masterisation des concours

Enfin une analyse sérieuse et argumentée de la masterisation des concours de recrutement!
Elle est d'Alexis Grélois pour SLU. C'est ici : http://www.fabula.org/actualites/article26423.php
A lire d'urgence. Par cette réforme, c'est toute la politique de recherche qui est impliquée.
Je n'ajouterai à l'analyse de Grélois que deux remarques, qui sont liées :
1. L'année de master 2 (à la charge des étudiants) se substituant à l'actuelle année de stage en situation (rémunérée), l'Etat fait l'économie de la rémunération annuelle de 15500 stagiaires ( soit une somme qui avoisine le demi milliard d'euros).
2. A ce jour, on ne sait toujours pas (sauf erreur de ma part) si les reçus aux concours de cette année bénéficieront de l'ancienne année de stage -ce qui serait logique dans la mesure où ils passent les épreuves de l'"ancien" concours- ou s'ils devront faire l'an prochain le "nouveau" master 2. Ainsi le directeur de l'IUFM de Strasbourg a envoyé à tous les étudiants qui préparent le Capes, un courrier qui indique que les admis au concours seront inscrits
l'année suivante dans le futur M2. Or dans ce même IUFM certains collègues travaillent dans l'optique de l'ancien stage. Hallucinant! Je crains qu'il faille parier, si cette réforme se met en place, pour la logique économique : tout le monde en M2!
Merci de faire remonter les informations provenant de vos IUFM et universités respectifs.
PS : Bonne chance à Chloé!

Soutenance de thèse : C. Laplantine sur Benveniste

Chloé Laplantine, membre de Polart, soutiendra sa thèse : Emile Benveniste : poétique de la théorie. Publication et transcription des manuscrits inédits d'une poétique de Baudelaire, le vendredi 28 novembre 2008 à 14h30 (salle D010, Paris 8).

Directeur de thèse :
Gérard DESSONS [Polart], Professeur à l'Université Paris 8

Jury :
Gérard DESSONS, Professeur à l'Université Paris 8
Pierre ENCREVE, Professeur à l'EHESS
Henri MESCHONNIC [Polart], Professeur émérite à l'Université Paris 8
Christian PUECH, Professeur à l'Université Paris 3

Dans une liste d' “articles promis”, listes dont Benveniste avait l'habitude, nous lisons ceci : “Langages / (la langue de Baudelaire)”. Cet article, Benveniste ne le publiera jamais. Nous ne connaissons pas la raison de cela. Mais nous découvrons, à travers les nombreux manuscrits que cette recherche a laissés, que cette poétique qu’il était en train d’écrire, engageait pour lui une transformation du regard, ce qu’il appelle une « conversion du point de vue ». Le langage poétique est pour Benveniste le point de vue qui permet la critique du langage ordinaire, c’est à dire d’une conception réaliste qui réduit la langue à un usage référentiel, communicationnel et pragmatique. La thèse rend publiques les manuscrits inédits de cette poétique (370 feuillets), en donne la transcription dans son intégralité, et en propose une première analyse. Une partie de la thèse s’intéresse également au concept d’« inconscient » chez Benveniste et en montre l’importance et l’enjeu pour une anthropologie. On voit de quelle manière Benveniste poursuit les travaux de Bréal, de Saussure, de Boas, de Sapir et de Whorf. On montre que ce problème de l’inconscient permet à Benveniste de formuler une critique de la psychanalyse freudienne, et de manière plus vive encore, du structuralisme de Lévi-Strauss. On essaie enfin de montrer que cette réflexion à propos de l’inconscient chez Benveniste est indissociable du projet d’une poétique.

23 octobre 2008

Gauchet en penseur de l'éducation

Encore un livre à se mettre sous la dent. Marcel Gauchet, penseur de l'éducation, veut, selon un article du Monde de ce jour, "réinventer la relation d'autorité".
CONDITIONS DE L'ÉDUCATION de Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi. Stock, "Les Essais", 268 p., 19 €.
Le cr du Monde est ici :
http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/10/23/conditions-de-l-education-de-marie-claude-blais-marcel-gauchet-et-dominique-ottavi_1110103_3260.html#ens_id=1090909

19 octobre 2008

Compagnon et Le souci de la grandeur

Je me permets de vous signaler la parution récente du livre de Donald Morrison "Que reste-t-il de la culture française?" (Denoël, septembre 2008), qui contient la réponse de Compagnon à Morrison sous le titre "Le souci de la grandeur". En voici la quatrième de couverture :
"Longtemps, la France et sa culture n'ont fait qu'un, la grandeur de l'une servait le rayonnement de l'autre. Au centre de l'attention, les artistes français jouissaient d'un prestige sans égal. De cette gloire passée ne restent aujourd'hui que nombrilisme, nostalgie et frilosité.
C'est le constat désabusé auquel est arrivé Donald Morrison, Américain de Paris, au terme d'une minutieuse enquête sur la place de la culture française dans le monde. La créativité de ses artistes a beau être indéniable, l'influence – spectrale – et le poids – dérisoire – de la France dans les échanges culturels sont là pour montrer que notre culture ne parle plus au monde. Une déchéance qui, finalement, convient bien à la mentalité nationale, prompte à la déploration et à l'apitoiement.
En réponse à Donald Morrison, Antoine Compagnon souligne ainsi une certaine ambivalence de la culture française, encore capable du meilleur mais comme paralysée par le souci de sa propre grandeur. Sans doute la France gagnerait-elle à relativiser la place qu'elle s'imagine être la sienne sur la scène culturelle mondiale. Mais encore faudrait-il qu'elle cesse de vouloir régler leur compte aux États-Unis et à leur insolence culturelle.
Si le débat sur la vitalité de la culture française n'est pas près d'être clos, au moins cet échange salutaire entre Donald Morrison et Antoine Compagnon peut-il nous aider à mieux comprendre le regard que le monde porte sur la France et, donc, à mieux nous connaître."
Voir aussi, pour la contextualisation du débat, le compte-rendu de Pierre Assouline sur son blog :
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/10/02/notre-culture-netait-pas-morte-elle-declinait-seulement/

17 octobre 2008

APPEL DE SLU - 18 OCTOBRE 2008

A l’appel de
Sauvons l’université!

Assemblée générale des personnels
de l’enseignement supérieur et de la recherche

SAMEDI 18 OCTOBRE 2008 En Sorbonne, Amphithéâtre Bachelard, Galerie Gerson, 17 rue de la Sorbonne 75005 Paris 9h30 –12h30 14h30-17 h
Quelle université voulons-nous ? Savoirs, recherche, transmission, statuts

Un an après la mobilisation qui a donné naissance à SLU, nous voudrions marquer cet anniversaire en faisant le point sur les conséquences de la loi LRU, la poursuite des « réformes », le bouleversement actuel de l’enseignement supérieur et de la recherche : comment fonctionnent les nouveaux CA ? Pourquoi tant d’argent pour le plan « réussite en licence »… mais pas de postes ? Qui seront les premiers CDD de droit privé dans les universités ? À quelle évolution des statuts et des masters peut-on s’attendre ? À quoi sert l’évaluation généralisée ? Qu’arrive-t-il aux SHS au CNRS ? Et que deviennent les grandes écoles dans tout cela ? Bref : quelle université est-on en train de mettre en place, et qu’y restera-t-il des savoirs disciplinaires et de la recherche ? Que nous enseigne l’exemple de nos voisins européens de ce point de vue ? Un an d’avancées et de reculades, d’annonces de chiffres tronqués ou mensongers (sur les budgets), quelques rapports perfides nous ont appris la nécessité de la vigilance et de l’analyse.
Pour préparer ce débat, SLU ! lance donc un appel à contributions « Évaluons la réforme ! Évaluons l’évaluation ! » Faites-nous part de vos expériences (ubuesques, kafkaïennes ou non) et de vos réflexions sur les conditions de l’évaluation dans vos universités et/ ou laboratoires, qu’il s’agisse d’équipes de recherche ou de diplômes. Informez-nous sur les modalités d’application du « plan licence », les voies de la mastérisation des concours dans votre université. Nous rassemblerons ces contributions pour la matinée et nous pourrons éventuellement les publier sur le site. Vous pouvez les envoyer à postmaster@sauvonsluniversite.com
Par ailleurs, comme toute association, nous avons obligation légale de convoquer une assemblée générale des membres de l’association « Sauvons l’Université ! ». Elle aura lieu ce même jour à partir de 14h 30 et accueillera toutes celles et tous ceux qui souhaitent partager le combat de SLU, en adhérant mais aussi éventuellement en participant activement à ses actions. L’ordre du jour sera le suivant : 
 rapports moral et financier ; 
 élection du CA, du bureau et des porte-parole ; 
 débat sur les perspectives de l’association.
Venez nombreux à l’AG organisée par SLU le 18 octobre 2008 ! Faites circuler ce message auprès du plus grand nombre possible de collègues !



HENRI SCEPI, LA POESIE VACANTE. Nerval, Mallarmé, Laforgue.

2008 • 14 x 21,5 • 256 pages • ENS EDITIONS / ENS LSH LYON

4e de couverture : La poésie moderne, telle qu’elle se dessine au tournant du XIXe siècle, semble connaître un destin bien singulier et paradoxal : elle s’élabore en se défaisant, elle s’écrit en déconstruisant ses formes et ses valeurs dans l’espace critique du poème. Comment d’ailleurs est-elle possible ? C’est à une question aussi radicale que Nerval, Mallarmé et Laforgue ont tenté de répondre, chacun selon ses moyens et ses visées propres. Si, dans leurs pratiques respectives, le poème dit encore quelque chose d’une relation distendue entre le sujet et le monde, il s’applique bien plus à dénouer tout lien du discours avec le réel, vouant du même coup la poésie à penser ce suspens, à intégrer, dans ses modes de figuration et d’énonciation, la trace d’une coupure fondamentale. Réflexivité, autonomie, clôture : le poème devient le lieu d’un questionnement continu, qui met en déroute – non sans détours ni conflits – la Poésie et ses emblèmes chimériques ; il n’omet pas non plus d’évaluer la capacité du langage à représenter et à symboliser. Ainsi conçue et remise en jeu, la poésie révèle sa vacance : elle accentue le geste d’évidement qui la creuse de l’intérieur, en mettant à nu les artifices d’un discours toujours enclin à dissimuler ses leurres et ses lacunes…

Henri Scepi est professeur de littérature française du XIXe siècle à l’université de Poitiers.

11 octobre 2008

Un point de vue anthropologique sur l'économie

Au moment où la crise financière et économique devient un réactif de premier plan pour lire la posture et les impostures de certains néo-conservateurs (nombreux et très rapides "retournements de vestes" : voir l'article de Francis Fukuyama dans le monde de ce jour), il peut être intéressant de prendre le pouls du blog de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/) ainsi que de son site, non pas tant pour étalonner la valeur prophétique de ses analyses -petite tendance, assez insupportable, au narcissisme- que pour prendre connaissance de nombreux commentaires de qualité et, plus globalement, pour mesurer la criticité et les limites de l'anthropologie sociale appliquée à l'économie. Je me permets de vous indiquer au passage que l'auteur de "Vers la crise du capitalisme américain" (La Découverte, janvier 2007) a relu Aristote dans un sens qui croise parfois la poétique. Voir son article en ligne : "La linguistique d'Aristote" (http://www.pauljorion.com/index-article-28.html), qui vaut surtout pour la pertinence de la lecture critique de l'histoire de la réception d'Aristote, son historicité aujourd'hui. En écho à "Aristote en Haïti" de Gérard.

08 octobre 2008

L'Europe avec ses langues : multi, pluri, inter, etc.

Je me permets de recommander la lecture du Rapport Maalouf, rendu récemment à la Commission européenne, sous le titre Un Défi salutaire. Comment la multiplicité des langues pourrait consolider l'Europe.
Commandé dans le contexte de 2008 Année européenne du dialogue interculturel (brr...), et beaucoup évoqué au cours des débats des Etats Généraux du multilinguisme à la fin septembre, il permet d'identifier l'un des discours actuels qui peut être tenu et entendu à propos des langues dans la dynamique de la construction européenne. Ses nouveautés.
Depuis que l'Europe s'est (re)découverte et se donne à se (ré)inventer comme "société de la connaissance" la plus compétitive au monde à l'horizon de 2010 ("stratégie de Lisbonne"), un nouvel intérêt tend l'attention (éventuellement avec un oeil mauvais) des discours et débats et travaux en commissions du côté de la culture.
Le texte remis sous la présidence d'Amin Maalouf pose explicitement des jalons qui sont une position sur le rapport des langues, le rapport entre communication et culture dans le langage, sur la subjectivité et l'intersubjectivité pensables à partir de ces prises de position sur les langues, leur enseignement, et leur cultivation. Une pensée du rapport social. Les deux propositions centrales étant : que les rapports de langues sont, et sont à soutenir comme, des rapports bilatéraux (sans truchement tiers = Globish) ; et que la notion de langue personnelle adoptive, en tant que distincte de la "langue de communication internationale", peut promouvoir une autre voie dans le développement d'une identité européenne.

Je ne vais pas plus loin dans l'immédiat : j'indique seulement la légère inflexion du discours (inflexion du Vraisemblable linguistique d'époque, au sens où Barthes parle de Vraisemblable critique, à propos de la critique qui n'est pas la Nouvelle, en 1966), et relève aussi 1. la continuation des bons sentiments dès qu'on se met à parler de culture (culture = consensus), 2. la difficulté à parler, dans le champ de discours de "l'Europe", du rapport entre culture et politique. La difficulté à parler du rapport de pouvoir qui lie le sort des langues. Le concept de "choix" et de "chacun" sont des marqueurs, libéraux ("multiplicité" n'est pas "diversité" qui n'est pas "différence" des langues), dépolitisants. Le rapport n'aborde pas la question d'une politique des langues. Ni celle d'une politique publique des langues.
La "langue personnelle adoptive", ou "en quelque sorte, une seconde langue maternelle", si elle n'est en effet plus la "seconde langue étrangère" (p. 11), n'est pas encore tout à fait une langue vivante et langue de vie. Elle reste en famille. Il faut nécessairement chercher plus loin, jusqu'au politique. Jusqu'aux implications du rapport qu'on pense, et qu'on institue, entre culture et politique. Là, seulement, "la vie des peuples" (Saussure). A la fois rapports de sens et rapports de pouvoir.

07 octobre 2008

Quelques résistances aux classements : AERES

L'annonce qui suit a été diffusée sur la liste de la SAES (Société des anglicistes de l'enseignement supérieur). Elle prend place dans une série déjà relativement nombreuse de pétitions et prises de position de différentes disciplines contre les principes d'évaluation par lesquels on veut gouverner la recherche. (L'heureux, c'est que ça pourrait être pire : aux Etats-Unis, les mobilisations des chercheurs sont à se faire contre les poussées de pouvoir du créationnisme... Voir l'appel "Defend Science", et le site de la Union of Concerned Scientists.)

L'annonce émane de la délégation scientifique à l'AERES pour les Arts, Lettres, Langues, et Sociétés des Cultures Étrangères (11ème à 15ème Sections) ainsi que pour les Arts (18ème Section), qui concerne l'évaluation des équipes de la vague D :

« Réunies à Paris le 19 septembre 2008, les Commissions bibliométriques Arts et Arts, Lettres, Langues, et Sociétés des Cultures étrangères, composées des Présidents des sections CNU concernées, des Présidents de comités de visite, de représentants des sociétés savantes, et des représentants du CNRS (lors d'une première réunion le 18 juin) a décidé de ne publier aucun classement de revues sur le site de l'AERES pour la vague D. Il a été convenu que le calcul des publiants ou des "publiants-créateurs" (dans le cas des arts) serait laissé à l'appréciation du comité de visite, comité ayant été choisi pour sa compétence, et donc apte à juger en son âme et conscience de la qualité d'une publication ou d'une création quelle que soit la nature de son support. »

06 octobre 2008

02 octobre 2008

Rentrée du séminaire Diversité des langues

Le séminaire "Diversité des langues et poétique de l'histoire", collaboration entre IndeA (Rennes 2), Le texte étranger (Paris 8) et Polart, reprend le fil de son programme 2007-2009 : "Quelle 'société de la connaissance' ?". L'argumentaire est téléchargeable sur le site Polart.

En ce début d'année universitaire 2008-2009, quelques changements ont lieu. Emilienne prend la direction d'un centre de recherches international à New York ; IndeA devient le Centre d'études postcoloniales, et poursuit son travail, malgré la distance qui complique un peu les choses, avec Le texte étranger.

La première séance du séminaire aura lieu le mercredi 22 octobre, 18h, à Paris 8 (rendez-vous salle B 344).

A un moment où le CNRS est en pleine réforme, et où les chercheurs en Sciences humaines et sociales luttent pied à pied pour affirmer leurs disciplines, l'affinité de notre réflexion sur la diversité des cultures, et d'une réflexion sur l'insitutionnalisation des modes de savoirs, est encore plus criante. L'un des chantiers, ou faudrait-il dire champs de bataille, qui illustre au mieux cette proximité théorique, est celui de la scientificité des humanités, et de la place en leur sein ou non, des sciences dites "cognitives". L'énoncé même de la question: faut-il "sauver" les sciences humaines en adoptant la règle universalisante de l'expérimentation comme seule validation de la démarche scientifique --- pose celle de la culture institutionnelle, et simultanément, des cultures et des langues. Pose la diversité des cultures comme un problème pour le scientifique dans son rapport avec le politique.
C'est donc sous l'impulsion de nouveaux projets de coopération internationale avec l'Inde et les Etats-Unis, dans l'optique de ce travail sur la Diversité des langues, que nous souhaitons vous proposer une première réunion du séminaire.

Programme de la séance : Claire Joubert et Emilienne Baneth présenteront leurs travaux et perspectives de recherche. Lise Guilhamon et Laetitia Zecchini présenteront (sous réserve) leur expérience du système des éditions universitaires française et de la place qu'il laisse à un savoir comparer. Nous profiterons également de cette réunion pour dessiner le programme de l'année.

Nous vous prions de nous excuser de vous prévenir un peu tard de la date et de l'heure, qui coïncident avec les seules dates possibles pour le passage d'Emilienne Baneth à Paris la semaine du 20 octobre 2008 -- et nous réjouissons de reprendre ces travaux avec vous.

Emilienne Baneth et Claire Joubert

26 septembre 2008

Antoine Emaz

Je signale la parution du supplément Triages, Actes du colloque Antoine Emaz, éditions Tarabuste. Bonne journée à tous.

22 septembre 2008

12 octobre : deux rencontres en (re)vue(s)

Du 10 au 12 octobre 2008

à l'Espace d'animations des Blancs-Manteaux
48, rue Vieille-du-Temple, 75004 Paris

Le 18e Salon de la revue

Un salon en mouvement :

plus de 700 revues de toutes disciplines (littérature, poésie, art, sciences humaines et sociales, psychanalyse, débats et idées)

200 revues étrangères (Belgique, Québec, Suisse, Espagne, Italie, Israël…)

15 nouveaux exposants, de l'École Française d’Extrême-orient aux Presses universitaires du Septentrion ; Le Visage vert, La Nouvelle revue théologique,les Périphériques vous parlent, Frictions, Sakamo, Utile, Geste, Papiers nickelés, Liselotte, Quatre, Fora, La Corne de Brume, Revue Giono…

10 nouvelles revues : Ananda, Criticat, Contraste, Journal de Quinzinzinzili,Résonance générale, Ricochets-poésie, La Roulette russe, TINA, Utile, Et donc à la fin…

30 animations, tables rondes et débats, dialogues et lectures


DIMANCHE 12 OCTOBRE 

Salle Noël Arnaud 13h-14h
« Où en est la poétique ? » 
Résonance générale mêle poèmes et des essais, interventions artistiques et théoriques. Les rédacteurs de la revue (Serge Martin, Laurent Mourey, Philippe Païni) refusent de voir la pensée s'arrêter à la porte du poème ou prendre la sortie de la philosophie. Ils parient que le poème parce qu'il est une aventure éthique dans et par le langage, oblige à engager une anthropologie relationnelle : cette politique du poème demande une poétique à la hauteur de son engagement éthique. Une telle aventure qui passe toujours par l'empirique des expériences plurielles conteste les postures actuelles qui esthétisent ou « poéthisent » sans rompre avec les académismes de l'époque. On en parle en présence de quelques poètes et essayistes publiés dans la revue.

Salle Noël Arnaud 14h-15h
« Avec Henri Meschonnic » 
une table ronde proposée par la revue Continuum et animée par Marlena Braester et Esther Orner, avec la participation de Serge Martin et de Pascal Maillard.


Pour en savoir plus:http://www.entrevues.org/actualites_salon08_animations.php


http://revue-resonancegenerale.blogspot.com


18 septembre 2008

Le style, à l'anglaise

Parution du n° 30 de la Revue de la Société de Stylistique Anglais : numéro spécial sur La grammaire et le style : domaine anglophone.
Avant-propos: Monique De Mattia-Viviès
Participation de : Pierre Cotte, Bertrand Richet, Bruno Poncharal, Laurent Rouveyrol, Laurence Vincent-Durroux, Christopher Desurmont, Manuel Jobert, Pascal Caillet, Clara Mallier, Isabelle Keller-Privat, Nathalie Vincent-Arnaud, Linda Pillière, Olivier Simonin, Paul Larreya, Vanina Jobert-Martini, Aliyah Morgenstern, Emmanuelle Prak-Derrington, Jean-Jacques Lecercle
ISSN 0240-4273
http://stylistique-anglaise.org

15 septembre 2008

Politique des langues : bilinguisme contre multilinguisme

Je transmets ce commentaire, reçu par le biais de la Société des anglicistes de l'enseignement supérieur, et avant elle de l'Association des professeurs de langues vivantes :


LA FRANCE VEUT DES ELEVES BILINGUES
http://www.ledevoir.com/

Une erreur, selon le linguiste Claude Hagège, qui défend le multilinguisme, en France comme au Québec

Paris -- On aurait cru entendre Pauline Marois. En cette semaine de rentrée scolaire, le ministre français de l'Éducation, Xavier Darcos, avait choisi de stigmatiser la faible connaissance de l'anglais des étudiants français. Sans aller jusqu'à proposer d'enseigner l'histoire en anglais, comme l'avait fait le chef du Parti Québécois, le ministre y est allé de quelques mesures destinées à réconcilier les Français avec la langue de Shakespeare.

Aux classes d'immersion très répandues au Québec, le ministre préfère les stages intensifs d'Anglais pendant les vacances. Il souhaite aussi que les enseignants du secondaire qui aident les élèves en difficulté après les heures de classe fassent de l'anglais. Enfin, il projette, dès la rentrée 2008, la création de 1000 sites de visioconférence pour l'enseignement précoce des langues vivantes. Une nouvelle technique nommée «e-learning», a dit le ministre, soucieux de démontrer ses propres talents en anglais.

Lors de la rentrée 2007, Xavier Darcos avait déclaré vouloir «faire de la France une nation bilingue». Cette année, il souhaite qu'à la fin de leur scolarité obligatoire, les Français soient tous «bilingues». Les stages linguistiques, déjà largement pratiqués, ainsi que le rattrapage après l'école, demeureront cependant volontaires, pour les professeurs comme pour les élèves.

Accueillie dans une indifférence apparente, l'intervention du ministre ne fait pourtant pas l'unanimité. Les syndicats d'enseignants ont déploré que son constat ne soit fondé sur aucune évaluation du niveau réel des élèves.

Étrangement, la réplique la plus cinglante est venue de là où l'on ne l'attendait pas. Selon le célèbre linguiste Claude Hagège, lui-même polyglotte, la croyance selon laquelle l'enseignement de l'anglais en France laisse à désirer tient essentiellement du «préjugé» et d'un «absurde complexe». Elle vient notamment du fait que la France se compare aux petits pays du nord de l'Europe, comme la Suède et les Pays-Bas, dont les réalités linguistique et historique sont très
différentes.

«La première raison pour laquelle les enfants de ces pays apprennent mieux l'anglais, c'est parce que le vocabulaire et la structure linguistique de leur langue est proche de l'anglais.» Le linguiste en veut pour preuve que ces «difficultés» en anglais ne sont pas propres aux francophones. Elles sont partagées par tous les autres peuples de langue romane, comme les Italiens et les Espagnols.

Il existe aussi une cause historique à cette différence, dit le linguiste de renommée mondiale. Contrairement au français, les langues des petits pays du nord de l'Europe n'ont pas un rayonnement international. «Si l'anglais est aussi présent dans leur scolarité, c'est parce que leur langue maternelle n'est connue nulle part ailleurs.» La télévision néerlandaise et suédoise affiche régulièrement une programmation en anglais sans doublage. Sans parler de la radio, qui est le plus souvent monopolisée par la chanson en anglais.

«Le français est, moins que l'anglais mais tout comme l'anglais, une langue à diffusion mondiale, dit Hagège. Il est donc inutile et contre-indiqué pour la France, comme pour le Québec, d'enseigner l'anglais de façon aussi intensive que le font les pays scandinaves ou les Pays-Bas, dont la langue n'est connue qu'à l'intérieur de leurs frontières nationales.»

L'auteur de Combat pour le français, au nom de la diversité des langues et des cultures (Éditions Odile Jacob) invite les francophones à jeter un oeil au-delà du monde anglo-saxon. «Les pays éloignés de la zone d'influence anglaise, comme la Russie, le Japon, la Chine éprouvent bien plus de difficulté que nous à apprendre l'anglais. C'est ce que démontrent tous les tests internationaux.»

Il y a plusieurs années, Claude Hagège s'était opposé, dans les pages du Devoir, à l'enseignement de l'anglais en première année au Québec. Un «désastre», avait-il dit alors. Huit ans plus tard, il n'a pas changé d'avis. «J'y suis d'autant plus opposé que le Québec, îlot de 6 millions de francophones immergé dans un océan de près de 300 millions d'anglophones, est particulièrement menacé par le flot de l'anglophonie. J'estime que la présence de l'anglais est suffisamment forte au Québec, bien plus forte qu'en France, pour qu'il n'y ait pas lieu de lui donner le monopole des langues secondes à l'école.» Le linguiste estime que l'enseignement précoce de l'anglais aux immigrants peut notamment créer chez eux une «double incompétence linguistique».

Plutôt que le bilinguisme, qui met l'anglais sur un piédestal, le linguiste défend l'importance d'enseigner deux langues secondes. Une pratique depuis longtemps obligatoire dans l'enseignement secondaire français. «Au Québec, il n'y a pas de raison pour qu'on ne fasse pas ce
que je préconise en Europe. L'enseignement des langues secondes ne devrait jamais concerner une seule langue. Si on ne propose aux enfants qu'une seule langue seconde, l'anglais prendra toute la place. Mais si on en propose deux, ils choisiront aussi l'espagnol, l'allemand ou
l'italien. Dans le cas du Québec, pays d'immigration, on pourrait aussi penser à l'arabe ou au chinois.»

Claude Hagège n'est pas le seul à s'inquiéter des effets d'un bilinguisme qui consacrerait le monopole international de l'anglais. L'Observatoire européen du plurilinguisme, qui regroupe de nombreuses associations européennes, a estimé que les déclarations de Xavier Darcos allaient à l'encontre de la position officiellement défendue par Nicolas Sarkozy en faveur du plurilinguisme. En mars 2007, à Caen, le président avait déclaré vouloir se battre «pour que soit généralisé partout en Europe l'enseignement de deux langues étrangères, parce que c'est la seule façon efficace pour que l'hégémonie de l'anglais soit battue en brèche». L'observatoire appelle donc le président à «recadrer» la politique de son ministre de l'Éducation.

***

Correspondant du Devoir à Paris

Appel à mobilisation : 18 septembre, 16h, Ministère

Je transmets :

A l'appel de l'intersyndicale de l'enseignement supérieur et de la recherche, de SLR et de SLU
>
> La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a proposé aux organisations syndicales un « temps de rencontre » consacré aux travaux des commissions Schwartz et Hoffmann, le jeudi 18 septembre. Les organisations syndicales et associations de l'enseignement
> supérieur et de la recherche appellent les personnels et les étudiants à se rassembler ce même jour, à 15 heures devant le MESR pour :
>
> - */refuser la suppression de 900 emplois statutaires et demander des créations pour notamment résorber la précarité/* ;
>
> - */dénoncer le simulacre de concertation entre le gouvernement et les syndicats, tel qu'il est organisé par le ministère/* ;
>
> - */demander l'ouverture de réelles négociations sur les statuts, l'emploi et les carrières/*.
>
> Une politique claire se dessine subrepticement (puisque le Ministère ne veut rien dire des annonces que la Ministre se prépare à faire après le 18 septembre) mais avec un calendrier précis et précipité puisque la Révision générale des politiques publiques « modernisées »
fixe à janvier 2009 les décisions sur les statuts des fonctionnaires. On le perçoit plus nettement de jour en jour, cette politique aura pour effet de bouleverser radicalement l'organisation du travail et les statuts des personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche. A cet égard, les conséquences de la loi LRU vont devenir de plus en plus visibles dans la vie quotidienne des universités mais aussi tout simplement dans celle des enseignants-chercheurs et des membres du personnel administratif, technique.
>
> Toute forme de collégialité tend à disparaître au profit de décisions unilatérales des présidences. Dans la gestion des personnels et dans les choix budgétaires, le désengagement du ministère s'annonce d'ailleurs radical et il s'apprête à renvoyer systématiquement toute
protestation sur les statuts, les services ou les primes aux instances locales dites « autonomes ». Le socle de l'organisation des « ressources humaines », selon le vocabulaire en vogue, sera dans
> l'enseignement supérieur un contrat individuel constamment révisable, assorti d'un système de primes et de modulations de service au bon vouloir de la hiérarchie locale, avec augmentation du nombre d'heures d'enseignement dès lors que l'on considérera que l'activité de chercheur n'est pas suffisante. Que devient dans cette logique la notion d'« équipe pédagogique » si chère au plan licence et au Ministère ? Et Qu'en est-il de l'articulation entre enseignement et recherche, dès lors que l'on semble considérer qu'un chercheur « insuffisant » ferait un « bon » enseignant, voire que l'enseignement serait une sorte de punition ? Le seul recours pour les individus sera alors le Tribunal Administratif et il n'est même pas exclu d'envisager en cas de conflit insoluble des temps partiels imposés.
>
> Comme cela était prévisible depuis le vote de la loi LRU la précarité connaîtra une extension infinie, à l'université comme dans les grands organismes, avec la mise en place d'un système dual où s'articulerons un nombre d'emplois - toujours plus limité - de titulaires de la fonction publique (dont les différentes corps seront rapprochés ou fondus) avec une masse de précaires aux statuts aussi multiples que fragiles.
>
> Parallèlement, le poids des agences (ANR et AERES) continuera à grossir et le pilotage gouvernemental direct et permanent de la recherche stratégique aux dépens de la liberté et de l'indépendance des chercheurs ne cessera de s'amplifier comme le montrent abondamment
les dernières décisions estivales sur les Instituts au CNRS et la mise en place par la Ministre de nouvelles instances d'orientation de l'innovation et de la recherche où ne siègent que des personnes choisies par le gouvernement.
>
> Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, ces choix ne relèvent pas d'une sorte de fatalité, qui s'expliquerait par l'« économie de la connaissance » et la concurrence féroce entre les universités du monde entier. Il est plus que temps de réagir et de manifester clairement que nous ne voulons pas de cette politique, et que nous en refusons non seulement le calendrier mais aussi la logique et les principes.
>

Rejoignez-nous devant le Ministère de /**/la Recherche/**/ et de l'Enseignement supérieur (21 rue Descartes) le jeudi 18 septembre à 16 h à l'appel de l'ensemble des organisations syndicales, de SLR et de SLU !

Colloque P8 : La parole politique des artistes

Le colloque "La parole politique des artistes", organisé par Violaine Roussel et Christine Cadot (sciences politiques, Paris 8) se tiendra le jeudi 25 septembre prochain à la MSH Paris Nord. Pour plus d'information : http://www.univ-paris8.fr/scpo/labtop/art/.

Programme :

Matinée : 9h00 – 12h30 : La parole et le geste artistiques, enjeux de politiques
Accueil et ouverture : Christine CADOT et Violaine ROUSSEL, Université Paris VIII

Session 1 : 9h30 – 11h : La parole artistique aux prises avec ses usages politiques

• Laure BLEVIS, Université Paris X et Claire ZALC, CNRS
« Ce que l'art fait au discours scientifique. Retour sur une expérience de commissariat d'exposition au sein de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration »
• Sarah GENSBURGER, Institut des sciences sociales du politique
« Les artistes dans les ‘politiques de la mémoire’ : un engagement contesté »
• Vikki BELL, Goldsmiths College, University of London
« Aesthetics, Law and the Nomos: Artworks in Transitional Argentina »

Session 2 : 11h15-12h30 : Paroles d’artistes en contexte d’instabilité politique

• Anemona CONSTANTIN, Université Paris X
« Le ‘fascisme’ dépolitisé ou la radicalisation à l’extrême droite des jeunes écrivains roumains des années 30 »
Discussion : Laure DE VERDALLE, CNRS

Après-midi : 14h00-19h : Mobilisations d’artistes en politique

Session 3 : 14h00 – 16h10 : Parler pour les « sans-voix »

• Jean-Gabriel CONTAMIN, Université Lille II
« La parole politique des artistes : entre légitimité et illégitimation : L’exemple de la pétition des cinéastes contre le projet de loi Debré –février 1997 »
• Sandra TRIGANO, Université de Saint Etienne
« La mise en scène du corps ouvrier comme geste politique »
• Sophie BARREAU, Université Paris III
« Les usages politiques de l’art cinématographique documentaire : le film comme outil de changement social »
Discussion : Bleuwenn LECHAUX, Université de Rennes I

Session 4 :16h20 – 18h30 : La politique dans les formes artistiques : éclairages américains

• Michael KAMMEN, Cornell University
« The Changing Political Agendas and Perspectives of American Artists, 1812-1972 »
• Jean-Pierre ESQUENAZI, Université de Lyon III
« Enjeux politiques et sociaux dans la série américaine Law and Order : entre logiques commerciales et engagement désintéressé »
• François BRUNET, Université Paris VII
« Photographie et écologie aux Etats-Unis: le discours au secours des images ? »

Discussion : Bruno PEQUIGNOT, Université Paris III
Conclusion : Philippe BOUQUILLION, Université Paris VIII

Accès au colloque :
MSH Paris Nord, 4 rue de la Croix Faron, Plaine Saint Denis, 93210 Saint Denis
Salle des colloques, 2e étage
S’y rendre : RER ligne B, Station : La Plaine - Stade de France ; Bus 153.
Depuis le RER : sortie avenue du Président Wilson. Traversez le square des Droits de l'enfant, tournez à gauche, et tout de suite à droite, passage Boisé. Continuez toujours tout droit. Après le passage sous un immeuble, prenez la rue sur votre droite, rue des Blés, puis au bout à gauche, rue de la Croix Faron.
Au n°4 : sonnez à l’interphone « MSH Paris Nord » et suivez l'accès fléché (via le patio du premier étage) pour accéder à nos locaux.
http://www.mshparisnord.org/acces.htm

06 septembre 2008

Bilan et rentrée SLU

Je mets en ligne, pour ceux qui de l'auraient pas reçue, la dernière lettre d'information SLU :
Newsletter n° 9 – septembre 2008

Bilan (provisoire) et rendez-vous de la rentrée


“Sauvons l’Université!” (SLU) est né d’un mouvement d’opposition à la loi LRU. Notre association existe maintenant depuis un peu plus de neuf mois et a acquis auprès des syndicats et de "Sauvons La Recherche" (SLR) une place et une parole reconnues par beaucoup comme spécifiques, fondée sur notre pratique d’enseignant-chercheur, de personnels technique et de recherche ou de BIATOSS. SLU a ainsi participé activement aux différentes actions menées cette année autour de l’opposition à la LRU puis des tentatives de démantèlement du CNRS : réunions intersyndicales et avec SLR, manifestations unitaires, délégations au ministère. Nous avons également pris position pour la préservation des concours nationaux de recrutement (avec une pétition qui a recueilli plusieurs milliers de signatures), pour le renforcement de la place des SHS au CNRS. Nous avons manifesté notre solidarité avec les enseignants du primaire et du secondaire. Nous sommes allés à plusieurs consultations publiques sur l’évaluation, et en avons rendu compte. Les médias nous sollicitent désormais régulièrement, au même titre que les autres acteurs de la mobilisation du monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Enfin, et c’est capital, notre site est devenu un outil disponible pour tous et tente de rendre compte de tout cela : il est chaque jour consulté par des centaines de personnes. Des comités locaux SLU se sont créés dans plusieurs universités, et les adhésions à l’association continuent de nous arriver (bulletin à télécharger sur http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article3).

Bref, SLU existe. Mais nous n’avons pas pour autant atteint les objectifs pour lesquels notre association est née.

- La loi LRU est appliquée progressivement dans la grande majorité des universités, même si les élections aux conseils centraux font voir des résultats contrastés (dans près d’un tiers des universités des majorités critiques ou carrément opposées à la nouvelle loi ont été élues).
- Les rapports Schwarz et Hoffman sur les carrières des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche créent les conditions d’une modulation des services, d’un développement de la précarité des jeunes collègues et d’une place grandissante de la contractualisation, ce qui a pour effet immédiat de renforcer le pouvoir des présidents d’université.
- Le plan “réussite en licence” est mis en œuvre sans moyens adéquats et durables, notamment en postes d’enseignants-chercheurs et de BIATOSS titulaires.
- L’ANR dépense beaucoup d’argent pour des projets à court terme et crée au passage plusieurs milliers de CDD pour de jeunes chercheurs dont on ne sait quel sera leur avenir compte tenu de l’actuelle politique de recrutement.
- Pendant l’été ont été annoncées 900 suppressions d’emploi dans l’enseignement supérieur pour l’année à venir, sans parler d’un budget qui ne traduit en rien les priorités affichées en faveur de l’université et de la recherche.
- La destruction radicale de toute formation spécifique des futurs enseignants est annoncée avec une brutalité confondante par un Ministre de l’éducation qui se fait le chantre de la formation sur le tas grâce au « compagnonnage » entre collègues…
- L’évaluation est devenue, au travers de l’AERES une réalité permanente de l’administration de la recherche : les formations, les laboratoires, les établissements ont été évalués, sont en cours d’évaluation ou vont l’être prochainement sans que l’on sache quoi que ce soit sur les critères selon lesquels sont choisis les évaluateurs et sans qu’existe le moindre conseil scientifique paritaire pour un organisme - l’AERES - dont le poids ne cesse d’augmenter. Une nouvelle bureaucratie est ainsi en formation, pilotée directement par les cabinets ministériels.

Quant au CNRS, il est en passe d’être découpé en Instituts et, même si des engagements ont été pris par la Ministre en juin dernier pour qu’aucune discipline ne soit écartée des grands organismes de recherche et pour que toutes soient traitées de façon équivalente, on est en droit de nourrir des doutes sur la volonté de négociation de la direction du CNRS et du Ministère au vu des derniers événements, notamment pour les SHS (limogeage brutal de la Directrice scientifique des SHS, information diffusée par petite annonce que la partition des SHS en trois départements a déjà été arrêtée !).

Le tableau n’est pas rose. Il rend d’autant plus important le développement de notre capacité à inventer de nouvelles pratiques et de nouveaux discours pour rassembler et convaincre. Pour ce faire nous devons favoriser une réflexion sur nos moyens et nos souhaits pour la suite.

A cet égard, le rendez-vous du samedi 18 octobre à Paris (lieu précis à déterminer) revêt pour SLU une importance particulière : ce jour-là, nous convoquons une grande AG des personnels de l’enseignement supérieur à laquelle peuvent participer tous ceux qui ont envie de discuter avec nous des modalités de notre action à venir. Cette journée sera aussi l’occasion de réunir dans un deuxième temps l’AG annuelle ordinaire de l’association à laquelle tous les adhérents de SLU sont conviés et qui aura la charge d’élire notre CA, notre bureau et nos porte-paroles pour l’année à venir.

Par ailleurs, et avant cette date un rassemblement sera organisé par l’intersyndicale et par SLR et SLU le 18 septembre devant le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (les informations précises seront mises sur notre site).

NB 1 : Une liste de discussion « SLU interne » à laquelle il est possible de s’inscrire (et de se désinscrire le cas échéant) est ouverte à tous ceux qui le souhaitent. Cette liste pourra être le lieu de diffuser des informations en rapport avec l’enseignement supérieur, la recherche et le système éducatif, de discuter des propositions, de proposer des analyses concernant ces informations, de débattre éventuellement de modes d’action, de produire des textes. À nous et à vous d’en faire bon usage – c’est-à-dire aussi de tempérer le nombre et la teneur de ces interventions pour qu’elle n’envahisse pas vos boîtes de courrier et ne devienne pas insupportable à ceux qui n’auraient pas le temps de lire chaque message. Cette liste sera articulée avec une liste plus large « SLU Forum » et une autre encore plus large « Newsletter ».

NB 2 : Nous recherchons des “contacts” dans les universités de province, susceptibles de diffuser des communiqués et informations auprès de la presse locale. Si cela vous intéresse, merci de nous contacter à postmaster@sauvonsluniversite.com.

VENEZ NOMBREUX A L’AG DE SLU LE SAMEDI 18 OCTOBRE !

04 septembre 2008

Parution : Translatio. Le marché de la traduction

Parution, aux éditions du CNRS, d'un volume de sociologie de la traduction (et objet de l'émission "La Suite dans les idées", France Culture, 2 septembre 2008) : Translatio. Le marché de la traduction en France à l'heure de la mondialisation, sous la direction de Gisèle Sapiro.
Je copie la présentation des éditeurs :

Concentration croissante de l’édition, montée en puissance des agents littéraires, emprise des contraintes commerciales sur la circulation des livres, domination de l’anglais d’un côté, diversification des langues traduites de l’autre… Les flux de traductions favorisent-ils le dialogue entre communautés nationales ?

Sont-ils au contraire l’expression d’un impérialisme économique qui s’accompagne d’une hégémonie culturelle ? Première analyse sociologique du marché mondial de la traduction, l’enquête menée par Gisèle Sapiro et son équipe offre une radiographie passionnante de notre paysage éditorial : circulation des œuvres d’un pays à l’autre, logiques du marché, spécificités de la réception, stratégies d’universalisation. Ou comment, contre la « marchandisation » du livre, une autre mondialisation éditoriale se fait jour, qui passe par des réseaux intellectuels, des alliances entre petits éditeurs indépendants et défenseurs de la diversité culturelle.

Une contribution majeure pour comprendre la place de la France sur le marché du livre à l’heure de la globalisation.

Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS et enseigne à l’EHESS. Spécialiste de sociologie de la littérature, de la culture et des intellectuels, elle a notamment publié La Guerre des écrivains, 1940-1953 (Fayard, 1999).

Statuts des chercheurs et enseignants du supérieur

Au cas où pas déjà noté :

. le Rapport Schwartz, rendu à V. Pécresse le 8 juillet 2008 : Commission de réflexion sur l'avenir des personnels de l'enseignement supérieur.
. le Rapport Hoffmann, rendu à V. Précresse le 9 juillet 2008 : intitulé Attractivité des carrières de la recherche.

Actualité des SHS - projet Paris-Aubervilliers

Le projet Paris-Aubervilliers est maintenant constitué, et une information publique est disponible (voir ci-dessous). Il faut regarder cette émergence en même temps que la nouvelle attaque contre le département SHS du CNRS (limogeage de la directrice M.F. Courel le 1er septembre dernier, et démission collective, sauf un, de tous les directeurs scientifiques adjoints en solidarité - voir post du 2 septembre), en cours de refonte sous statut d'Institut - réalisation prévue en janvier 2009.

Le Campus Nicolas de Condorcet pour les Sciences de l'Homme et de la Société Paris - Aubervilliers, annoncé et présenté. EHESS (1000 étudiants M, 1740 doctorants, 70 postdocs), EPHE (260, 700, 40), Paris 1 (6600 étudiants L, 1000 M, 1000 doctorants, 120 postdocs), + Paris 8 et Paris 13 (à elles deux, 0 M, 140 doctorants, 5 postdocs), et MSH Paris-Nord ; + Ecole de Chartes, Ecole d'Economie de Paris (200 étudiants M, 200 doctorants) [et antennes ou orteils de l'INRA, INED, INSERM, IRD, CNAM].
=> Les 6 pôles thématiques : Economie (EEP), Mondes modernes et contemporains (EHESS et Paris 1, + EPHE, P8 et P13), Nature société innovation et développement durable, Religions et religieux (EPHE et EHESS), Mondes anciens et médiévaux (dont IRHT, du CNRS - et langues et études philologique des textes), et Arts sciences et technologies.
=> En croix : 3 axes transversaux : 1. Aires culturelles et mondialisations (dont 5 thèmes dans les recherches des universités partenaires : Nord-Sud, Colonial-Postcolonial, Des tribus aux empires, Mondes et mondialisations, Développement économique. + INALCO et BULAC, équipes de P13 et de MSH), 2. Sciences et sociétés (Santé et société, Histoire et philosophie des sciences, Acteurs actions et politiques publics), 3. Méthodes en sciences humaines et sociales (dont INED, Quetelet).

Pour rappel, les thèmes de la MSH Paris-Nord : Industries de la culture et Arts ; Santé et société ; Mondialisation, Régulation, Innovation ; (en cours d'élaboration :) La Ville des sciences humaines et sociales.

02 septembre 2008

Nouvelle étape de la crise SHS

La directrice du Département SHS du CNRS, qui avait mené les négociations, et la réflexion scientifique de fond, pour obtenir la création d'un Institut des SHS sauvegardant la place de ces disciplines dans le CNRS refondu, vient d'être limogée par la Présidente Catherine Bréchignac, le jour même de la première des réunions de concertation avec les Directeurs d'Unités des délégations Provence-Corse et Nice-Sophia Antipolis.

Sur le site de Libération, cette information plus détaillée publiée dans le blog de Sylvestre Huet, (journaliste à Libé) - je transmets :

CNRS : Catherine Bréchignac limoge la directrice des Sciences humaines et sociales
Nouvelle étape de la crise au CNRS : hier, Marie-Françoise Courel, la directrice du département SHS - sciences humaines et sociales - annonçait son limogeage par la présidente du Cnrs, Catherine Bréchignac. Annonce faite lors d'une réunion des directeurs de laboratoires de la région Provence/Corse qui devait discuter... de la création du futur Institut National des SHS, dans le cadre de la réforme du Cnrs censée entrer en vigueur le 1er janvier 2009.
Manifestement surprise, ébranlée même, Marie-Françoise Courel n'a pas donné d'explication crédible aux directeurs de laboratoires de cette décision brutale. Celle donnée par son successeur, le médiéviste Bruno Laurioux, illico nommé "directeur par intérim" - elle aurait été atteinte par la limite d'âge - ne tient pas, surtout si l'on songe que ce mandat devait de toute façon prendre fin avec la mise sur pied de l'Institut, dans quatre mois, comme convenu avec la direction du Cnrs pas plus tard qu'en... juillet dernier. Immédiatement, tous les directeurs scientifiques adjoints du département ont présenté leur démission "par solidarité"... tous sauf un... Bruno Laurioux.
Ce matin, la direction du Cnrs annonce cette nomination, ainsi que celle d'un comité de sélection, présidé par l'historien Marc Fumaroli chargé de proposer un nouveau "directeur scientifique pour les Sciences humaines et sociales". Mais il ne s'agit pas d'un simple problème de direction, manifestement le fond de cette nouvelle affaire réside dans la place future des SHS au Cnrs.
Pour Philippe Blache, directeur du
laboratoire Parole et Langage (Aix-Marseille), ce limogeage pourrait préparer une issue "catastrophique pour la recherche" du débat sur l'avenir des sciences humaines et sociales au Cnrs.
Depuis que Valérie Pécresse est en charge du ministère de la recherche, la place des SHS au Cnrs fait l'objet d'un combat, ouvert ou souterrain. Le cabinet du ministère n'a pas vraiment fait mystère de ses intentions. Avec la loi LRU, et la décision de ne plus augmenter, voire de diminuer comme le budget 2009 le montrera probablement, le nombre de chercheurs des organismes de recherche, il faudrait organiser le "transfert" des SHS aux universités.
Une volonté qui s'inscrit dans une perspective du démantèlement du Cnrs comme organisme pluridisciplinaire, couvrant l'ensemble de la recherche, au profit d'Instituts spécialisés, dénués d'une direction commune effectuant des arbitrages en allocations des ressources, et organisant les actions de recherches transversales, entre les différents champs scientifiques.
Pour Philippe Blache, l'enjeu est clair: "Si le Cnrs perd son caractère pluridisciplinaire, il n'a plus de raison d'être, et on se retrouvera avec des Instituts disciplinaires cloisonnés". Une logique qui lui semble à rebours de l'évolution de la science, à l'image de son laboratoire où "des spécialistes du langage travailllent avec des informaticiens et des biologistes". Il n'a échappé à personne qu'un tel dispositif permet en outre au pouvoir politique de saper une structure qui a souvent permis un minimum d'autonomie du milieu scientifique vis à vis des gouvernements.
Après la biologie et l'informatique, les SHS sont donc ciblées. Marie-Françoise Courel avait en effet engagé une concertation avec les directeurs de laboratoires, afin d'aboutir à une proposition d'Institut National des SHS conservant le périmètre du Cnrs et améliorant son fonctionnement. L'arrêt brutal du processus montre que le gouvernement, et s'inquiète maintenant Philippe Blache, avec l'appui de la direction du Cnrs, n'entend pas négocier la future place des SHS mais imposer son point de vue. Dans ce cadre, décapiter les SHS, puisque Bruno Laurioux n'aura manifestement d'autre fonction que de signer les bons de commande, prive les scientifiques d'un représentation auprès de la direction du Cnrs et du gouvernement, et relève d'une bonne tactique. Déjà, une pétition de directeurs de labos des SHS circule pour protester contre cette décision.

29 août 2008

La Pensée anti-68

Arnaud nous signale la parution du livre de Serge Audier, mdc en philo poltique à Paris 4 : La pensée anti-68 : essai sur les origines d'une restauration intellectuelle, La Découverte, 2008, 379 p.
Extrait de la quatrième :
"La haine de Mai 68 est devenue un thème à la mode. Le slogan de la droite, lors de la présidentielle de 2007, sur l'indispensable liquidation de 68, ne doit donc pas être réduit à un propos de campagne : il résulte d'un travail idéologique qui a commencé dès les lendemains des événements et qui s'est poursuivi, de commémoration en commémoration. Faut-il voir, dans cette fièvre anti-68, une simple 'rhétorique réactionnaire' ? Quelles en sont les origines ? 68 méritait-il un déchaînement de critiques, souvent injustes et infondées ?"

L' "innovation", paradigme offensif

Je transmets cette information AFP, annonçant la fonction clé de la politique du savoir du gouvernement actuel (et de la présidence européenne, qui confondent actuellement leur homme de la situation), qui vient d'être imaginée-instituée, et confiée à Claude Allègre. Annonce publiée dans les Actualités du site de Voila :


Allègre chargé par Sarkozy des Assises européennes de l'innovation
2008-08-28 20:26:07 PARIS (AFP)
© AFP

Nicolas Sarkozy, président du Conseil européen, a confié à l'ancien ministre socialiste de l'Education nationale Claude Allègre le soin d'organiser les Assises européennes de l'innovation, à l'automne, a-t-on appris jeudi auprès de l'Elysée.
Le site internet leparisien.fr avait auparavant annoncé cette mission, précisant que Claude Allègre devait prendre ses fonctions à partir du 1er septembre.
Dans une lettre datée du 23 juillet et rendue publique jeudi, le président Sarkozy écrit à M. Allègre que son "objectif" est de "faire en sorte que l'économie de la connaissance devienne (...) un moteur de développement de l'Europe".
Il charge l'ancien ministre PS de "faire des propositions concrètes pour mettre en place cette nouvelle stratégie" et "d'organiser à cet effet les Assises européennes de l'innovation à l'automne 2008".
Selon M. Sarkozy, il s'agit ainsi de "concrétiser et d'amplifier l'Agenda de Lisbonne", un programme décidé en 2000 et destiné à faire de l'Union européenne "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010".
M. Allègre, qui a tenu des propos élogieux sur le chef de l'Etat, a souvent été cité comme un possible ministre d'"ouverture" de M. Sarkozy.

Notes :

. l'innovation se confirme comme ce que, du temps où les sciences humaines étaient les productrices du vocabulaire intellectuel, on appelait un paradigme - notion nécessairement liée à l'historicité des cadres conceptuels : pas de paradigme sans changement de paradigme. On assiste à la transformation des horizons du travail intellectuel, qui se marque par le déplacement du point de regard de la recherche vers l' innovation.

. parmi les nombreux enjeux qui se renégocient et se déterminent comme les horizons politico-culturels de nos "vie des peuples" (Saussure) dans ce déplacement : un déport violent de la valeur nationale, prise au champ public de la recherche, et offerte aux champs privés de, d'un côté, l'économie mondialisée des produits d'enseignement supérieur, et de l'autre, du capitalisme cognitif - avec son activité constitutive : la captation des "externalités" (A. Gorz - voir par ex. L'Immatériel. Connaissance, valeur, capital, Galilée, 2003) que sont les énergies et richesses sociales, et culturelles, et artistiques, et scientifiques.

. la responsabilité confiée à C. Allègre revient à créer une fonction (temporaire : c'est le temps du coup stratégique, contraire à la temporalité de l'institution - trope ordinaire des dépolitisations courantes) de ministère de la recherche, déportée en dehors du ministère de l'enseignement et de la recherche. Et située dans le champ, qui continue à gagner en surface de domination, de l'Union européenne comme projet néolibéral, et de la (post)-industrie du concept, en concurrence agressive avec une république (et des cultures, dans l'Europe,) des savoirs. A quoi sert l'étranger.

. que l'économie de la connaissance soit "moteur de développement de l' Europe" : il y a à entendre ici que "Europe" ne dit pas "'Union européenne" ; et que "développement" est donné comme paradigme du projet politique - et ne dit pas ce qu'a longtemps dit "construction européenne", ou pas "politique". "Déveleppoment" tend l'oreille vers "pays dévelopés / pays sous-dévelopés" (et nous emmène sur le terrain d'une implication géopolitique très large de ces décisions) ; et vers "développement durable", autre paradigme et changement de paradigme (où plus ça change plus c'est peut-être la même chose).

09 août 2008

"Samuel Beckett et le théâtre de l'étranger" : parution Polart

Le dossier "Samuel Beckett et le théâtre de l'étranger : Art, langues, façons" (I), projet Polart coordonné par Arnaud Bernadet et Claire Joubert, vient de paraître dans la revue Coulisses, 37, printemps 2008, pp. 45-132.

Le dossier rassemble les études suivantes :
. Arnaud Bernadet, « Beckett et le théâtre de l'étranger »
. Claire Joubert, « Beckett : le théâtre dépeupleur de langues »
. Pascale Sardin, « Répétition, différence et mort dans Come and Go/ Va-et-Vient/ Kommen und Gehen »
. Maïté Snauwaert, « L'impossible étranger ou la contradiction anthropologique »
. Mireille Bousquet, « "Nothing to be seen anywhere" »
. Gérard Dessons, « Le silence de phrases non proférées »

Le second volet du dossier paraîtra dans le numéro suivant de la revue, à l'automne 2008.

03 août 2008

" Littérature-monde " - une recension

Blaise Wilfred-Portal publie, dans La Vie des idées, un compte rendu du volume Pour une littérature-monde (Michel Le Bris et Jean Rouaud, sous la direction de, NRF, 2007, 237 p.), intitulé "La littérature française dans la mondialisation". Argument :

La « littérature-monde » glorifiée par plusieurs dizaines d’auteurs de langue française récuse les émois minuscules que ressent et met en scène le microcosme parisien. Selon elle, au contraire, le roman doit être un « atlas du monde ». Mais, à certains égards, sa vision est aussi idéologique et nationale que celle qu’elle dénonce. Le manifeste pour la « littérature-monde » est-il un plaidoyer pour une littérature ouverte au vent du large ou une défense d’une néo-francophonie dirigée contre l’anglais ?

02 août 2008

" Mallarmé sociologue de la République des lettres "

Ariel Suhamy rend compte, dans La Vie des idées, de l'ouvrage de Pascal Durand, Mallarmé, du sens des formes au sens des formalités, Seuil, collection Liber, 2008, 300 p., 22€.

Amorce de l'article, "Mallarmé sociologue de la République des lettres" :

Dans la ligne tracée par Bourdieu, mais par d’autres voies, Pascal Durand offre un modèle de sociologie de la littérature en décortiquant la vie et l’œuvre du poète apparemment le plus étranger au monde social, et en réalité le plus mondain qui fût.

Peuple et poème : Zizek sur Karadzic

Dans la colonne "Point de vue" du Monde date du 1er aôut, Slavoj Zizek envoie un texte un peu énigmatique (and the exact point is?), qui vaut pour Polart en tant que proposition sur une actualité du rapport entre politique, nationalisme extrême, et poésie : il s'agit d'une prise, philosophique-poétique (un philosophe parle de poésie), sur l'analyse de la signification politique que le débat public international est en train de former autour de l'arrestation de Karadzic.

Le papier s'intitule "Karadzic et le 'complexe poético-militaire' ", et entame la question avec :

Radovan Karadzic, le dirigeant des Serbes en Bosnie responsable d'un épouvantable nettoyage ethnique durant la guerre post-yougoslave, a enfin été arrêté. Le temps est maintenant venu de prendre du recul et de considérer l'autre aspect de sa personnalité : ce psychiatre de formation était non seulement un chef politique et militaire impitoyable, mais aussi un poète.
Nous devrions nous garder de rejeter sa poésie en la qualifiant de ridicule, car une lecture attentive nous aide à comprendre le fonctionnement du nettoyage ethnique.

Les réverbérations sont audibles, d'une part avec le "complexe militaro-industriel" de l'époque Nixon, et sur une autre ligne d'écoute complètement, entre le "vous pouvez!" comme formule politique de la licence morale et sociale, ou "orgie destructrice permanente", donnée ici comme caractéristique de l'intégrisme ethnique, avec l'ambiant "Yes we can" d'Obama. Drôles de mixages.

La perspective de lecture qui m'intéresse est celle qui regarde un philosophe (mais dans le domaine anglophone, pour ne parler que de la part de l'oeuvre de Zizek, slovène, à laquelle j'aie accès donc, "philosophe" situe des discours de manière particulière - entendre ce décentrement ; il y a, précisément à ce point, des enjeux de rapports entre disciplines ou discursivités, et idéologie) prendre l'actualité politique par le poème. Pour faire simplement un pas de plus, je cite plus loin : "Une mauvaise surprise nous attend ici : ce sont les poètes qui ont formulé il y a plusieurs décennies le rêve des "nettoyeurs ethniques". Dans la Phénoménologie de l'esprit, Hegel évoque le "silencieux travail de tissage de l'esprit" : le travail souterrain de modification des coordonnées idéologiques, invisible pour l'essentiel au regard public, qui explose soudainement et prend tout le monde au dépourvu. C'est ce qui se tramait en ex-Yougoslavie dans les années 1970 et 1980." Puis en passer par "la réputation de Platon", "entachée par son affirmation selon laquelle les poètes devraient être expulsés de la cité."

Je ne fais que pointer un noeud local, sans commencer l'analyse - renvoyant les lecteurs à l'article du Monde. Dirai seulement deux directions dans lesquelles je reste rêveuse à partir de ce texte : d'abord faire valoir "la poésie" ("les poètes") comme une, monolithique, versant en un bloc d'un côté ou d'un autre des grandes polarités idéologiques et morales - un énorme coup d'hypostase (on pourrait, de même, considérer le langage, entier, comme péché). C'est donc un canular. Ensuite, ce que fait un philosophe, comme "intellectuel". Badiou a été actif aussi ces derniers temps, et a fait parler de lui. Ces coups de débat médiatique sont - dans leurs tiraillements de malentendus, distorsions, manoeuvres polémiques ordinaires, jeux de positionnements sociaux, dans leurs effets de long feu aussi -, le phénomène même du rapport actuel de savoir-pouvoir, dans son friselis quotidien, qui est le contraire du dérisoire. Son étude relève d'une ethnométhodologie (plus que d'une histoire intellectuelle par exemple), je dirais. Le quotidien d'une politique actuelle du savoir et de la parole publique.

18 juillet 2008

Le courrier de MF Courel, réponse à Compagnon

Lisible également sur le site de la SLU. Je le rediffuse pour compléter le dossier :

Département des sciences humaines et sociales
Message à l’attention des directeurs d’unités
Pour diffusion au sein des unités

"Dans un libelle publié dans les colonnes du Monde le 21 juin dernier, Antoine Compagnon a mis en cause la direction scientifique du département SHS du CNRS dans le concours de recrutement 2008. Le contexte nous a imposé le silence mais, aujourd’hui que le conseil d’administration validant la création des instituts est passé, une mise au point s’impose. L’utilisation de mots diffamatoires ne doit pas cacher une méconnaissance surprenante des mécanismes de recrutement au CNRS. Nous rappelons que le recrutement d’un chercheur au CNRS est un concours de la fonction publique qui se déroule en deux temps, un jury d’admissibilité, issu des sections du comité national de la recherche scientifique, étant suivi par un jury d’admission. Pour les directeurs de recherche, ce jury d’admission qui concerne tous les départements est présidé par le directeur général du CNRS. Pour les chargés de recherche, ce jury est certes présidé par le directeur scientifique du département, mais il rassemble également dix autres collègues, universitaires et chercheurs extérieurs à la direction. En parlant de « clientélisme », Antoine Compagnon fait peu de cas de ses pairs. Pour rappel, le secret des délibérations d’un jury est, par ailleurs, une des règles qui préside au mode de recrutement par concours de la Fonction publique. Dans le même esprit, des rumeurs laissent entendre qu’un des candidats retenus dans un des concours 2008 aurait été un ancien doctorant d’un membre de la direction scientifique.
C’est tout simplement faux et vérifiable."


Marie-Françoise Courel


Directrice scientifique
Le 8 juillet 2008

16 juillet 2008

Antoine Compagnon, le réactionnaire démasqué et la suite de l'affaire du CNRS-SHS

Une réponse tonique de deux membres de la SLU à l'idéologie pro-gouvernementale et pro-sarkozyste d'Antoine Compagnon. Suite de l'affaire CNRS - SHS. Voir ici même le texte de Compagnon.


Le texte que nous nous permettons de reproduire est disponible sur le site http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article563.


"Le démon de la division". Réponse au point de vue d’A. Compagnon sur les SHS et le CNRS… par L. Giavarini & E. Haddad (SLU).

Un spécialiste de la rhétorique, de ses pratiques et de son histoire, comme Antoine Compagnon sait bien qu'un discours tire une part de sa signification du moment spécifique dans lequel il s'inscrit. Or, prendre position dans Le Monde du 22 juin contre la place des sciences humaines et sociales au CNRS, entre le blocage du CA du 19 juin qui devait s'exprimer sur la découpe du CNRS en instituts, et le prochain CA – fût-ce pour de toutes autres raisons que le devenir même du CNRS – signifie intervenir dans un moment de crise. C'est en outre nécessairement prendre position dans le débat actuel sur l'ensemble des réformes de l'Enseignement Supérieur et la Recherche. Pourtant, Antoine Compagnon fait comme s'il était possible de porter en ce moment une appréciation sur les seules sciences humaines et sociales, au nom de cette apparente neutralité de bon sens qui finit toujours par se retourner en position idéologique.De fait, son « point de vue », se donnant comme réfléchi et objectif, reprend les thèmes favoris du gouvernement, sensible dans la vieille référence aux "anciennes académies du bloc soviétique", constamment mobilisée depuis des années pour discréditer à peu de frais le CNRS. Il le fait dans une perspective, oblique là encore, de critique des sciences sociales. La référence à "la vénérable EPHE" et la charge contre les "praticiens radicaux des sciences sociales", accusés de laisser de côté les disciplines rares, assimilées à l'érudition, dont seuls les scientifiques "humanistes" seraient en définitive les garants, manifestent à la fois une méconnaissance de la recherche dans ces disciplines rares, la conception restrictive de la recherche qui sous-tend les propos de l'auteur, et le démon de la division [1] la qui cherche à opposer les différentes disciplines les unes contre les autres.Aucune réflexion sur le statut de certaines disciplines ne peut aujourd'hui se passer d'une réflexion d'ensemble sur la Recherche et l'Enseignement Supérieur. Car ce ne sont pas les seules « humanités » – lettres, philosophie, langues, voire arts – qui auraient à quitter le CNRS pour revenir au monde académique, mais aussi ces disciplines moins enseignées, comme l'ethnologie, moins « fondamentales » dans les cursus universitaires, mais souvent plus coûteuses en temps et nécessitant de longs séjours sur le terrain, et dont on peut craindre pour l'avenir s'il y a un jour un CNRS sans sciences humaines et sociales. Surtout, et c'est plus grave, Antoine Compagnon joue sur la distance que les enseignants-chercheurs peuvent ressentir à l'égard des chercheurs. Il enfonce un coin entre ceux qui, à l'intérieur de mêmes disciplines, n'exercent pas tout à fait le même métier, tentant même de faire vibrer la corde de l'opposition au clientélisme. Ne nous laissons pas prendre : non seulement les déclassements abusifs auxquels il fait allusion sont jugés scandaleux par la communauté des chercheurs, y compris au CNRS, mais il ne fait aucun doute que la réforme prévue ne fera que renforcer ces abus en conférant de plus en plus de pouvoir aux instances clientélaires (puisque nommées) contre celles qui sont élues (et qui rendent des comptes par les élections).Si l'on ne peut qu'approuver le voeu d'articuler enseignement et recherche dans les carrières, a fortiori de rendre possible une temporalisation des activités de recherche et d'enseignement, on ne peut ignorer le fait que les propositions de la ministre dans ce domaine ne vont pas dans ce sens. La création de « chaires juniors » et « seniors » prévues pour les universitaires, à des conditions qu'il faut regarder de très près, ne saurait tenir lieu du débat de fond et de la concertation qui restent à ouvrir sur de telles questions. Mais la disparition des sciences humaines et sociales du CNRS ne règlerait en rien les difficultés que les enseignants-chercheurs connaissent pour mener leur recherche dans les universités – le manque de temps en tout premier lieu. Au contraire, en excluant les sciences humaines et sociales du champ de la recherche institutionnelle, elle affaiblirait la définition même de cette part fondamentale du travail d'enseignant-chercheur, et porterait de la sorte atteinte à la reconnaissance et à la nécessité de la recherche à l'intérieur des universités. Sur le plan matériel, couper les actuelles UMR des financements structurants apportés par la co-tutelle du CNRS mettrait en péril l'organisation et l'avancée de toute la recherche en sciences humaines et sociales. C'est bien parce que les universitaires jouent un rôle essentiel, à partir de leur double fonction, dans la définition de la recherche en sciences humaines et sociales en France, qu'ils doivent défendre la possibilité de cet autre métier qu'exercent, dans les mêmes disciplines qu'eux, les chercheurs.De manière générale, le discours « raisonnable » d'Antoine Compagnon masque gravement les données réelles de la réforme dans ses différents aspects : la constitution, à court terme désormais, de collèges universitaires structurés par les seules nécessités de l'enseignement (au niveau « licence »), à côté de quelques grands pôles universitaires où il y aura « de » la recherche ; la même coupure entre recherche et enseignement encore entérinée par le plan « réussite en licence » ; la réduction radicale de la place laissée, dans les universités, aux disciplines – notamment les sciences humaines et sociales mais pas seulement – qui ne sont pas susceptibles d'entretenir des liens avec la recherche appliquée et avec le monde de l'économie ; le rôle essentiel joué, dans la construction des carrières, par la précarisation des statuts : la loi LRU rend possible le recrutement sur contrat à durée déterminée dans les universités, elle va ainsi dans le même sens que l'Agence Nationale de la Recherche qui a multiplié les mêmes CDD auprès des jeunes chercheurs.Non, ce n'est pas un épanouissement des humanités loin des violences du monde social et de l'éclairage trop cru apporté par les sciences qui l'étudient, pas plus que l'idéal d'une carrière rythmée par des moments harmonieux, que construit la réforme de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche de V. Pécresse. Il faut refuser les leurres que celle-ci ne cesse de produire pour l'imposer. Il faut refuser la mise en opposition réactionnaire des disciplines que construit cette même réforme, masquée par le flou d'une référence à une interdisciplinarité sans véritable contenu. Et il faut affirmer la nécessité, pour toute discipline et donc pour celles qui constituent les sciences humaines et sociales, d'une définition structurelle, à l'intérieur d'une réflexion globale sur la Recherche. Leur place en tant que disciplines de recherche est à l'intérieur du principal organisme français comme au sein de l'Université.
Laurence Giavarini, Maître de conférences à l'université de Bourgogne, une des portes paroles de SLU.
Elie Haddad, Chercheur en histoire au CNRS, membre de SLU.
[1] A. Compagnon est l'auteur du Démon de la théorie, un ouvrage qui fait le point sur la théorie littéraire, et la liquide quelque peu en l'opposant au "sens commun" .

30 juin 2008

Cerisy Bernard Vargaftig

Plusieurs membres de Polart participeront au colloque de Cerisy
sur l'oeuvre du poète Bernard Vargaftig. En voici le programme dont vous trouverez le détail ici :
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/bernardvargaftig08.html


DU MERCREDI 2 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 9 JUILLET (14 H) 2008


AVEC LES POÈMES DE BERNARD VARGAFTIG,

L'ÉNIGME DU VIVANT

DIRECTION : Béatrice BONHOMME, Serge MARTIN, Jacques MOULIN

Avec la participation de Bernard VARGAFTIG
ARGUMENT :

Bernard Vargaftig, né en 1934, est, de livre en livre depuis le milieu des années 60, l'auteur d'une œuvre importante empreinte d'une profonde unité. Chaque livre y est un poème qui travaille jusque dans l’infime détail vers et proses, du titre au sommaire, de la composition d’ensemble aux syllabes et silences. Et l’ensemble de l’œuvre fait un poème continu. De l'espace à la vitesse, de l'oubli à la mémoire, de la nudité au dénuement, de la chute au tremblement, de l'effacement à la durée, si la mémoire y est active, l'enfance y est toujours un devenir en mouvement, l’amour un renversement inouï, l’histoire un infini récitatif de vivants. Le poème y produit un incessant vertige, un questionnement continuel quant à l'identité, à l’invention d’un espace et d’un temps à hauteur d’une subjectivation toujours inédite. Il fait le renversement que l'auteur appelle "la stupeur de vivre" comme un élan vers l'altérité la plus forte.

Des moments de l'enfance de l'auteur (qui a vécu, entre 1940 et 1944, la persécution antisémite) apparaissent de façon explicite dans ses proses et dans ses poèmes sous forme d'images et d'oubli effacés. Les chercheurs et amis présents viendront témoigner de ce que cette expérience toujours vive pour que le langage soit ce qu’il y a de plus vivant ouvre significativement à toutes les expériences qui mêlent corps et langage au cœur du poème, et à quel point une telle œuvre peut faire vivre pour inventer chaque jour nos relations dans et par le langage.
CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 2 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 3 juillet
Matin:
Paysages, mouvements et rythmes (Présidence: Béatrice BONHOMME)
Régis LEFORT: Bernard Vargaftig: ramasser un caillou, toucher le déferlement d'un feuillage. Le silence, le même

Après-midi:
Paysages, mouvements et rythmes (Présidence: Serge MARTIN)
Jacques MOULIN: Autour du mot falaise dans la poésie de Bernard Vargaftig

Soirée:
Lecture de Christian HUBIN présentée par Serge MARTIN


Vendredi 4 juillet
Matin:
Formations et déformations (Présidence: Jacques MOULIN)
Michaël BISHOP: Dire le non-savoir, pourquoi et comment
Béatrice BONHOMME: Bernard Vargaftig ou le hiatus d'un intervalle

Après-midi:
Relations
Serge MARTIN: Le poème: l’appel
Pascal MAILLARD: Le poème et l’image

Soirée:
Lecture des poètes présents


Samedi 5 juillet
Matin:
REPOS

Après-midi:
Paysages, mouvements et rythmes (Présidence: Antonio DOMINGUEZ REY)
Eric DAZZAN: L'espace de l'apparaître dans l'œuvre de Bernard Vargaftig: entre mots, souvenirs et silence
Christian HUBIN: Le vacillement. Où la parole (se) dé-constitue

Soirée:
Lecture de Sarah JALABERT & Charles GONZALES présentée par Arlette ALBERT-BIROT


Dimanche 6 juillet
Matin:
Espaces et Temporalités (Présidence: Gisèle SAPIRO)
Philippe GROSOS: La collusion des temps
Laurent MOUREY: Bernard Vargafig, l'exactitude du poème

Après-midi:
Espaces et Temporalités (Présidence: Philippe GROSOS)
Antonio DOMINGUEZ REY: Le dire qui se dit sens dessus dessous

Soirée:
"Dans les jardins de mon père", film réalisé par Valérie MINETTO et écrit par Cécile VARGAFTIG, présenté par Pascal MAILLARD


Lundi 7 juillet
Matin:
Formations et déformations (Présidence: Michaël BISHOP)
Philippe PAÏNI: Le corps du silence ou une érotique de la voix dans Distance nue
Arnaud BEAUJEU: Vers une mystique du mouvement: paysage de la chute et de l'élan dans Comme respirer

Après-midi:
Relations
Claire & François POULAIN
Marc-André BROUILLETTE: Les inscriptions de la parole dans la prose de Bernard Vargaftig


Mardi 8 juillet
Matin:
Identités et déchirures (Présidence: Marc-André BROUILLETTE)
Gisèle SAPIRO: Identité et mémoire dans l’œuvre de Bernard Vargaftig

Après-midi:
Lecture de Anne SEGAL & Bruno GRÉGOIRE présentée par Michaël BISHOP


Mercredi 9 juillet
Matin:
Synthèse et discussion libre

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

Evénéments internationaux / langues et cultures - présidence française de l'UE

Au moins deux parmi les manifestations prévues en liaison avec la présidence française de l'Union européenne entamée à la date du 1er juillet :

1. la tenue d'Etats généraux du multilinguisme, à dimension européenne, qui aura lieu à la Sorbonne le 26 septembre 2008 (date qui correspond aussi avec la "Journée européenne des langues"), organisée à la fois par les ministères de la Culture et de la communication, des Affaires étrangères, et de l'Education nationale. Le Commissaire européen chargé du multilinguisme, Léonard Orban, y présentera son plan d'action pour la période 2008-2010.

2. par ailleurs, se tiendra à partir de la même date le 21ème "European Meeting of Cultural Journals", dont je vous transmets la présentation :

As previously announced, the 21st European Meeting of Cultural Journals will take place in Paris, 26–29 September.


This year's meeting is organized by the European network of cultural journals, Eurozine, and its French partners Sens Public, Multitudes and Esprit, in cooperation with Ent'revues. The conference is part of the "Saison culturelle" of the French EU presidency 2008 and will take
place in the Cité nationale de l'histoire de l'immigration.

More than 100 editors and intellectuals from Europe's leading cultural journals will participate
in this event, and the programme includes seminars and debates as well as an exhibition displaying journals from more than 30 countries.

Under the heading crosswords X mots croisés, the conference will explore multilingualism in Europe and its relation to critical publishing against the backdrop of media transformation and the consolidation of network structures. Confirmed keynote speakers and panellists include Jorge Semprún, Eduard Glissant, Geert Lovink, Abram de Swaan, Ruth Wodak, Clarisse
Herrenschmidt, and Barbara Cassin.

Carl Henrik Fredriksson
Editor in Chief, Eurozine--