22 janvier 2009

En haine des savoirs

Pendant que 46 universités étaient représentées dans le cadre de la Coordination nationale aujourd'hui, posant très clairement un ultimatum à Valérie Pécresse quant aux retraits sur le décret de la mastérisation et celui des statuts des enseignants-chercheurs, le Président de la République pérorait sur la politique scientifique dont devrait se doter la France. Le discours est visible et audible à l'adresse suivante : http://www.elysee.fr/accueil/. Comme le relève un journaliste de Libération, le propos est d'une rare violence, et marque un pas vers un durcissement encore plus autoritaire à l'égard des mouvements de révoltes, hélas bien fédérés, des universités, et masque avec peine une forme d'insulte et de mépris. En haine de l'intelligence, tel est le sens de la politique scientifique de l'Etat français, s'il est vrai que la menace a été réitérée de ne pas verser finances aux universités qui ne mettraient pas en oeuvre les réformes de Napoléon V le minuscule. En haine des savoirs, s'il est vrai qu'il s'agit de les mettre au pas. Il ne manquait plus que le bruit des bottes et le cliquetis des fusils. Subtil et nuancé, fin connaisseur de l'histoire du pays dont il a la charge, Sarkozy a rappelé pour lui les 3 moments clefs de l'université et de la recherche : 1945 et l'après-guerre, l'effort des années 60 notamment avec le déploiement des structures CNRS, et le figement des années 80. Oubliant au passage la crise de mai 68... Il est à craindre pourtant qu'il ne soit pas si aisé de soumettre à sa volonté le champ du savoir et ses acteurs. 2009 sera l'année de l'action, affirme le Président de la République. Oui. L'Université française sera l'échec majeur de Nicolas Sarkozy.

2 commentaires:

Serge Martin a dit…

Cher l'abbé,
Que veux-tu dire par "haine de l'intelligence"? j'avoue ne pas comprendre car l'intelligence est soit une catégorie de la psychologie qui vacille assez vite puisqu'elle ne cesse de convoquer la mesure (QI...) et donc des critères qui reposent sur des essentialisations réalistes ("fort en maths"! pour rester au ras des pâquerettes), soit c'est une catégorie de la culture et alors elle est toujours relative à d'autres historicités qu'il faudrait associer aussitôt sous peine de tomber dans le mépris traditionnel d'un certain élitisme de "l'intelligence" caractéristique des castes et autres corporations françaises (voir Compagnon qui sait admirablement renouveler les discours dans cet ordre). Aussi, je ne crois pas qu'on puisse confondre "intelligence" et "savoirs" et je ne lis pas une haine des savoirs chez Sarkozy mais une haine de la critique, ce qui n'est pas du tout la même chose: quant à l'Université, je ne suis pas certain qu'elle ait le monopole de la critique ni des savoirs...
C'est vrai que ce n'est pas simple mais je crains que le mouvement actuel ne se replie sur le minimum syndical et celui-là je n'en veux plus... on peut continuer à combattre, on doit mais pas avec cet argumentaire.
Bien amicalement,
Serge

Serge Martin a dit…

Cher l'abbé,
Que veux-tu dire par "haine de l'intelligence"? j'avoue ne pas comprendre car l'intelligence est soit une catégorie de la psychologie qui vacille assez vite puisqu'elle ne cesse de convoquer la mesure (QI...) et donc des critères qui reposent sur des essentialisations réalistes ("fort en maths"! pour rester au ras des pâquerettes), soit c'est une catégorie de la culture et alors elle est toujours relative à d'autres historicités qu'il faudrait associer aussitôt sous peine de tomber dans le mépris traditionnel d'un certain élitisme de "l'intelligence" caractéristique des castes et autres corporations françaises (voir Compagnon qui sait admirablement renouveler les discours dans cet ordre). Aussi, je ne crois pas qu'on puisse confondre "intelligence" et "savoirs" et je ne lis pas une haine des savoirs chez Sarkozy mais une haine de la critique, ce qui n'est pas du tout la même chose: quant à l'Université, je ne suis pas certain qu'elle ait le monopole de la critique ni des savoirs...
C'est vrai que ce n'est pas simple mais je crains que le mouvement actuel ne se replie sur le minimum syndical et celui-là je n'en veux plus... on peut continuer à combattre, on doit mais pas avec cet argumentaire.
Bien amicalement,
Serge